Publicité
Une question de hauteur
Quand on décide de prendre trop de hauteur, on court le risque de se couper de la réalité. Et des préoccupations quotidiennes des citoyens. Cette semaine, le leader de l?opposition, Paul Bérenger, nous a donné l?impression de vouloir prendre trop de hauteur. La rentrée parlementaire de mardi, on l?a annoncé chaude. Mais au lieu de choisir une « Private Notice Question » (PNQ) massue pour marquer son retour comme chef de l?opposition, Bérenger s?est contenté d?interroger le Premier ministre sur Tromelin et les Chagos. Dans une ambiance bon enfant et consensuelle.
Certes, la question de la souveraineté de Maurice sur ces îles relève de la plus haute importance. Mais était-il seulement nécessaire de poser cette PNQ-là mardi ? Au MMM, on invoque la nécessité de s?élever au-dessus des questions politiciennes pour expliquer cette entrée en matière, somme toute très « soft ». Cette explication se tient. Chaque député de l?opposition qui évite de verser dans la démagogie lors de la session de questions au gouvernement rend service au Parlement. Car cela laisse du temps au Premier ministre et à ses ministres de répondre aux questions qui méritent, elles, d?être posées. Du coup, le gouvernement a l?occasion de préciser, si ce n?est de justifier, sa politique sur tel ou tel sujet. Et de rendre des comptes sur son action ou son inaction.
Toutefois, on peut penser que Bérenger a manqué une occasion de demander des comptes au gouvernement ce mardi. En faisant l?impasse sur une série « d?affaires » qui méritent une explication de Navin Ramgoolam lui-même, ou de ses ministres. La pénurie de lait ramène sur le tapis la question du contrôle des prix et de ses conséquences. L?affaire des appartements de la « National Housing Development Company » nous rappelle que le trafic d?influence et le népotisme sont courants dans la plupart de nos organismes parapublics.
L?attribution hasardeuse, pour ne pas dire frauduleuse, des étals du marché de Quatre-Bornes pose, elle, l?éternelle question de cette petite corruption rampante. Qui passe pour être l?apanage de nos administrations régionales depuis des lustres. Sans qu?aucun gouvernement ne puisse y mettre un frein définitif. Enfin, le sujet brûlant de la poursuite de la réforme sucre aurait pu amener le leader de l?opposition à demander au gouvernement s?il maintient toujours le même cap sur sa réforme économique. Ou encore s?il souhaite imposer des changements radicaux dans les relations et les exigences du gouvernement envers un pan du secteur privé.
Ce ne sont que quelques questions, qu?on aurait pu poser?en prenant de la hauteur. Mais voilà, celles-là sont des questions qui fâchent. Celles qui ne permettent pas nécessairement à Bérenger d?être d?accord avec « son bon ami » Ramgoolam. Et vice-versa. Chacun avec le sourire en coin. Un spectacle pathétique, quand on sait que quelques jours avant la rentrée parlementaire, le tonitruant Rajesh Bhagwan annonçait que le MMM allait faire « feu de tout bois » à l?Assemblée nationale. Si c?est ça? dont il parlait, faudra repasser.
Et justement, on repassera ce mardi. Et on attendra de découvrir le choix de PNQ de Bérenger. S?il persiste à ne pas attaquer Ramgoolam, qui pourtant a beaucoup de choses à expliquer en ce moment, on pourra commencer à interpréter plus avant ce jeu de séduction politicien auquel se livrent Ramgoolam et Bérenger. Celui-ci pourrait, à n?en point douter, être en train d?adopter une attitude conciliante envers un éventuel allié électoral susceptible de garantir une victoire à une prochaine élection.
Devant cette mascarade. On en viendrait à regretter le sympathique Bodha. Et de reprendre l?expression d?un député de la majorité mardi dernier : « Plitot Bodha mem ! »
Publicité
Publicité
Les plus récents