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Suite aux tensions à Sable-Noir

Des syndicats appellent à éviter le piège de la xénophobie

1 septembre 2026, 18:00

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Des syndicats appellent à éviter le piège de la xénophobie

Les dortoirs des travailleurs étrangers, souvent situés à proximité immédiate des quartiers résidentiels, cristallisent régulièrement les tensions de voisinage. En médaillon, les syndicalistes Fayzal Ally Beegun, Ashvin Gudday et Reeaz Chuttoo.

Après les tensions survenues dimanche à Sable-Noir entre habitants, travailleurs étrangers et forces de l’ordre, les syndicats appellent à éviter tout glissement vers la xénophobie. Ils plaident pour une meilleure régulation des dortoirs, davantage de contrôles et une véritable politique de sensibilisation afin de préserver la paix sociale.

Cris, projectiles, forte présence policière… dimanche, à Sable-Noir, une confrontation impliquant des résidents, des travailleurs étrangers vivant dans un dortoir de la région et les forces de l’ordre a failli dégénérer. L’intervention rapide de la police a permis de maîtriser la situation avant qu’elle ne prenne une tournure dramatique.

Au-delà de cet épisode, l’incident ravive une question sensible et récurrente à Maurice : celle de la cohabitation entre communautés locales et les dizaines de milliers de travailleurs étrangers. Une question d’autant plus pressante que le recours à cette main-d’œuvre ne cesse de progresser, porté par une demande croissante dans plusieurs secteurs de l’économie, notamment le textile, la construction et l’industrie manufacturière. Si la majorité des quartiers où ils résident vivent sans heurts, des tensions éclatent parfois autour des dortoirs, alimentées par la promiscuité, le bruit, l’occupation des espaces communs ou des manquements présumés à l’hygiène – des frictions qui, dans un contexte social fragile, peuvent vite nourrir des discours de rejet.

Pour le syndicaliste Fayzal Ally Beegun, il est urgent de désamorcer cette perception. «Les travailleurs étrangers doivent être traités avec le respect qui leur est dû», insiste-t-il, évoquant un climat de crispation qui vise particulièrement les Bangladais. Il appelle à «une véritable campagne d’éducation et de sensibilisation», expliquant leur importance pour l’économie mauricienne, et rejette l’idée qu’ils «voleraient» des emplois. «Ils font ce que beaucoup de Mauriciens ne souhaitent plus faire. Cela ne signifie pas que les Mauriciens sont paresseux – certains secteurs peinent simplement à recruter localement.»

Trouver une formule de cohabitation

Selon lui, l’octroi d’un permis d’exploitation de dortoir ne devrait jamais être une simple formalité administrative. «Il faut vérifier que les travailleurs soient en sécurité et que les conditions de vie permettent une bonne cohabitation avec le voisinage.» Il rappelle le précédent de Roche-Bois en septembre 2012, une violente altercation entre habitants et travailleurs bangladais. «Nous ne voulons pas revivre ce type de situation.» (Voir encadré). Il évoque aussi les positions de la Pastorale des Migrants et des Réfugiés, qui plaide pour davantage de dignité envers les migrants, dont beaucoup ont contracté des dettes dépassant Rs 400 000 pour obtenir un emploi à Maurice. «On ne peut pas généraliser quelques comportements à toute une communauté.»

Même constat chez Ashvin Gudday, négociateur à la General Workers Federation, pour qui la libéralisation du recrutement accroît le risque de dérapages si rien n’est fait. Il insiste toutefois sur un équilibre à trouver. «Le recrutement de travailleurs étrangers ne doit jamais se faire au détriment des Mauriciens», dit-il, tout en reconnaissant leur contribution complémentaire à l’économie. Fort de son expérience aux côtés de salariés de diverses nationalités, il estime que «de petits incidents» ne doivent jamais dégénérer en conflit communautaire.

Pour le syndicaliste, la réponse ne peut être uniquement policière mais elle doit être aussi sociale. Il plaide pour un renforcement de l’encadrement du ministère du Travail, avec davantage de fonctionnaires pour recueillir les doléances des travailleurs migrants comme des Mauriciens, et pour une formation des forces de l’ordre à la gestion de ces tensions spécifiques. Il pointe également la responsabilité des employeurs. «Quand un travailleur en situation irrégulière est arrêté, on le déporte souvent rapidement. Mais pourquoi l’employeur n’est-il pas systématiquement sanctionné ? Il faut des responsabilités des deux côtés.»

Le défi de la paix sociale

Le président de la Confédération des travailleurs des secteurs public et privé, Reeaz Chuttoo, va plus loin, pointant les lacunes du système de régulation. «Les travailleurs étrangers sont souvent présentés comme des job looters parce qu’ils coûtent moins cher. Mais les failles viennent des décisions politiques et des lois insuffisamment protectrices.» Il critique un amendement, adopté sous le précédent gouvernement, permettant qu’un simple signalement de l’employeur au Passport and Immigration Office entraîne le départ forcé d’un salarié, sans réelle intervention du ministère du Travail – «des centaines de travailleurs ont été déportés de cette manière», affirme-t-il.

Il dénonce aussi des permis de travail imprécis sur les qualifications, favorisant des rémunérations inférieures aux compétences réelles et créant une concurrence déloyale, qui pénalise in fine les Mauriciens, ainsi que des recrutements sous certains dispositifs de l’Economic Development Board échappant au contrôle du ministère.

Malgré leurs divergences sur la régulation du marché du travail, les syndicats s’accordent sur un point : Maurice aura encore besoin de maind’œuvre étrangère dans les années à venir, les besoins de plusieurs secteurs restant élevés. La question dépasse désormais l’économique pour devenir sociétale : comment éviter que des conflits de voisinage ne virent à l’affrontement communautaire ? Comment garantir des conditions de vie décentes dans les dortoirs, tout en rassurant les riverains ? Comment protéger à la fois les droits des travailleurs étrangers et les intérêts des salariés mauriciens ?

Pour Reeaz Chuttoo, la réponse passe avant tout par le droit : tout travailleur victime d’abus devrait pouvoir faire valoir ses droits en justice – il cite le dossier Star Knitwear, où des travailleurs attendraient toujours le paiement de sommes dues, malgré un accord conclu. «Il ne faut pas voir les travailleurs étrangers comme des ennemis. Ce sont des travailleurs avant tout.»

Après les événements de Sable-Noir, les syndicats espèrent que l’émotion cédera vite la place au dialogue. Derrière ces tensions se dessine un enjeu plus vaste : préserver une coexistence pacifique dans un pays dont une partie de l’économie repose désormais sur une maind’œuvre venue d’ailleurs.

Nous avons sollicité le ministre du Travail, Reza Uteem, et sommes dans l’attente de sa réaction.

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Roche-Bois : neuf habitants jugés pour l’émeute anti-Bangladais de 2012

Neuf habitants de Roche-Bois comparaissent pour leur rôle présumé dans une émeute survenue le 16 septembre 2012, dans le cadre des tensions communautaires récurrentes avec des ouvriers bangladais de la région.

L’élément déclencheur : l’agression, le matin même, d’un ami des accusés, roué de coups par des Bangladais et hospitalisé. La riposte ne s’est pas fait attendre. Les neuf prévenus auraient incité la foule à «donner une leçon» aux ouvriers étrangers, faisant fi de toute légalité. Des projectiles ont plu sur le dortoir des Bangladais, des vitres ont été brisées, du mobilier saccagé. D’autres émeutiers, postés sur la passerelle piétonnière surplombant l’autoroute, ont bombardé les véhicules circulant dans les deux sens. Bilan : trois véhicules de police et un véhicule privé lapidés, plusieurs blessés parmi les civils et les éléments de la Special Supporting Unit, dépêchés en renfort. Face à une foule de plus en plus hostile, les policiers ont dû recourir au gaz lacrymogène pour rétablir l’ordre. Plusieurs arrestations ont suivi. Un incident qui met en lumière la cohabitation difficile entre résidents et travailleurs étrangers, chaque camp s’accusant mutuellement d’exactions.

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Un dortoir déjà signalé aux autorités

Présent à Sable-Noir dimanche, Kugan Parapen, élu de la circonscription n°1, affirme que la situation autour de ce dortoir était déjà connue des autorités depuis plusieurs mois. Selon lui, une visite des lieux avait été effectuée en juin à la suite de plaintes des habitants concernant les conditions de cohabitation. «Nous avons organisé une «site visit» avec les autorités compétentes. La police de l’environnement, le ministère de la Santé et la municipalité de Port-Louis ont été sollicités pour vérifier si tout était conforme», explique-t-il. Il soutient que plusieurs irrégularités auraient alors été relevées, notamment au niveau des installations sanitaires, avec des latrines qui ne seraient pas aux normes. Le syndicaliste Fayzal Ally Beegun s’interroge lui aussi sur la légalité du dortoir. «Est-ce qu’il dispose d’un permis ? Et surtout, qui l’a délivré ? Avant d’autoriser un dortoir, il faut s’assurer que l’environnement et la sécurité des travailleurs soient adéquats», insiste-t-il. Tout en exprimant sa solidarité envers la famille de la victime, il réclame une enquête approfondie afin de faire toute la lumière sur les circonstances de ce drame. Il demande également que les travailleurs soient relogés dans un autre établissement, estimant que «la justice doit primer dans cette affaire». Nous avons sollicité la lord-maire de Port-Louis, Christelle Pondard. Nous attendons sa réaction.

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