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Une Allemande passe 20 heures dans l?eau avant d?être sauvée

28 juin 2004, 20:00

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Des vagues de huit mètres battent rageusement les flancs du Hansa Bergen, porte-conteneurs allemand. Et c?est sous la violence de l?une d?elles que Kerstin Bruns est propulsée hors de la passerelle, vendredi après-midi. Abandonnée au large des côtes de St-Brandon, la jeune femme âgée de 25 ans, attendra 20 heures avant d?être sauvée.

Assise en tailleur sur le lit qu?elle occupe depuis dimanche dans une des chambres VIP à la City Clinic, Port-Louis, les cheveux courts en bataille, Kerstin Bruns se remet lentement mais sûrement du traumatisme qu?elle a subi. Son visage a pris une teinte cramoisie et deux minuscules sillons bruns sont apparus sous ses yeux. Des brûlures au premier degré, résultats des effets conjugués de la réverbération solaire et de l?eau salée.

A la jonction de ses bras, des plaques rouges témoignent de l?irritation causée par sa combinaison mouillée. Après une nuit sous perfusion, Kerstin est totalement réhydratée et a retrouvé le sourire.

Cela fait un mois que cette native de Bremen, ville à une heure de Hambourg, capitale allemande, travaille à bord du Hansa Bergen. Le porte-conteneurs qui avait appareillé à Singapour, était en route pour Maurice, après des escales en Malaisie, en Inde et en Afrique du Sud. Kerstin y a été embauchée comme second officier.

?Je ne pouvais pas mourir?

Samedi, le porte-conteneurs allemand se trouve au large des côtes de St.-Brandon à 120 miles au Nord-Nord Est de Maurice. Les éléments sont démontés. Vers 15 heures, Kerstin et quatre de ses collègues empruntent la passerelle car ils doivent y effectuer des réparations majeures.

A un moment, une vague inattendue, venant d?une autre direction, les prend par surprise et déferle sur la passerelle. En se retirant, elle emporte Kerstin dans son sillage. ?Sous sa pression, je suis passée entre les barres du bastingage. J?ai bien tenté de m?agripper à un objet. En vain. C?est ainsi qu?en une fraction de seconde, je me suis retrouvée à la mer.?

Kerstin est sous le choc. Elle l?est davantage quand elle se rend compte que le porte-conteneurs poursuit sa route. Plusieurs idées lui traversent alors l?esprit pendant qu?elle tente de se maintenir à la surface de l?eau et de ne pas boire la tasse. ?J?avais peur. J?ai d?abord pensé, pourquoi moi? Et puis, comme je crois dans le pouvoir de la pensée positive, je me suis dit que je ne peux qu?être sauvée et qu?il ne me reste plus qu?à continuer à lutter contre ces éléments en furie. Je ne pouvais pas mourir. C?était inadmissible.?

Lorsqu?elle se trouve sur la crête des vagues, Kerstin aperçoit le Hansa Bergen qui fait demi-tour à plusieurs reprises pour la chercher. Mais les immenses vagues leur barrent la vue. L?Allemande essaie de faire de la planche mais le froid l?envahit.

Pour éviter l?hypothermie, elle nage. ?Depuis l?âge de 12 ans, je ne nage plus. Mais là, je n?avais pas le choix. La température de l?eau était d?environ 22 degrés Celsius et je grelottais. Il me fallait donc nager et quand je me fatiguais, je me laissais flotter.?

La nuit tombant vite, Kerstin aperçoit des lumières de bateaux mais ils paraissent très éloignés de sa position. Pour tenir le coup, cette protestante pratiquante pense à Christian, son petit ami, qui travaille dans un supermarché à Bremen. ?Un emploi pas dangereux pour un sou?, précise-t-elle hier en riant avant de reprendre son sérieux. ?Je pensais à lui et à Dieu et je me disais que j?étais trop jeune pour mourir, que j?ai des plans pour l?avenir, et que ma vie ne peut s?arrêter là.?

A aucun moment, elle ne pense aux requins ou aux autres prédateurs marins. Son idée fixe est de survivre. Les heures s?écoulent lentement et à chaque fois que Kerstin commence à s?endormir, les vagues la réveillent en lui fouettant le visage. Kerstin puise dans ses dernières ressources pour se débattre même si ses forces semblent la quitter.

Au bout de 20 heures à ce rythme infernal, elle aperçoit deux porte-conteneurs, dont le Hansa Bergen, qui se rapprochent d?elle. Dès qu?elle est en haut d?une vague, elle attire leur attention en hurlant et en remuant des bras. Le Maersk Sun, l?autre porte-conteneurs, devance le Hansa Bergen.

Mais le cauchemar n?est pas tout à fait terminé. Kerstin met plus d?une heure avant d?être remontée à bord. ?La mer était trop démontée pour risquer d?y mettre une chaloupe. Ils m?ont envoyé la bouée en pensant que je pourrai m?y accrocher mais c?était trop difficile. Finalement, ils ont mis l?échelle de corde à l?eau. J?ai dû m?y hisser tout en me tenant attachée à une autre corde. C?était le dernier effort que j?étais capable de fournir. J?étais au bord de l?épuisement?, confie Kerstin.

Une fois à bord, l?équipage du Maersk Sun s?occupe d?elle, lui fournissant vêtements et reconstituants chauds. Pendant les 22 heures de traversée du Maersk Sun jusqu?à Port-Louis à la mi-journée de dimanche, Kerstin tente de dormir mais son sommeil est extrêmement agité.

Kerstin est admise à la City Clinic juste après le débarquement où elle se trouvait jusqu?à 20 heures hier. Elle sait qu?elle revient de loin. ?C?est vrai, c?est miraculeux mais dès que j?ai été emportée par cette vague inattendue, je savais au fond de moi que j?allais être sauvée. Si ce n?était pas par mon porte-conteneurs, cela aurait été par un autre bateau. Cette conviction ne m?a jamais quittée.?

Hier, Kerstin a reçu des appels téléphoniques de ses parents, de Gertrude, sa grand-mère octogénaire, et bien évidemment de Christian. ?On s?appelle toutes les trente minutes. La note téléphonique sera salée mais qu?importe.? Elle a également donné une interview téléphonique à la télévision nationale allemande.

Avoir la foi en Dieu

Rétablie physiquement, Kerstin a quitté la City Clinic dans la soirée pour regagner le Hansa Bergen qui reprend la mer ce matin. ?Pas pour reprendre le travail?, déclare-t-elle dans un cri du c?ur, ?mais comme passagère. Ils me l?ont promis.?

Regagner directement l?Allemagne n?est pas à son agenda immédiat. ?Si je rentre directement au pays, je sais que je ne voudrai jamais remettre les pieds sur un bateau. Autant retourner sur le Hansa Bergen. Je me déciderai après.?

Et les projets ne manquent pas. ?De toutes les façons, si tout va bien, je me marie au cours de l?été prochain et comme je veux des enfants, je ne pourrai pas naviguer.?

Kerstin tient à remercier toutes les personnes qui l?ont secourue. ?S?il est vrai que j?ai pu tenir le coup grâce à une conjugaison de facteurs ? l?amour, la foi en Dieu, la volonté ? toutes ces personnes qui m?ont secourue y ont été pour quelque chose aussi. A eux, je dis un gros merci du fond du c?ur.? Message transmis?

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