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Reeaz Chuttoo : «Je ne suis pas prêt à renoncer à ma liberté d’expression pour vendre mon âme»

18 juillet 2026, 21:00

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Reeaz Chuttoo : «Je ne suis pas prêt à renoncer à ma liberté d’expression pour vendre mon âme»

Reeaz Chuttoo, président de la Confédération des travailleurs des secteurs public et privé.

Une semaine après la manifestation contre la réforme par des pensions dans les rues de Port-Louis, la Platform Komun Syndikal affirme maintenir le cap. Si le gouvernement campe sur ses positions, les syndicats, eux, poursuivent leur mobilisation et continuent d’agiter la menace d’une grève générale. Dans le même temps, Reeaz Chuttoo, l’un des principaux visages du mouvement, se retrouve au cœur d’une vive polémique sur les réseaux sociaux. Accusé, selon lui à tort, d’avoir bénéficié de fonds d’un parti politique, le syndicaliste répond aux critiques et défend l’indépendance de son organisation.

Une semaine après la manifestation organisée dans les rues de Port-Louis contre la réforme par des pensions, quel bilan tirez-vous de cette mobilisation ?

À la veille de la manifestation, les déclarations d’Ashok Subron ministre de l’Intégration sociale et de certains autres ministres ont semé le doute chez une partie de nos membres. Certains ont cru que le dossier était réglé et ont préféré ne pas se déplacer. Malgré cette confusion, la mobilisation a largement dépassé nos attentes. La foule était impressionnante et le message envoyé au gouvernement est resté fort. Une semaine plus tard, cette manifestation continue d’alimenter les discussions. Cela démontre qu’au-delà de la mobilisation du jour, la réforme de la pension demeure une préoccupation majeure pour une grande partie de la population.

Quelle est la prochaine étape pour la plateforme syndicale ?

Lors de la manifestation, deux options ont été soumises à la foule : organiser une nouvelle marche ou aller vers une grève. C’est cette dernière qui a été adoptée à l’unanimité. Nous avons le devoir de respecter cette expression démocratique. Cela dit, une grève ne s’improvise pas. Nous devons maintenant aller à la rencontre des travailleurs et des différentes organisations syndicales pour les mobiliser, car ce sont eux qui seront appelés à la mener.

Nous attendons également de connaître le contenu du Finance Bill, tout en poursuivant les actions de sensibilisation et les mobilisations sur le terrain. La Platform Komun Syndikal dévoilera prochainement un calendrier d’activités. Notre priorité demeure la grève, mais si cette option ne peut aboutir, d’autres formes de mobilisation, y compris la désobéissance civile, pourraient être envisagées. À ce stade, toutefois, la grève reste le mot d’ordre.

Depuis la manifestation, les débats se sont intensifiés, notamment sur les réseaux sociaux, où l’on assiste à de nombreuses attaques personnelles à votre encontre. Comment réagissez-vous à ce que certains qualifient de campagne de discrédit vous visant ?

Ce n’est pas la première fois que je suis la cible d’attaques. Chaque fois que nous menons un combat qui dérange, certains cherchent à discréditer ceux qui le portent. J’ai connu cette situation dès 2007-2008, lorsque la CTSP avait appelé les autres syndicats à ne pas siéger au National Pay Council mis en place par Rama Sithanen. À cette époque, ma famille et moi avons été pris pour cible.Nous avons vécu une véritable campagne d’intimidation. Je me souviens même qu’en pleine épidémie porcine, des carcasses de cochons avaient été déposées devant chez moi.

J’ai également été accusé, à différentes périodes, d’être proche du MSM, tandis que Jane Ragoo faisait l’objet d’autres rumeurs. Pourtant, lorsque nous avons entamé notre grève de la faim en 2017, plusieurs de ceux qui nous critiquaient auparavant sont venus nous soutenir. Après ce mouvement, qui avait conduit le gouvernement de l’époque à faire des concessions, certains ont commencé à m’associer au pouvoir en place. Ces accusations ont continué pendant des années.

Je n’ai jamais accordé beaucoup d’importance à ces attaques, car ce sont avant tout les travailleurs qui sont en droit de juger notre action. Mais cette fois, on est allé trop loin. On affirme publiquement que j’aurais reçu Rs 3,4 millions du gouvernement du MSM. Ce sont des accusations extrêmement graves. J’ai donc décidé de porter plainte à la police. Si je ne réagis pas, certains pourraient croire que ces allégations sont fondées.

La CTSP n’est affiliée à aucun parti politique. Notre seul engagement est envers les travailleurs. Si nous sommes régulièrement pris pour cible, c’est sans doute parce que certains nous considèrent comme un acteur qui dérange.

Certains observateurs estiment que la présence de plusieurs figures de l’opposition lors de la manifestation a alimenté ces critiques et a donné lieu à une politisation du mouve- ment. Selon vous, ces attaques sont-elles liées à cette présence ?

Les tentatives de discrédit ne datent pas de la manifestation de samedi. Elles ont commencé bien avant. Dès l’arrivée du gouvernement au pouvoir, en 2024, lorsque nous avons dénoncé la suppression de l’allocation de Rs 2 750 par enfant accordée au secteur préscolaire, nous avons commencé à être pris pour cible. Jane Ragoo, qui suit ce dossier, et moi-même avons été pointés du doigt parce que nous critiquions cette décision.

S’agissant de la manifestation, il s’agissait avant tout d’une mobilisation citoyenne. Elle était ouverte à tout le monde. Des responsables politiques de différents partis étaient présents, comme cela avait déjà été le cas lors de notre grève de la faim en 2017, où des membres du Parti travailliste, dont Shakeel Mohamed, étaient venus nous soutenir. Cette fois encore, Xavier Duval, Steve Obeegadoo ou Joanna Bérenger étaient présents. Je n’ai jamais demandé à qui que ce soit de partir. Lorsqu’un mouvement populaire prend de l’ampleur, il est normal que les politiciens s’y intéressent. Ils en tirent tous un bénéfice politique, quelle que soit leur formation. Cela ne me pose aucun problème.

En revanche, je ne peux pas accepter que l’on m’accuse d’avoir reçu de l’argent pour défendre une cause. La critique fait partie du débat démocratique, mais propager de telles accusations est extrêmement grave. Depuis 2010, Jane Ragoo et moi avons été sollicités à plusieurs reprises pour être candidats à des élections. Nous avons toujours refusé. Nous tenons à notre indépendance. Je ne suis pas prêt à renoncer à ma liberté d’expression pour vendre mon âme, c’est-à-dire pour servir les intérêts d’un parti politique.

J’ai également été surpris d’entendre le Premier ministre citer mon nom à l’Assemblée nationale en affirmant que j’aurais soute- nu la Contribution sociale généralisée (CSG) sous le précédent gouvernement. Je trouve cela malhonnête, car il savait que je ne pouvais pas lui répondre dans cet hémicycle.

La réalité est que, depuis 2012, nous réclamons une réforme du système de retraite fondée sur une véritable consultation. Nous estimons que le système actuel ne protège pas suffisamment les travailleurs aux revenus modestes. Une personne qui a passé quarante ans dans le secteur manufacturier peut aujourd’hui percevoir une pension dérisoire. Nous avons toujours soutenu que la retraite devait rester un pilier de l’État-providence. C’est dans cet esprit que nous avons soumis plusieurs propositions au gouvernement. Nous préconisons notamment la création d’un Welfare State Fund, une taxe sur les transactions offshore, une TVA sociale sur les produits et services de luxe, ainsi qu’une contribution fiscale accrue pour les plus hauts revenus et un relèvement du taux d’imposition des entreprises à son niveau d’avant 2005. Nous avançons des alternatives concrètes. C’est pourquoi il est injuste de prétendre que nous avons soutenu les politiques de l’ancien ministre des Finances.

J’aimerais d’ailleurs pouvoir rencontrer le Premier ministre afin d’échanger directement avec lui sur ces propositions. Ce serait l’occasion de présenter nos arguments et nos données, preuves à l’appui.

Si le gouvernement acceptait de rouvrir les discussions, quelles seraient les points avancés par la plateforme syndicale lors de ces négociations ?

Notre première demande est l’ouverture d’une véritable consultation tripartite. Le gouvernement avait promis une rupture dans sa manière de gouverner, mais, dans les faits, nous avons l’impression que rien n’a changé. Nous sommes conviés à des réunions où nous exposons nos points de vue, sans véritable échange. Ensuite, les décisions sont prises ailleurs, au sein d’un comité interministériel. Ce n’est pas ainsi que l’on construit un consensus.

Nous souhaitons une concertation conforme à la Convention 144 de l’Organisation internationale du travail, réunissant autour d’une même table le gouvernement, les employeurs et les syndicats. Mais le débat ne devrait pas s’arrêter là. Les associations représentant les personnes âgées, les ONG et les autres parties prenantes devraient également être associées aux discussions. Une réforme de cette importance mérite un débat national, interactif et transparent.

Nous avons des propositions concrètes. Notre objectif n’est pas de bloquer toute réforme, mais de trouver des solutions qui garantissent la pérennité du système sans péna- liser les travailleurs. Nous souhaitons notamment obtenir davantage de transparence sur les recettes alimentant les caisses de l’État, en particulier la contribution des travailleurs étrangers, qui participent au financement du système sans bénéficier de la pension de vieillesse.

Nous estimons également que d’autres pistes de financement méritent d’être sérieusement étudiées. Nous avons soumis plusieurs propositions en ce sens et nous sommes prêts à les défendre autour d’une table de négociation. Ce que nous demandons avant tout, c’est que ces idées soient réellement examinées, et non écartées d’emblée.

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