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À Genève, Pascalina Nellan porte la voix des Chagossiens
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À Genève, Pascalina Nellan porte la voix des Chagossiens
■ La spécialiste en relations internationales et en droit international des droits de l’homme s’est exprimée lors de la 19e session de l’«Expert Mechanism on the Rights of Indigenous Peoples» à Genève, mardi.
«Trop souvent, le peuple chagossien est traité comme si sa présence dans ces discussions n’avait aucune importance.» C’est par ces mots que Pascalina Nellan a interpellé les représentants des États membres des Nations unies, le 14 juillet 2026, à Genève. Face à l’Expert Mechanism on the Rights of Indigenous Peoples (EMRIP), la militante d’origine chagossienne a livré un plaidoyer fort en faveur de la reconnaissance des droits de son peuple.
Fondatrice de la Derby Chagossian Community au Royaume-Uni, Pascalina Nellan s’est imposée au fil des années comme l’une des voix engagées de la diaspora chagossienne. Son combat est guidé par une conviction profonde : faire reconnaître les droits d’un peuple déraciné de l’archipel des Chagos et défendre son droit au retour, à la reconnaissance et à la restitution.
Descendante chagossienne, Pascalina Nellan a consacré une grande partie de son parcours à la défense des droits de sa communauté. À travers des campagnes, des déclarations publiques et des événements internationaux, elle œuvre pour attirer l’attention sur les injustices vécues par les Chagossiens depuis leur déplacement forcé de leurs îles ancestrales dans le cadre des politiques britannique et américaine.
Son engagement porte notamment sur la participation des Chagossiens aux discussions liées aux négociations de souveraineté entre le Royaume-Uni et Maurice, ainsi que dans les différents mécanismes internationaux de défense des droits humains.
Sur le plan académique, Pascalina Nellan possède une licence en sciences politiques, avec une spécialisation en relations internationales, ainsi qu’un master en droit international des droits de l’homme. Elle a également effectué un stage auprès de Speak Human Rights à Maurice, où elle a acquis une expérience pratique dans le domaine du plaidoyer et de la recherche en matière de droits humains.
Au sein de Chagossian Voices, Pascalina Nellan a activement participé à la campagne en faveur du Nationality and Borders Bill, qui a permis aux descendants chagossiens d’obtenir la citoyenneté britannique. Pour elle, cette reconnaissance juridique représente une étape importante vers l’inclusion et la reconnaissance d’une communauté longtemps privée de certains droits. Elle a également collaboré avec des organisations internationales telles que Human Rights Watch et Amnesty International UK, dans le cadre d’actions de sensibilisation et de plaidoyer visant à amplifier la voix des Chagossiens dans les forums internationaux et dans les débats sur les droits humains.
Au-delà du combat politique et juridique, Pascalina Nellan s’investit également dans la préservation de l’héritage culturel de son peuple. En collaboration avec le Dr Jonathan R. Kasstan et d’autres chercheurs, elle participe à la documentation et à la revitalisation du créole chagossien, la langue patrimoniale de la communauté. Ce travail comprend la corédaction de publications académiques portant sur la langue chagossienne, sa transmission entre générations et son importance dans la préservation de l’identité culturelle des communautés vivant en diaspora. Pour elle, défendre les droits des Chagossiens signifie aussi protéger leur mémoire, leur culture et leur lien avec leurs terres ancestrales.
L’engagement de Pascalina Nellan l’a conduite à intervenir devant plusieurs mécanismes des Nations unies, notamment l’EMRIP, l’Examen périodique universel ainsi que différents comités onusiens traitant des questions de discrimination et de droits humains. En septembre 2025, elle a également participé aux travaux du Comité des droits économiques, sociaux et culturels des Nations unies, où elle a porté les préoccupations de la communauté chagossienne. Cette participation s’inscrivait dans la continuité de son engagement visant à faire reconnaître les conséquences humaines, sociales et culturelles du déplacement forcé des Chagossiens, ainsi que les défis auxquels sont confrontées les générations actuelles vivant en diaspora.
Le 14 juillet 2026, lors de la 19e session de l’EMRIP à Genève, Pascalina Nellan a une nouvelle fois porté la voix des Chagossiens devant la communauté internationale. Dans son intervention consacrée aux propositions devant être soumises au Conseil des droits de l’homme, elle a dénoncé le fait que les Chagossiens soient trop souvent absents des discussions qui concernent pourtant directement leur avenir. «Trop souvent, le peuple chagossien est traité comme si notre présence dans ces discussions était sans importance.» Elle a notamment répondu aux arguments selon lesquels l’avis consultatif de la Cour internationale de justice aurait réglé l’ensemble des questions liées aux Chagos. «L’avis consultatif a porté sur la décolonisation de Maurice ; il n’a pas déterminé les droits du peuple chagossien en tant que peuple autochtone.»
Pour Pascalina Nellan, la question de l’identité chagossienne ne peut être décidée par les États. «Un État multiculturel ne peut pas invoquer sa diversité pour nier l’existence d’un peuple autochtone, pas plus que la nationalité ne peut être utilisée pour effacer une identité autochtone. Notre droit à l’autoidentification nous appartient, pas aux États qui parlent de nous.»
Elle a également souligné que l’expérience chagossienne démontre une faille dans le droit international, lorsque les processus de décolonisation et les questions de souveraineté sont traités sans la participation réelle des peuples directement affectés. Elle a ainsi demandé à l’EMRIP de recommander au Conseil des droits de l’homme que la décolonisation ne se fasse jamais au détriment des droits des peuples autochtones, que les principes du consentement libre, préalable et éclairé, de la restitution, de la continuité culturelle et du droit au retour soient respectés lorsque des peuples autochtones sont concernés par des différends territoriaux.
Elle a aussi appelé à renforcer le rôle de l’EMRIP afin de garantir un dialogue direct avec les peuples autochtones et éviter qu’ils soient exclus des décisions concernant leurs terres ancestrales.
Pour Pascalina Nellan, la cause chagossienne ne se résume pas à une question de territoire ou de diplomatie. «La défense des droits des Chagossiens n’est pas simplement une lutte juridique ou politique. C’est une lutte profondément personnelle pour l’identité, la dignité et la justice intergénérationnelle.» Selon elle, le déplacement forcé des Chagossiens représente une injustice historique dont les conséquences continuent de toucher les familles aujourd’hui.
«La véritable justice signifie placer les expériences vécues par les Chagossiens eux-mêmes au centre des décisions, pas seulement dans les textes juridiques ou les accords diplomatiques, mais dans la manière dont nous façonnons les politiques qui affectent notre lien avec notre terre, notre culture et les générations futures.»
À travers son parcours académique, son engagement communautaire et ses interventions auprès des Nations unies, Pascalina Nellan représente une nouvelle génération de militants chagossiens déterminés à faire entendre la voix d’un peuple qui réclame reconnaissance, respect de son identité, restitution et droit au retour sur ses terres ancestrales.
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