Publicité

Un planteur amer et en colère sur l?avenir du sucre

29 août 2005, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Le crâne clairsemé de cheveux blancs, Lomuss Hurhangee parle de l?industrie sucrière avec passion. Mais il explose de colère en évoquant le fonctionnement des organisations qui vivent sur les deniers des planteurs.

Ce propriétaire terrien du Nord, voit l?avenir en noir avec la baisse annoncée du prix garanti du sucre sur le marché européen. Lomuss Hurhangee règne sur une immense propriété à La Salette, Grand-Baie, c?est-à-dire 40 arpents sous culture de cannes.

Dès qu?il quitte sa villa, il est suivi comme son ombre par ses sept boxers. A 72 ans, il aurait pu se la couler douce. Mais sa vie, c?est ses terres dont il a repris la gestion en 1988.

?La baisse de 39 % du prix garanti aura certainement un impact désastreux sur les plantations?, lâche-t-il, le ton cassant. Le pays ne peut se passer de l?industrie sucrière, tant sa portée est grande dans la vie locale et la culture vivrière n?est pas le palliatif idéal.

Pour être efficiente, dans un futur environnement à un prix moindre, l?épierrage et l?irrigation sont deux facteurs essentiels. Le premier pour améliorer la qualité du sol, le second pour contribuer au rendement de la récolte.

Situation critique

Cependant, même le gros planteur éprouve des difficultés à joindre les deux bouts. Lomuss Hurhangee affirme avoir, au cours des six dernières années, injecté Rs 20 millions dans les deux étapes citées ci-dessus de la culture.

Des investissements qui lui rapportent, pour la présente récolte, plus de Rs 2 000 la tonne de cannes. Mais le remboursement est lourd et d?ici sept ans, quand le prix aura déjà chuté drastiquement, sa situation sera encore plus critique.

En dépit de ses efforts, explique le planteur, ses frais demeurent importants. ?C?est inconcevable qu?à chaque étape, des organismes ponctionnent dans les revenus de la récolte.? L?usine s?octroie 23 %, le Sugar Insurance Fund Board perçoit un pourcentage sous forme de prime et la Mauritius Sugar Authority (MSA) prélève, à son tour, une somme subséquemment distribuée à d?autres organismes oeuvrant dans l?industrie.

?L?excès de charges financières est en train de tuer les planteurs. Le textile rapporte bien plus que l?industrie sucrière. Y trouve-t-on autant d?organismes à financer ? Est-ce qu?une Textile Authority a été mise sur pied ? Non !? souligne Lomuss Hurhangee. Sa solution, déjà présentée au ministre de l?Agro-industrie, Arvin Boolell, qui avait visité ses champs, serait de fermer les moins efficientes.

Il estime que la Mauritius Sugar Authority a fait son temps dans la mesure où l?industrie a évolué depuis sa création. Le rôle de cette instance régulatrice ayant un droit de regard sur 33 usines s?est, selon Lomuss Hurhangee, amoindri en parallèle à la chute du nombre d?usines.

Note discordante

Dans cette même logique, ajoute-t-il, il est du droit constitutionnel d?assurer sa production chez un organisme spécialisé de son choix. Autre note discordante : les pensions des anciens dockers, à la charge de la Mauritius Sugar Terminal Corporation.

Ces charges, fulmine Lomuss Hurhangee, seraient de Rs 2,5 milliards par an. Avec la fermeture des organisations n?ayant pu subvenir aux besoins des planteurs et le regroupement d?autres entités, l?Etat devrait prendre à son compte le financement y résultant.

Sa colère va crescendo concernant les conditions d?emploi de ces organisations parapubliques. ?Aujourd?hui, les directeurs roulent des grosses cylindrées et à la retraite, ils auront une grosse pension. En revanche, le planteur, pas tellement bienvenu dans certains de ces locaux, n?aura aucune rémunération.?

Dans sa série de griefs, Lomuss Hurhangee cite son histoire. Il a, assure-t-il, dépensé Rs 80 000 pour pomper des nappes phréatiques sur ses terres mais la Central Water Authority lui a signifié son intention d?installer un compteur pour qu?il paie l?eau. ?Comment voulez-vous qu?on survive ??

Publicité