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Trois raisons avancées pour refuser la liberté à Hurnam
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Trois raisons avancées pour refuser la liberté à Hurnam
LES ENQUÊTEURS de l?Anti Drug and Smuggling Unit (Adsu) ont avancé trois raisons pour objecter à la remise en liberté conditionnelle de l?avocat-parlementaire Dev Hurnam.
Arrêté vendredi dernier pour avoir comploté d?agresser le Senior Puisne Judge Bernard Sik Yuen et pour avoir donné des instructions pour assassiner l?inspecteur Hemandass Ghoorah, Dev Hurnam a comparu hier après-midi devant le magistrat Lutchmeeparsad Aujaheb.
La motion de l?avocat-parlementaire a été débattue et renvoyée à aujourd?hui à la demande de Me Désiré Basset, Senior Counsel, qui avec Me Sanjeev Teeluckdharry et Me Viren Ramchurn, assure la défense de Dev Hurnam. Me Basset a demandé à l?assistant surintendant Pierre Murugan de vérifier quand le SPJ Sik Yuen a fait réserver son billet pour Rodrigues. L?ASP Murugan doit fournir ces détails au tribunal aujourd?hui.
C?est vers 12 h 55 qu?une voiture de l?Adsu s?immobilise devant l?entrée principale de la New Court House. Dev Hurnam, tout sourire, en descend. Il paraît jovial et essaie de garder aussi longtemps que possible son air détendu.
L?avocat regarde autour de lui pour voir si ses partisans sont venus le soutenir. ?Courage Dev, nous conne to innocent?, lance l?un d?eux en tentant de se faufiler entre les éléments de l?Adsu.
Voyant les journalistes et les photographes, l?avocat lance : ?Zotte trouve mo bien. Mo ena encore courage pour lutter. Cotte mo fine tombe trois fois?.
Rasé de près et portant une chemise bleue à rayures blanches et un gilet noir, le prévenu se dirige vers la Bail and Remand Court au rez-de-chaussée. Les membres de l?Adsu ont du mal à contenir les photographes. Une bousculade s?ensuit, vite maîtrisée par le service d?ordre.
La salle d?audience est pleine comme un ?uf quand Dev Hurnam fait son entrée. Plusieurs de ses partisans suivent debout les débats sur la motion de remise en liberté provisoire.
Se retournant vers ceux présents, il lance : ?Sir Gaëtan Duval revisited et ou trouve Dev Hurnam?. Un partisan lui tend une bouteille d?eau qu?il refuse. Un membre de l?Adsu lui enjoint de s?asseoir. Le prévenu s?exécute sans broncher et salue Me Nandraj Patten, avant d?échanger quelques mots avec Me Viren Ramchurn.
A 13 h 05 il quitte le tribunal pour se diriger vers le bureau du magistrat. Il réapparaît dix minutes plus tard. Ses avocats, Me Basset et Me Teeluckdharry arrivent et se rendent à leur tour en chambre.
13 h 20 : la séance débute. Le magistrat ordonne à un policier de laisser grandes ouvertes les portes du tribunal. Me Basset de lancer : ?Justice must be administered with doors opened?.
L?avocat annonce que Dev Hurnam a retenu ses services de même que ceux de Me Raymond D?Unienville QC, Me Teeluckdharry et Me Ramchurn.
Me Basset rappelle l?urgence de la motion étant donné que son client est aussi député : ?En tant que tel, il a des responsabilités vis-à-vis de ses mandants et sa détention l?empêche d?accomplir ses responsabilités constitutionnelles.? Il concède toutefois que son client n?a pas achevé sa déposition et prie le magistrat de ne pas considérer la déclaration faite par son client vendredi alors qu?il n?était pas ?assisted?.
L?avocat réclame la libération sous caution de son client mais Me Bobby Madhub, Acting Assistant Parliamentary Counsel, objecte à cette motion.
Enquête pas terminée
L?ASP Murugan est appelé à la barre. Il évoque trois raisons pour justifier son objection à la motion de Me Hurnam. Il avance que le prévenu est accusé provisoirement de deux graves délits. L?enquête policière, dit-il, n?est pas encore bouclée et s?il est libéré, l?accusé pourrait tenter d?influencer les témoins potentiels ou de ?tamper with evidence.?
C?est le 24 mars dernier que la police arrête Antoine Chetty pour une affaire de drogue. Et depuis le 26 mars 2004, l?homme consigne dépositions sur dépositions. Dans trois d?entre elles, en date des 13, 14 et 15 avril, le dealer-repenti implique l?avocat Hurnam. Il raconte qu?en 2001 ou 2002, ce dernier lui aurait demandé d?assassiner deux officiers de police. Parmi eux se trouve l?inspecteur Ghoorah chargé de l?enquête sur le braquage perpétré à la Sate Bank de Grand-Bois.
Selon Antoine Chetty, Dev Hurnam lui aurait aussi demandé de sectionner le bras droit du SPJ Sik Yuen et lui avait promis Rs 400 000 pour ces missions.
Quelques jours plus tard, l?avocat aurait demandé à Antoine Chetty de venir le voir à son bureau. En présence de l?arpenteur Vinesh Bhuspoteeah, Dev Hurnam aurait demandé à un avocat junior
(NdlR: Me Ashley Hurranghee, son nom n?a pas été cité en cour), d?accompagner Antoine Chetty en Cour suprême pour lui montrer l?inspecteur Ghoorah et l?autre officier de police. Mais Me Hurranghee aurait refusé tout net.
Relatant le complot contre le SPJ Sik Yuen, Antoine Chetty affirme que Me Hurnam lui a ordonné de suivre le juge à Rodrigues, une semaine durant, pour exécuter ?sa mission?. Cependant il n?a pu mettre son plan à exécution en raison de la sécurité renforcée autour du SPJ.
Selon l?ASP Murugan, interrogé par les enquêteurs, l?arpenteur Bhuspoteeah a dit ne pas se souvenir de l?incident mais confirme qu?Antoine Chetty se rendait souvent au bureau de Me Hurnam.
Le policier a indiqué en cour que la déposition du notaire Vinay Deelchand, qui serait le cerveau d?un trafic de drogue, se poursuivra au retour de ses avocats, Me Guy Ollivry QC et Me Yanilla Moonshiram, absents du pays.
L?ASP a ensuite répondu aux questionx de Me Basset.
Antoine Chetty a-t-il impliqué mon client Dev Hurnam dans trois dépositions ?
? Oui.
Arrêté le 26 mars, il a attendu trois semaines pour faire des allégations ?
? Oui.
De la drogue a été saisie chez ce dénonciateur qui a tenté d?en vendre à un agent de l?Adsu ?
? Oui.
Antoine Chetty a allégué que la drogue appartenait à son boss le notaire Vinay Deelchand?
? Oui.
Il n?a pas donné des dates exactes ou de jours concernant ses allégations contre Dev Hurnam ?
? C?est exact, il a dit entre 2001 ou 2002.
Savez-vous que les dépositions dans l?affaire du hold-up de Grand-Bois ont été bouclées en 2000 ?
? Je ne sais pas.
Etes-vous au courant des relations entre l?avocat Jr (Me Hurranghee) et la concubine d?Antoine Chetty, Anju Lallah ?
? Non.
Sont-ilsparents ?
? Je ne sais pas.
Savez-vous que Me Hurnam a demandé à l?avocat Jr de ne plus occuper ses bureaux et qu?ils ne s?adressent plus la parole ?
? Non.
L?arpenteur Bhuspoteah n?a pas corroboré la version d'Antoine Chetty ?
? Il dit ne pas se souvenir de ce qui s?est passé au bureau de Me Hurnam.
Vous avez seulement la version de Chetty contre mon client ?
? Celle d?Antoine Chetty et de l?avocat Jr.
Selon les dires de Dev Hurnam, explique l?ASP, Antoine Chetty est un ancien client. L?avocat aurait refusé sa proposition de remettre de l?argent à un détenu en prison.
Quel est l?autre officier de police que Dev Hurnam aurait dit d?assassiner ?
? Je ne connais son non nom. Il enquêtait sur le hold-up de Grand-Bois avec l?inspecteur Ghoorah.
Antoine Chetty a-t-il révélé son nom ?
? Non. Selon Chetty, Dev Hurnam lui a donné les noms mais il ne se souvient que de celui de l?inspecteur Ghoorah.
Donc Me Hurnam aurait ordonné d?assassiner une ?unknown person??
(...)
Savez-vous que Dev Hurnam a écrit plusieurs lettres contre le juge Sik Yuen ?
? Non.
Dev Hurnam était absent du pays du 24 mars au 16 avril dernier ?
? Oui.
Savez-vous qu?il a rendu une visite de courtoisie au SPJ à son retour ?
? Non.
Savez-vous que le SPJ Sik Yuen a servi du thé chinois à Dev Hurnam ?
? Je ne sais pas.
Les appels de l?avocat passés au crible
L?enquête de l?Anti Drug & Smuggling Unit (Adsu) veut éclaircir davantage la connexion entre l?avocat-parlementaire Dev Hurnam et le notaire Vinay Deelchand. Les enquêteurs recherchent l?autorisation de la Cour suprême pour passer au crible auprès de Mauritius Telecom les appels téléphoniques effectués par l?avocat au notaire et à son ancien bras droit, chauffeur et garde du corps, Antoine Chetty. La police compte jurer un affidavit en ce sens dans les prochains jours.
Deux accusations provisoires ont été logées contre l?avocat, après son arrestation vendredi. Dev Hurnam est accusé d?avoir comploté avec Antoine Chetty d?agresser avec préméditation le Senior Puisne Judge (SPJ) Bernard Sik Yuen et d?assassiner l?inspecteur Hemandass Ghoorah et un autre policier.
L?inspecteur Ghoorah, convoqué au quartier général de l?Adsu hier matin a consigné sa déposition en présence de l?inspecteur Hector Tuyau. Il affirme qu?il était le principal enquêteur sur le hold-up de la succursale de State Bank à Grand-Bois, braquage perpétré en mai 2000.
L?enquête, souligne-t-il, avait abouti à l?arrestation de quatre suspects. Dans le sillage de cette enquête, Dev Hurnam avait été incriminé par l?un des suspects, Soobashing Bholah. Ce dernier avait allégué que l?avocat lui avait demandé de fabriquer un alibi. Deux accusations avaient été retenues contre l?avocat : ?Possession of Stolen Property? et ?Conspiracy?. A la demande du parquet, l?avocat avait été seulement poursuivi sous une accusation de complot. La cour intermédiaire l?avait alors condamné à six mois de prison. Me Hurnam qui a contesté le jugement a ensuite été acquitté en appel.
Une rancoeur tenace
Durant toute l?enquête, fait ressortir l?inspecteur Ghoorah, il avait ressenti que l?avocat avait nourri une certaine ranc?ur à son égard. Dans sa déposition, l?inspecteur dit avoir été informé par feu l?avocat Kritanand Seethiah : ?He wants to do you bodily harm?.
Les relations entre Dev Hurnam et le SPJ ont été des plus tendues. Irrité que la juge Ah Foon Chui Yew Cheong, alors Directrice des poursuites publiques (DPP) ait ouvert une enquête sur les allégations portées contre lui dans l?affaire du braquage de Grand-Bois, il avait adressé une lettre à plusieurs membres du judiciaire pour critiquer leur prise de position sur certains dossiers. L?avocat égratigne au passage leur (manque d?) éthique et mentionne à cet égard le juge Bernard Sik Yuen en soulignant son lien de parenté avec la DPP.
Dans une déposition à la police, hier, le SPJ Sik Yuen a relaté les circonstances dans lesquelles il s?était rendu à Rodrigues en avril 2001. Il fait ressortir que, quatre fois l?an, les juges se rendent à tour de rôle à Rodrigues pour juger diverses affaires au civil, notamment des procès en divorce.
Le SPJ dit ne pas se souvenir d?avoir croisé Antoine Chetty, d?abord parce qu?il ne connaît pas le personnage et ensuite parce qu?il n?a jamais eu affaire avec lui en Cour suprême ou ailleurs.
Bernard Sik Yuen consignera sous peu une autre déposition sur le différend qui l?oppose à Me Hurnam.
Les Court Records seront examinés afin d?établir l?état des relations entre Me Hurnam et un ancien junior à son étude, Me Ashley Hurhangee, au moment où un complot aurait été ourdi pour agresser l?inspecteur Ghoorah. Dans une déposition à l?Adsu, la semaine dernière, Ashley Hurhangee avait corroboré certains éléments de la déposition d?Antoine Chetty.
La déposition du chauffeur-garde du corps Chetty à l?Adsu s?est poursuivie hier. Elle était axée principalement sur les allégations de tentative de meurtre sur Lalldev Gajadhur, aussi appelé Dev, à Candos le 16 juin 1998.
Selon le suspect-repenti, l?homme avait été agressé à coups de sabre et de couteau pour avoir dénoncé à la police Vinay Deelchand, alors clerc de notaire et l?avoir traîné en justice pour récupérer des terres qui appartenaient à son père. Lalldev Gajadhur accusait Vinay Deelchand d?avoir falsifié la signature de son père mourant pour s?approprier trois lots de terre à Candos en 1996.
Dans le sillage de l?enquête de l?Adsu sur cette tentative de meurtre, Cyril César a été arrêté sous une accusation provisoire de ?attempt at murder?. Son complice, Mario Vithilingum purge actuellement une peine de prison pour un autre délit.
Dans un communiqué de presse hier, Raj Dayal, ancien commissaire de police, rappelle que durant la commission d?enquête présidée par le SPJ Bernard Sik Yuen, il avait retenu les services d?Emmanuel Leung Shing, ex-DPP et présent ministre de la Justice et non pas les services de Me Hurnam. Il précise en outre que les membres de la force policière ne sont pas habilités à enquêter sur le comportement de leur commissaire.
Les avocats de Vinay Deelchand présentent une motion aujourd?hui. Ils réclament de la Cour suprême un gagging order interdisant à la presse de relater l?évolution de l?enquête policière sur leur client.
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