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Transport gratuit : La rentrée s?annonce agitée

6 janvier 2006, 20:00

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par Ashvin RAJARAI

Il est mercredi le 11 janvier 2006. Le petit Guillaume 9 ans se lève tôt pour se préparer pour aller à l?école. C?est la grande rentrée. Il reprendra sa routine de vie d?écolier, mais à un détail près : contrairement aux années précédentes cet élève de Standard IV ne se rendra pas dans son établissement par le van scolaire. Non. Il prendra le bus puisque le ticket est gratuit !

Cette décision, plusieurs parents ont fini par la prendre après que le gouvernement a annoncé que le transport sera gratuit pour les écoliers, les personnes âgées et les handicapés. Une mesure qui n?est pas pour plaire à certains propriétaires de vans qui font du ramassage scolaire. Car ils sont les premiers à en pâtir, les parents n?ayant plus recours à leurs services pour véhiculer leurs enfants.

Nazir Junggee, président du comité Van Lekol qui regroupe quelque 200 membres, a, à cet effet, adressé une lettre au secrétaire permanent du ministère des Infrastructures publiques. Son argument: pour la rentrée scolaire, les propriétaires de vans n?ont pas reçu un nombre satisfaisant d?écoliers, ce qui représente une menace pour leur métier. C?est ainsi qu?il sollicite une rencontre avec le gouvernement afin de voir dans quelle mesure cette situation peut être évitée. Cela, avant que la rentrée scolaire n?ait lieu. Au cas contraire, le comité envisagerait même une grève de la faim.

Aleem Domun, président de la Contract Bus Owners? Association, qui a été longtemps critique envers le système de transport gratuit, revient, lui, à de meilleurs sentiments. Et contrairement aux autres propriétaires de vans, il affirme que la gratuité du transport n?a, en aucune façon, eu un impact négatif sur son activité. «Nous offrons un service personnalisé à nos clients. Un parent qui avait l?habitude qu?on prenne son enfant à la maison pour le déposer à l?école, n?optera pas pour l?autobus», explique le président de la Contract Bus Owner?s Association.

Mais pour un autre groupe de propriétaires de vans, la situation est tout autre. «Nous sommes dans une situation de crise. Je me demande jusqu?à quand nous pourrons survivre», lâche Jean Luchmun, propriétaire de van scolaire depuis 28 ans.

De la peine à joindre les deux bouts

Assis dans son salon, Jean Luchmun, attend désespérément que le téléphone sonne. «Depuis plusieurs semaines, je n?ai pratiquement pas reçu d?appels de parents me demandant de transporter leurs enfants. Généralement, à cette époque de l?année, je ne sais plus où donner de la tête», confie-t-il.

Les années précédentes, ses deux vans de 19 places chacun étaient bondés d?étudiants. Et maintenant, le nombre de ses clients a chuté de plus de 40 %. «À l?heure actuelle, je n?ai que 22 clients», constate-t-il.

D?autre part, ses coûts pour exercer son activité ont augmenté, notamment avec la hausse du prix du diesel. Et les recettes, elles, sont en chute libre. «J?arrive à peine à joindre les deux bouts», souligne-t-il.

Ce sentiment, Sooprarien Cavaree, le partage également. Pour ce propriétaire de van scolaire dans le nord, une seule option est à considérer: arrêter ce métier. «Ce n?est plus un business viable», fait-il ressortir. La clientèle des Standards III à V est presque inexistante. «Il n?y a que les élèves des standards I et II qui prennent le van scolaire», explique Sooprarien Cavaree.

À titre d?exemple, ce dernier fait payer à ses clients Rs 200 mensuellement pour le trajet Sainte-Croix-Port-Louis. C?est vrai que pour un couple qui a trois enfants, l?économie est assez significative. «Cela leur permet d?économiser Rs 600. Mais cela ne fait pas notre affaire», explique-t-il.

La gratuité du transport fait des vagues aussi chez les taxis. La grogne est à son paroxysme. Elle pourrait bien se concrétiser sous la forme d?une manifestation le 11 janvier dans la capitale, date de la rentrée des classes, affirme Ved Mohaul, secrétaire de l?association des taxis de l?Est. Selon lui, un mouvement national se prépare et l?on pourrait s?attendre à une convergence de plusieurs centaines de taxis vers Port-Louis ce jour-là.

Cette initiative traduit l?exaspération des propriétaires de taxis. Ved Mohaul, père de famille est presque au bord des larmes, lorsqu?il nous parle. «Mo pe dir ou, pou enn zom, li bien dir. Depi ki sa laloi la inn rentre en vigueur mo pa pe capav nouri mo fami», lance-t-il d?une voix tremblante, mais empreinte de colère.

Il est catégorique : les personnes âgées, les handicapés, mais surtout les étudiants boudent les taxis. Ses recettes ont été réduites de moitié, alors que les prix du diesel et de l?essence ont connu depuis cette semaine une hausse de Rs 5,80 le litre pour l?essence et de Rs 3,96 le litre pour le diesel. «Pourquoi est-ce que ces personnes prendront le taxi alors qu?ils peuvent voyager gratuitement», demande t-il.

Et puis il faut aussi composer avec les taxis-marrons qui règnent en maître dans cette partie de la région. «Trop, c?est trop», lance-t-il. Il propose que l?Etat adopte une autre formule. Au lieu de subventionner les autobus, l?idée est de reverser directement cet argent aux parents. Et ce sera à eux de décider comment voyageront leurs enfants. «Chacun pourrait y trouver son compte», lance ce propriétaire de taxi.

«Une mesure injuste et arbitraire»

Quoi qu?on en dise, dans tout cela, ce sont les propriétaires et les compagnies d?autobus qui s?en sortent finalement bien. Même si certains restent divisés sur la question, le deal avec le gouvernement est à leur avantage. Chaque autobus perçoit Rs 25 600 par mois comme subvention de l?Etat.

Selon les dernières statistiques obtenues de la National Transport Authority, le pays compte 1 866 autobus. Rien qu?avec les subventions de l?Etat, la CNT qui compte près de 517 autobus, bénéficie de revenus de l?Etat de Rs 160 millions tous les ans. Les opérateurs individuels possèdent une flotte de 790 autobus et perçoivent plus de Rs 240 millions de l?Etat.

Selon un proche du dossier, aucune étude sérieuse n?a été effectuée au préalable avant l?entrée en vigueur de cette mesure. Tous les opérateurs, quelle que soit la ligne desservie, bénéficient de la même subvention. Or, la fréquentation des autobus par les écoliers dépend du nombre d?institutions éducatives qui se trouvent dans la région.

À titre d?exemple, la route Sébastopol-Port-Louis compte environ cinq établissements. La ligne Rose-Hill?Centre de Flacq, compte pas moins de 35 institutions. «Au final, chaque opérateur perçoit Rs 25 600 mensuellement. Ce qui est totalement injuste et arbitraire», affirme un opérateur, qui se retrouve avec un autobus bondé d?étudiants durant la période scolaire.

Les opérateurs estiment, qu?en moyenne, le nombre d?étudiants à utiliser l?autobus a augmenté de près de 18 %. Ce qui a forcé la CNT à réorganiser ses services. «Dans la région sud, par exemple, nous avons augmenté notre flotte de 15 autobus supplémentaires», explique Raj Daliah, directeur général de la CNT.

Certes, le transport gratuit pour les étudiants et les personnes du troisième âge était une des promesses de l?Alliance sociale lors de la dernière campagne électorale. Mais cette décision coûte cher à l?Etat, soit près de Rs 600 millions annuellement. Avec la hausse du carburant, ce chiffre devrait s?alourdir davantage.

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