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Toofann : du créole au français
LA VERSION française de Toofann, pièce en trois actes de Dev Virahsawmy inspirée de La Tempête de Shakespeare, réalisée par Danielle Tranquille, Lecturer à l?Université de Maurice et membre du Groupe de recherche en francophonie, a été présentée au cours du séminaire lors de la Journée internationale de la francophonie à l?auditorium Octave Wiehé, le 19 mars dernier.
Pour Danielle Tranquille, ?la traduction première de cette pièce en créole est le résultat d?un parcours engageant un devoir à la fois personnel et intellectuel?. Personnel, parce que traduire Dev Virahsawmy en français implique pour elle un acte de lecture où il faut saisir les sens de l?original d?abord : il faut lire Toofann et comprendre la situation qui est à son origine, comme le passé post-colonial par exemple. Intellectuel, parce que l?objectif, hormis scolaire, consiste à ramener à la connaissance des autres (les francophones) ce qui a été dit dans ce qui leur semble être une langue étrangère (le créole). Il s?agit de la volonté de ?donner dans une autre langue la pensée de l?auteur?. La mission de la traductrice est donc double : il faut comprendre pour traduire et traduire pour faire comprendre.
Et en traduisant l??uvre, elle participe à la diffusion et l?explication de la pensée de Dev Virahsawmy qui se dévoile dans le rapport de la langue à la pensée chez lui. Car cette ?uvre, il ne faut pas l?oublier, est l?illustration littéraire d?un concept ? ici celui de ?pouvoir? ? qu?elle place en situation. Et comme l?explique notre traductrice, elle traite de ?la question du pouvoir de savoir ; dans le monde, le savoir donne un pouvoir ? d?où Prospéro détient le savoir pour se venger?. En ce sens, Toofann est une ?uvre qui suscite de la réflexion. Lui donner une version française, c?est en quelque sorte apporter de l?eau au moulin, c?est apporter de la substance au débat.
Volonté de partager
Par la même occasion cela redéfinit l?image de Dev Virahsawmy dans son rapport à la langue française et remet en question sa position vis-à-vis du créole. Puisqu?il cherche à passer son message dans une langue contre laquelle il se bat, on estime que d?une part il n?est pas anti-francophone et d?autre part il n?est pas en faveur du créole de manière radicale. Son image en tant que défenseur de la langue créole ne doit pas être mise à dos contre la langue française. ?L?autorisation de se traduire en français doit être perçue comme une évolution ou un désir d?échange?, pense Danielle Tranquille.
Ainsi, à l?origine il y a la démarche de vouloir partager. La traduction de Toofann symbolise donc la volonté d?un échange. Elle assure et prolonge la communication entre deux langues : le français et le créole. Mais elle offre aussi une possibilité de comparaison entre ces deux langues. Car dans la version française, il y a, comme dans tout texte traduit d?ailleurs, la présence d?un équivalent. Cette version française de Toofann est issue d?un travail considéré comme une discipline de nature comparative. En naissant, elle rapproche ces deux langues pour mieux les comparer.
Si l??uvre a un style, c?est celui de la comparaison ? d?où le fait qu?elle est indissociable de la stylistique comparée et de ses lois qu?utilise la traductrice qui, pour parvenir à son objectif, doit observer le fonctionnement d?une langue par rapport à une autre. C?est pourquoi, ce qui compte ce n?est pas tout à fait le sens de l?énoncé, mais la façon dont on utilise une langue pour rendre ce sens. En réalité, le message est l?ensemble des significations de l?énoncé. Il repose sur une réalité extralinguistique, c?est-à-dire la situation.
Difficultés
C?est de là que viennent les principales difficultés liées au travail de la traduction. Il faut pouvoir dire le génie de l?écrivain dans une autre langue. La tâche n?est pas du tout aisée, sachant bien que le Toofann de Virahsawmy est déjà au départ un texte hybride. ?Il faut alors chercher en deçà des mots?, préconise Danielle Tranquille. Sans cela, il n?est pas évident de traduire l?humour de l?auteur par exemple, ?et il y a un humour viril chez Dev?, précise-t-elle.
Et puis, il y a aussi la présence d?un champs en créole. Ce qui nécessite le respect de la couleur locale ? d?où le mythe de Babel dans l??uvre : plusieurs personnages parlent plusieurs langues. L?objectif ici consiste à préserver le sens original des propos des personnages. (Les notes de bas de page auraient certainement servi à faire passer le message dans la langue d?arrivée sans briser cette identité culturelle). Si c?était une traduction scientifique ou juridique, il aurait fallu respecter l?original. Mais dans la traduction littéraire, il y a la possibilité d?une trans-valorisation culturelle. Cependant ?on sacrifie toujours quelque chose même s?il y a le souci de garder le public cible en tête?, admet la traductrice. En ce sens traduire, c?est un peu trahir. (lire à ce sujet Billet : Quand traduire c?est trahir).
Ce qui compte ce n?est pas tout à fait le sens de l?énoncé, mais la façon dont on utilise une langue pour rendre ce sens. En réalité, le message est l?ensemble des significations de l?énoncé. Il repose sur une réalité extralinguistique, c?est-à-dire la situation.
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