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Tireur de pousse-pousse : La vie à la sueur de leur front
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Tireur de pousse-pousse : La vie à la sueur de leur front
Aux entrées principales du grand marché d?Anosibe, des dizaines de pousse-pousse sont parqués tout au bord de la rue. Tout autour, des hommes, des jeunes en majorité, sont assis sur le trottoir, certains se reposent dans leur véhicule, d?autres restent debout. Tous discutent d?un sujet intéressant tout le monde.
?Nous sommes ici depuis 5 heures, 4 heures pour certains. C?est de notre intérêt d?arriver avant l?aube puisque ceux qui ont besoin de nos services, font leurs courses de bonne heure?, explique Erika, un jeune homme de 25 ans.
Entre eux, le débat s?annonce chaud. Le ton monte, les gestes, très fermes, expriment leur sentiment : désapprobation ou accord sur les idées émises par les confrères. Parfois, une menace de dispute se fait sentir, mais grâce à l?amitié née de la corporation, tout s?arrange toujours.
?Ces derniers temps, la clientèle diminue?, se plaint l?un d?eux, traduisant l?opinion générale. ?La montée excessive du coût de la vie qui entraîne la faiblesse du pouvoir d?achat en est la principale cause?, confirme un autre.
?L?approvisionnement des détaillants devient de moins en moins fréquent et, de ce fait, ils ne font appel à nous que très rarement?, estime un troisième.
En d?autres termes, tous commencent à être découragés. ?Cela a débuté au moment où la commune a mené la chasse aux commerçants de l?informel. Auparavant, ces derniers achetaient leurs marchandises à Anosibe et nous chargeaient de les transporter?, explique un tireur de pousse-pousse, très convaincu de son raisonnement.
Juste à côté, un groupe de personnes joue aux cartes dans une ambiance très animée. ?Nous évitons autant que faire se peut de participer à ce jeu parce que nous ignorons le montant de notre gain de la journée, et nous ne pouvons prendre le risque de perdre de l?argent?, indique Fidy, tout en secouant la tête pour démontrer son désaccord.
Quelques minutes après, Madame Vololona, un sac banane ceint autour de sa taille, sort du marché. Son regard se dirige vers le groupe des tireurs de pousse. Dans un réflexe général, tous se lèvent puis l?entourent pour demander sa destination. La femme, étouffée, finit par déclarer, d?un ton ferme pour se libérer de ceux qui offrent leurs services, ?qu?elle connaît un transporteur qui lui est fidèle?.
Quelques minutes après la scène, un jeune homme costaud court vers elle et ils entament tout de suite le marchandage. ?Dix sacs de riz à transporter à mon épicerie à Andravoahangy?, explique Vololona, très confiante en Falisoa, le transporteur habituel de ses marchandises. ?Douze ariary par kilo, comme d?habitude?, propose le jeune homme. ?J?emmène une personne pour m?aider?, précise-t-il.
?Ces derniers temps, la clientèle diminue (...) La montée excessive du coût de la vie en est la principale cause...?
Les autres, un peu déçus, rejoignent leur place et se remettent à leur discussion.
?Le même scénario se produit chaque fois que nous espérons voir arriver un client potentiel. Chacun lui propose ses services et c?est à lui de décider qui transportera ses marchandises, à moins qu?il ait déjà un tireur attitré?, souligne Martin, doté de cinq ans d?expériences. Falisoa et son collègue s?occupent à faire la navette entre le magasin et leur pousse-pousse et à y placer les sacs de riz.
Une fois chargée, la cliente leur donne les dernières consignes et les laisse partir, tandis qu?elle va prendre le taxi-be pour arriver à l?épicerie avant eux. ?A cause des dispositions d?une loi municipale, nous ne pouvons pas passer par le centre-ville. Nous devons faire un détour par les 67 ha, Ankazomanga, Tsaramasay et Antanimena?, explique Falihery en levant les bras du véhicule avec courage. ?Il nous faudra deux heures pour arriver à destination?.
Derrière le pousse, son collègue intervient en poussant le véhicule quand ils abordent une pente, ou en tirant pour freiner en cas d?arrêt ou de descente. Durant le trajet, aucun mot ne sort de leur bouche, pour économiser leur souffle sans doute, sauf pour se donner des consignes. Car ils s?essoufflent et la sueur dégouline sur leur visage, favorisé par un soleil qui tape fort. C?est pourquoi ils portent toujours soit une casquette soit un chapeau.
A Anosibe, la journée se poursuit malgré l?absence de clients. ?Il nous arrive très souvent de n?effectuer aucun transport en une journée, se plaint Martin, toujours installé dans son pousse-pousse. Pourtant, que nous en ayons fait ou non, nous devons payer la location du véhicule à raison de 1 000 ariary par jour?.
?Cependant, si c?est un jour de chance, nous arrivons à réaliser une moyenne de trois voyages?, affirme Erika, tout en chargeant son pousse-pousse avec des sacs de haricots secs.
A midi, chacun déjeune selon ses moyens. Certains, qui ont déjà pu effectuer un ou deux voyages, s?offrent du riz et du ?laoka? (300 ariary), les autres se contentent d?un bol de manioc (100 ariary).
?Notre problème majeur réside dans l?insuffisance des ressources financières, souligne l?un d?eux . Si vous avez quelques travaux à nous proposer, même temporairement, nous sommes prêts à laisser les véhicules ici et les exécuter, avant de revenir le soir pour les à ramener à leurs propriétaires?.
Olivia VELONJANAHARY L?Hebdo de Madagascar
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