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Thivy m?a dit de ne rien dire
par Tania HUËT
Tout débute ainsi. C?est par hasard que nous sommes tombés un soir, sur l?artiste réunionnais, Alain Noël. Pris d?amitié pour celui qui a su nous apostropher avec ses oeuvres d?art lors de la dernière triennale d?art contemporain, nous nous sommes mis à déblatérer sur la vie d?artiste comme de vieux copains. Jusqu?au moment où?
?Ne me dis pas que tu ne savais pas cela !?, s?est écrié Alain Noël. Nous n?en savions rien. Notre conscience professionnelle était en doute. De quoi parlait-il exactement ? ?C?est évident, appuie l?artiste, cette triennale doit récompenser trois artistes. Mais Thivy Naiken m?a demandé de ne rien dire pour l?instant. Apparemment je suis le premier? ? Et voilà ! Cette nouvelle glaça l?atmosphère. Et puis le c?ur s?est libéré, l?artiste a enfoncé le clou. La deuxième triennale d?art contemporain n?était pas à la hauteur des espérances.
Elle aurait dû être celle qui allait rassembler les pulsions artistiques, ficeler les passions, créer de l?animation dans l?île, faire jaser jusqu?au plus inculte des amateurs d?art. Mais le Réunionnais s?en est allé chez lui. Déçu de ne pas avoir obtenu son prix à la fin du concours. Désillusionné quant à la mauvaise organisation de ce qui aurait dû être le plus grand rassemblement de peinture de l?année 2005.
Que s?est-il donc passé ? Qui n?a pas su mener le gouvernail ? La réflexion s?est enfilée. Il se chuchote que l?opinion des artistes fait l?unanimité. La déception. Krishna Luchoomun se disait qu?il était difficile d?organiser un tel événement avec des moyens limités dans un court laps de temps. Lors d?un des séminaires animés par les artistes, il aurait même proposé de faire de la triennale de l?océan Indien, une triennale tournante. ?Un événement qui engloberait tous les pays de l?océan Indien, qui s?organiserait à La Réunion, puis trois ans plus tard, aux Seychelles, et trois après?? L?idée est astucieuse. Selon ce membre de pARTage, cela permettrait à Maurice d?avoir beaucoup plus de moyens afin de privilégier l?organisation.
Mais celui qui détient les dés de la ?National Art Gallery? saura-t-il, pour une fois, écouter les propositions venues d?ailleurs ? Dans le milieu des artistes, les frustrations fermentent. On se dit que Thivy Naiken garde jalousement toutes les responsabilités pour lui. Qu?il ne délègue pas assez de tâches. Et pour le parti adverse, c?est le contraire. Ce sont les artistes qui sont difficilement contrôlables lors de ces manifestations. Et la rengaine continue.
Ce qui déçoit dans ce genre d?affaire, c?est toute la bulle de silence qui s?est créée autour de la triennale. Qui se souvient de son ouverture ? Beaucoup d?artistes ! Tous s?étaient réunis pour découvrir les travaux des artistes indiens, seychellois et pakistanais. Le ministre des Arts et de La culture semblait aux anges. Mais qui se rappelle encore des derniers moments de la triennale ? De ces moments où les artistes discourent en long et en large sur cette aventure. Très peu s?en souviennent.
Tandis que Thivy Naiken refuse catégoriquement de révéler l?identité des récompensés, il ne se rend peut-être pas compte qu?il cultive l?exaspération des primés. Un artiste est heureux de savoir que le fruit de son travail a conquis une population, étrangère de surcroît. La triennale respire pour cette raison. Ce frottement entre artistes permet d?établir des contacts. Le travail d?Alain Noël, comme celui de tout autre artiste, n?avait pas d?égal. C?était une partie d?eux qu?ils exposaient aux yeux de tous.
Nous pouvons comprendre que Thivy Naiken veuille placer la barre haute afin d?améliorer la troisième triennale. Mais qu?il prive des artistes de cette euphorie qu?est une reconnaissance, c?est inacceptable !
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