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Sylvio de Lapeyre déshabille les femmes
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Sylvio de Lapeyre déshabille les femmes
Pour son septième solo, l?artiste-peintre a choisi de composer la femme dans son plus simple appareil. Ce n?est pas du voyeurisme, mais une quête de l?idéal qu?il nomme liberté.
Si Sylvio de Lapeyre traite un thème classique de l?art pictural, ce n?est certainement pas avec l?intention d?enfermer ses créations dans un style canonique et particulier. à travers ses femmes nues, dévoilées dans leurs différentes positions, saisies dans l?intimité d?un moment, l?artiste s?applique à dévoiler une part de ce qu?il appelle universalité.
Sous le titre Nues, les 30 tableaux de l?artiste, réalisés entre octobre 2002 et mars 2004, seront visibles à l?Alliance française de Bell-Village, du 11 au 25 novembre.
Ses compositions mêlent la technique de l?acrylique à celle d?huile sur toile, toile marouflée et bois ? le tout dans des cadres en bois verni, fabriqués par le peintre lui-même et selon ses propres critères esthétiques.
Depuis sa première exposition en solo, qui remonte à avril 1995, l?artiste a fait son bout de chemin, avec détermination et persévérance, cherchant à maîtriser et sa technique et son choix des thèmes. En moins de dix ans, avec à son actif six solos et vingt-cinq participations à des expositions collectives, l?artiste, on peut affirmer sans hésitation, n?a pas laissé fuir le temps.
Par la même occasion, cela traduit, de sa part, le sentiment d?une certaine urgence face au temporel. Sans doute, est-ce la volonté de se réaliser, surtout lorsqu?on songe à sa devise qui est celle de ?s?accomplir à travers la peinture? ? Quête de l?absolu, quête de soi ! En effet, et comme il l?écrit dans un de ces écriteaux qui accompagnent son exposition, ?je persiste à croire que le seul moyen de prier qui m?a été donné reste ma peinture.?
L?universalité des choses et des êtres
Voilà pourquoi la mise à nu de la femme sur toile est ?le seul moment où je peux contempler la femme sans la convoiter?, note-t-il encore. Voilà pourquoi, dans ses tableaux ne transparaît point une quelconque volonté d?exhitionnisme ou de voyeurisme. Car, et à bien y voir, ses sujets n?extériorisent aucun signe qui indiquerait une conscience de nudité de leur part, malgré la nature passive des activités dans lesquelles ils sont absorbés, comme pourraient le laisser croire certains titres : La pause café, Rêve bleu, Détente, Le repos d?Ondine, Sieste, Contemplation, Rêverie à la lune.
Les femmes de Sylvio de Lapeyre ne posent pas : ?Les nues de mes tableaux sont rarement exhibitionnistes, elles ne sont pas poseuses, elles ne sont même pas conscientes d?être nues ou du regard des autres. Elles sont absorbées parce qu?elles font, elles réfléchissent, elles méditent?, note-t-il.
En réalité, chaque personnage féminin dans ses toiles est une manière singulière de représenter la femme universelle. Qu?elle soit la femme enceinte, la femme contemplative, la femme au repos, lisant ou se livrant à des soins corporels, ou tout simplement couchée, chacune d?elles est porteuse d?une signification universalisante. ?J?ai toujours été attiré par l?universalité des êtres et des choses, de ces états d?âme dans lesquels nous sommes tous égaux. C?est ce qui d?ailleurs relie la plupart de mes ?uvres?, confirme-t-il.
Au fond, si l?artiste se plaît à déshabiller les femmes, c?est pour mieux les rhabiller. Pas n?importe comment, cela va de soi. Car l?artiste est avant tout ?un roi qui peut se payer le luxe de ses folies.? Autant dire qu?il est rêveur. Et c?est de ses rêves qu?il rhabille ses sujets, comme lorsqu?il peint en bleu leur coiffure. C?est de la lumière aussi qu?il rhabille ses nues ? une lumière qui pénètre ses tableaux, toujours en respectant une direction unique.
Par ailleurs, le tableau est conçu par notre artiste comme un livre. Et comme pour tout livre qui se respecte, chaque tableau se doit d?être parcouru de gauche à droite. Le visiteur avisé pénétrera ainsi les toiles de Sylvio de Lapeyre de la même manière qu?il s?emploie à lire un livre ? d?où la signification toute particulière de la direction dans laquelle est orienté le regard du sujet : vers la gauche, c?est le passé, vers la droite, l?avenir.
Ainsi, les femmes qui ont le regard tourné vers la gauche, lieu qui marque l?entrée d?optique dans les tableaux, seraient vraisemblablement des rêveuses, des passéistes et des êtres intériorisés. Celles qui prolongent le regard loin vers la droite, s?offriraient à l?avenir. Dans Réminiscence et Rêveuses à la lune, les sujets, comme l?indiquent par ailleurs les sens implicites des titres, sont tournés vers le passé, alors que dans Chrysalide et La fille au bord du lac, ils sont orientés vers le futur. C?est pourquoi, comme nous l?a montré l?artiste lui-même, observer le tableau dans le miroir, c?est-à-dire à l?envers par rapport à sa conception initiale, provoquera une sensation susceptible de modifier son interprétation.
Enfin, quoi qu?il en soit, si Sylvio de Lapeyre se complaît à chercher dans la forme féminine l?origine d?une vocation artistique, c?est qu?il a très certainement compris qu?au-delà de l?aspect purement physique inhérent à la nudité féminine, c?est à l?appel d?une spiritualité envoûtante qu?il est en train de répondre.
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