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Stoïque et statique

7 janvier 2006, 20:00

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«Une feuille sèche qui vole au vent. » Décochée par Rajesh Bhowon, cette formule poétique est encore une pique au leader politique Pravind Jugnauth. Mais le leader du MSM n?en a que faire du poète chanteur. Au Sun Trust, défections et expulsions riment avec prolongation. Tant le leader reste stoïque et statique.

Héritier en 2003 d?un parti né et grandi au pouvoir, Pravind Jugnauth semble incapable de stopper l?hémorragie au MSM. Avec un ton de suffisance, il qualifie les départs de « salutaires ». Sa seule préoccupation avouée, c?est de reconquérir le pouvoir en 2010 : tant pis pour ceux qui claquent la porte. Mais d?Anil Bachoo (qui se retrouve de nouveau au gouvernement) à Rajesh Bhowon (dont les compétences ont été retenues par les autorités britanniques), la liste des contestations s?allonge, les reproches convergent.

Pouquoi s?en prend-on à Pravind Jugnauth. Pourquoi le délaisse-t-on ? Son manque de leadership est mis en avant. Il est injuste de le comparer à son père qui, au temps de son engagement politique, régnait et dirigeait d?une main de fer. Il est en revanche juste de dire que le successeur de sir Anerood Jugnauth, dans un souci de s?élever comme chef politique, s?est souvent brûlé les ailes et qu?il fait fondre, sous son soleil, le capital de sympathie, accumulé par le MSM depuis 1983.

Son premier véritable faux pas aura été sa gestion quelconque de l?élection de remplacement de sir Anerood Jugnauth à Piton-Rivière-du-Rempart. Au lieu de trouver un candidat digne de remplacer l?ancien Premier ministre (en route pour Le Réduit), il a voulu se mettre de l?avant, occultant son propre candidat : « C?est un match entre Ramgoolam et moi. »

Cette fixation avait détourné le MSM de l?enjeu véritable du scrutin, soit récupérer le siège laissé vacant par sir Anerood. Et du coup le parti s?est ridiculisé en changeant, en pleine campagne, pour des raisons floues, son candidat Prakash Hurry pour Prakash Maunthrooa, provoquant gêne au MMM et cafouillage sur le terrain.

Après la défaite au n° 7, la popularité du MSM est passée de 19 à 10 %. Et depuis le déclin s?est accéléré. A l?approche des dernières législatives, Paul Bérenger avait concocté sa fameuse « Winning Formula » seul, se permettant même d?annoncer sur une estrade de meeting, que « tôt ou tard, il mettra Pravind Jugnauth au courant ». Un véritable camouflet pour le leader du MSM, camouflet accentué par sa propre défaite à ces mêmes élections. Cette fois-ci, au n° 11, il avait lancé un défi au travailliste Arvin Boolell. Un défi personnel qu?il n?a pas pu relever, alors que son parti ne faisait élire que deux députés en milieu rural, censé être son réservoir électoral.

Hors du Parlement, Pravind Jugnauth continue à régner sur le MSM. Mais son groupe parlementaire est dirigé par le leader de l?opposition, Paul Bérenger, avec lequel il s?est séparé... Les deux hommes ont deux regards différents sur Ramgoolam : le Premier ministre est un partenaire potentiel pour Paul Bérenger, mais pour Pravind Jugnauth c?est un rival qu?il faut éliminer pour accéder au pouvoir.

C?est pourquoi Pravind Jugnauth annonce son intention d?arpenter l?île et de surfer sur la vague des prix en hausse dans l?espoir de remonter la pente.

Mais son combat pour reprendre du terrain, il doit aussi le mener à l?intérieur de son parti. Il est grand temps aussi qu?il reconnaisse ses manquements. Face à l?adversité, on peut rester stoïque, sans pour autant demeurer statique.

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