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SSR dément avoir critiqué Mgr Margéot
Décidément Sir Seewoosagur Ramgoolam excelle dans l?art de démentir ce qu?il a dit antérieurement, en maintenant ce qu?il a dit, tout en accusant la presse, même gouvernementale, même son propre journal, de lui faire dire ce qu?il n?a pas dit, de dénaturer ses propos qui ne brillent pas toujours par leurs vertus cartésiennes. ?As far as I know, I don?t know !? Bref, n?est pas Anerood Jugnauth qui veut. La remise des prix à Goodlands, lui permettant d?estimer que hindous et musulmans pratiquent mieux leur religion que les catholiques, illustre bien cela (voir l?express du vendredi). D?autres remarques ramgoolamiennes, peu flatteuses pour Mgr Jean Margéot et proférées en même temps que celles de Goodlands, en font de même.
Nous sommes à l?Assemblée législative, à la fin d?avril 1981, et Sir Seewoosagur Ramgoolam dément la déclaration que la presse lui impute, laissant à penser qu?il a pu accuser l?évêque de Port-Louis d?avoir induit en erreur la population, en réclamant une commission d?enquête sur la situation prévalant à Rodrigues, du temps que ce ministère était confié à Nicol François, un ami intime de Sir Gaëtan Duval.
La déclaration de SSR suit une promesse parlementaire antérieure selon laquelle il compte rétablir les faits à ce sujet. Elle fait simplement savoir que le Premier ministre confesse n?être pas au courant des propos tenus par Mgr Margéot. Une certaine presse n?hésite pas à parler de rétractation de la part du Premier ministre. Elle explique que SSR dit n?avoir pas voulu qualifier la déclaration de Mgr Margéot comme étant ?grossly misleading? mais qu?elle ? may be misleading?. Il fait penser à ses gardiens de but maladroits, contraints de se prendre à plusieurs reprises pour intercepter un tir adverse. Il regrette, toutefois, que ses propos aient été mal interprétés par le public, qui fait ce qu?il peut pour les comprendre.
Mais qu?a dit SSR antérieurement de peu flatteur à l?égard de Mgr Margéot ? Répondant à une question du député MMM Finlay Salesse, le Premier ministre déclare, en plein Parlement, à la mi-avril 1981, que cette déclaration de l?évêque du Port-Louis est grossly misleading, une réponse qui sous-entend que la déclaration épiscopale a induit en erreur la population mauricienne.
Revenant de Rodrigues, en mars 1981, Mgr Margéot déclare, en effet, à La Vie Catholique que les structures rodriguaises sont demeurées colonialistes et rétrogrades alors que ses habitants accèdent à une certaine maturité, que l?île est administrée de Port-Louis sans que ses habitants soient le moindrement consultés, que les fonctionnaires rodriguais vivent dans la peur et ne se sentent pas libres de s?exprimer par peur des représailles, qu?ils se savent surveillés par des espions officiels et officieux à la solde des autorités, que la politique du logement y est discriminatoire et partisane.
Tout en confessant qu?il ne connaît pas la nature exacte de la déclaration de Mgr Margéot, SSR n?hésite pas à affirmer ex cathedra qu?elle est ?grossly misleading? et qu?elle n?indique pas ?the correct position?. Il fait ressortir que, depuis l?Indépendance, les Rodriguais sont représentés à l?Assemblée législative par deux députés (les Mauriciens Cyril Guimbeau et Nicol François, de 1976 à 1982), que l?allocation des logements se fait à la lumière d?une enquête effectuée en juin 1980 et que la demande d?une commission d?enquête ?is given due consideration? (autrement dit est renvoyée aux calendes grecques).
Kader Bhayat : Le Premier ministre veut-il dire que Mgr Margéot nous a induits en erreur ?
SSR : ?Je n?ai rien dit de la sorte?
Comprenne qui pourra !
C?est alors qu?entre en scène Sooresh Moorba, élu MMM, devenu depuis ministre travailliste de l?Information. Il est condamné, à la mi-avril 1981, à payer une amende de Rs 400, après avoir été reconnu coupable d?outrage à un policier dans l?exercice de ses fonctions, délit commis le 3 février 1980, à Trou-aux-Biches. Il plaide non coupable. Ce jour-là, en plein avertissement de classe III (cyclone Jacinthe), deux policiers prennent en contravention trois adolescents, se déplaçant sur la même bicyclette. Le ministre leur demande de ne pas les verbaliser et d?aller plutôt arrêter les femmes se déplaçant, ?toutes nues?, à bicyclette, sur la plage. Cette requête est faite poliment, selon le ministre ; grossièrement, selon les deux policiers concernés. Le magistrat B. G. Domah donne raison à la poursuite, représentée par le futur juge Eddy Balancy, en faisant ressortir que la liberté d?expression doit être exercée dans le respect des règles établies : ?Dites-le si vous en éprouvez le besoin, mais dites-le correctement, autrement cela peut vous être funeste?. Après lecture des antécédents, le magistrat inflige ladite amende.
Sooresh Moorba est nommé ministre à la mi-janvier 1980. Quinze jours plus tard, il s?en prend au Cernéen et à l?express qui refusent de recevoir en leurs murs, le nouveau ministre de l?Information. Le 3 février suivant, il se rend coupable du délit d?outrage précité. Il déclare au Parlement, à la fin d?avril 1981, revenir de Rodrigues où le chômage est inexistant, que l?hôpital de Crève-C?ur offre de meilleurs services que les hôpitaux mauriciens. Bref, il n?est visiblement pas sur la même longueur d?onde que l?évêque de Port-Louis. C?est alors qu?il évoque la lettre de remerciements que Mgr Margéot adresse au commissaire résident, M. Sydney Moutia, à la fin de sa tournée pastorale à Rodrigues, le remerciant de son dévouement et lui exprimant toute sa reconnaissance épiscopale.
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