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Sithanen reste, Et maintenant?
Chacun donne sa version des faits. Pour Navin Ramgoolam, le Premier ministre, toute l?agitation autour de la proposition de démission de Rama Sithanen n?est « qu?un malentendu » qui est loin derrière les deux hommes.
Tandis que l?ex-démissionnaire, précise souvent que c?est bien « une crise » qui vient d?être désamorcée à la faveur d?une longue session d?explication « amicale, chaleureuse et franche » avec Ramgoolam. Même clos, l?importance de l?incident continue d?être perçu différemment par les deux hommes. Mais qu?importe. Un problème de fond entre le ministre des Finances et le Premier ministre semble bel et bien avoir été réglé cette semaine.
Au fil des jours, l?humeur de Rama Sithanen semblait indiquer clairement un revirement dans sa pensée. En fin de semaine dernière, il nous confiait sans ambages « son envie de partir ». Une semaine plus tard, ce jeudi, quelques heures avant sa rencontre avec le Premier ministre, il nous avouait à demi-mot son retour au Conseil des ministres.
« Je travaille 70 heures par semaine d?habitude. La semaine prochaine je me rattraperai en travaillant 80 heures », nous a-t-il avoué au détour d?une phrase.
Quelles « assurances » Ramgoolam a-t-il bien pu donner à Sithanen pendant plus de deux heures jeudi après-midi et lors d?un autre tête-à-tête tard ce soir-là ? Contrairement à ce qu?on pourrait croire, le litige autour de la nomination de Rundeersingh Bheenick à la tête de la Banque de Maurice (BM) était loin d?être le principal sujet de contentieux lors des rencontres au sommet qui ont eu lieu jeudi.
En accueillant Sithanen à son domicile de Riverwalk à 15 heures ce jour-là, Ramgoolam a un objectif : le retenir au gouvernement. Le ministre des Finances est, quant à lui, venu rencontrer son « ami » afin d?obtenir de lui des gages formels.
D?abord, c?est un soutien explicite et plus actif qu?il recherche au Conseil des ministres. Il espère que le chef du gouvernement le défendra quand, lors des réunions du cabinet ? ou du parti ? un peu houleuses, certains de ses collègues se mettront à questionner ouvertement la nécessité de cette réforme « injuste envers la population ».
Ensuite, c?est du soutien public, dont il est question. Tant il est vrai que, ces derniers temps, lors des manifestations dans le sillage de la fermeture de la Development Works Corporation ou encore en pleine polémique sur les frais d?examens du SC et du HSC, le Premier ministre ne s?est pas vraiment empressé de préciser que ces mesures, prises dans le cadre de la réforme, étaient justifiées, et seront donc pérennes.
Accessoirement, il fallait aussi que le tiraillement autour de la nomination de Rundeersingh Bheenick à la BM connaisse une issue acceptable pour les deux parties. Elle sera trouvée d?un commun accord.
L?autre candidat pressenti pour ce poste, Rajah Ramdaursingh, sera finalement nommé à la présidence du conseil d?administration de la State Bank of Mauritius. C?est le Premier ministre lui-même qui l?appelle, jeudi après-midi, pour lui faire cette offre. Que Ramdaursingh accepte après une longue conversation.
La réforme ira de l?avant
L?ordre semble revenir. Lors du point de presse conjoint du Premier ministre et du ministre des Finances vendredi, les deux hommes rappellent que la réforme ira de l?avant. Ramgoolam précise même, à maintes reprises, son soutien. Et donne l?assurance que le « travail d?équipe » va continuer. Même si c?est Sithanen qui accomplit le « travail ingrat » selon Ramgoolam, « il ne fait aucun doute qu?il a le soutien total » du cabinet. Satisfait de la réussite de l?exercice de clarification, Sithanen regagne les rangs.
« C?est le retour à la normale. Nous continuons le travail sur la réforme. On ne regarde pas l?avenir dans le rétroviseur. Nous devons laisser ce qui s?est passé derrière nous », nous a déclaré Sithanen hier, en précisant que d?importants dossiers et des rapports de bailleurs de fonds et d?institutions internationales l?attendent à son bureau.
Et maintenant? Conformément aux assurances données par le Premier ministre, Sithanen va-t-il bénéficier d?un soutien et d?une solidarité plus affirmés de ses collègues ministres et députés de l?Alliance sociale ? L?entrée du ministre des Finances au Parlement, vendredi, s?est certes effectuée sous les applaudissements nourris de ses collègues. Mais ont-ils seulement tous été convaincus de la justesse de la réforme économique qu?il prône ?
Guetter la réaction de Ramgoolam
Le ministre du Travail, Vasant Bunwaree, insiste sur la nécessité de « mettre encore plus d?efforts et d?énergie pour que la politique de réforme soit menée à terme », en admettant qu?il y a eu « une petite secousse dans l?édifice, et dont on doit tirer les leçons qui s?imposent ».
Sheila Bappoo, la ministre de la Sécurité sociale et de la Solidarité nationale, pense, quant à elle, que le retour de Sithanen est « salutaire pour l?action que mène le gouvernement afin de réussir son programme de réforme économique ».
Mais ces bons sentiments sont-ils seulement partagés par tous au sein de la majorité ? Nita Deerpalsing qui, à la suite de ses critiques virulentes envers la politique menée par Arvin Boolell, le ministre de l?Agro-industrie, semble être passée dans le camp des sceptiques à la réforme, temporise. Elle accueille le retour du grand argentier « avec soulagement ».
Il faut maintenant attendre. Pour, d?une part, voir si les mêmes manifestations de mécontentement envers la réforme, et souvent constatées dans les mois passés, se reproduisent. Et surtout, guetter la réaction de Ramgoolam face à ce type de comportement.
S?il recadre immédiatement les éventuels contestataires, Rama Sithanen pourra prétendre bénéficier du soutien entier du Premier ministre dans sa réforme, conformément à sa promesse. Si tel n?est pas le cas, il saura qu?il est toujours en sursis. Et sa prochaine lettre de démission pourrait, cette fois-ci, atterrir au Réduit. Faisant de Sithanen l?ancien ministre des Finances de Ramgoolam?
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