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Singapour destination ?unique?

17 mars 2004, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

<B>UNE QUESTION</B> d?attitude, un sens particulier donné à l?hospitalité pour cristalliser l?essence même d?un pays... La destination Singapour propose désormais des expériences uniques aux visiteurs. L?aventure pour les c?urs bien accrochés, un parcours gastronomique pour donner un piment convivial à l?évasion et une cure de sérénité pour âmes stressées. Une sélection de vacances organisées selon les inclinaisons de chacun et accessible deux fois la semaine grâce aux vols d?Air Mauritius.

Ce produit nuancé est disponible sur le marché sous l?appellation Uniquely Singapore. Il a été présenté aux journalistes de la région océan Indien-Asie-Pacifique lors d?une conférence de presse internationale, le 9 mars, à l?Esplanade. Cet espace culturel est situé près de Marina Bay et s?ouvre sur Singapore River. Le Singapore Tourism Board (STB) a convié des journalistes ? de Malaisie, d?Australie, du Sri Lanka et de Maurice entre autres ? pour dévoiler les composantes de la nouvelle marque.

Les évidences d?abord. Tout séjour dans cette partie du monde ne se fait pas sans une pensée pour les ravages du Syndrome Respiratoire Aigu Sévère (SRAS). Il y a moins d?un an, soit en avril 2003, Singapour enregistrait son 100e décès causé par l?épidémie de pneumonie atypique. Si ce nombre est des plus bas de la région, le tourisme singapourien a payé un lourd tribut à la maladie. Selon le STB, les arrivées ont chuté de 19 % l?an dernier, comparé aux chiffres de 2002, pour atteindre la barre des 6,1 millions. Cette année, les prévisions font état de 7,6 millions de visiteurs attendus, soit une augmentation de 24% par rapport à 2003.

<B>?Ampleur sans précédent?</B>

Pour y parvenir, la destination s?est débarrassée de son slogan vieux de huit ans : New Asia. Opter pour Uniquely Singapore permet de dynamiser la perception qu?ont les touristes du pays. ?Dans l?imaginaire des gens, Singapour renvoie l?image d?un pays très strict, très surveillé, bref, un lieu très conservateur. Cette vision était d?actualité il y a six ans. Désormais, les arts prospèrent à vitesse grand V et les activités nocturnes ont pris une ampleur sans précédent. Ce sont autant d?ingrédients qui rendent la destination excitante?, explique Ken Low, directeur de campagne pour le compte de la STB.

Pour étayer ses dires, Lim Neo Chian, vice-président et directeur général du STB, devait révéler que les efforts pour relancer la destination coûteront plus de $ 60 millions, soit Rs 900 millions ($1 = Rs15). Tout en refusant de révéler le coût de l?opération Uniquely Singapore, il concède que les Rs 900 millions dépassent la somme utilisée par le STB pour se remettre du contrecoup du SRAS.

En marge du lancement, le ministère de la Santé singapourien a rendu publics des chiffres montrant que la population limite au minimum ses séjours en milieu hospitalier. En moyenne, le Singapourien ? s?il est admis ? passe cinq jours à l?hôpital, ce qui constitue la période la plus courte en comparaison avec six autres pays. Les chiffres publiés dans The Straits Times du 8 mars 2004 montrent qu?en 2000, le patient américain passait six jours en moyenne à l?hôpital, le britannique et l?australien six jours et demi et le néerlandais environ neuf jours.

L?étude a également montré que le nombre d?interventions chirurgicales ne nécessitant pas une admission est en hausse. Selon les chiffres disponibles, le taux d?occupation des lits d?hôpitaux à Singapour est de 73,1 %. Le ministère de la Santé du pays en conclut que le système de soins est sain.

<B>L?île du passé en conserve</B>

Le concept peut faire tiquer. Singapour, qui fait figure de sprinter dans la course à la modernité, a exilé son passé sur l?une de ses îles, Pulau Ubin. Situé à 20 minutes en bum boat de la parcelle de terre principale, l?îlot est censé cristalliser Singapour tel qu?il était, il y a 50 ans.

Consternant. Singapour d?il y a un demi-siècle ressemble aux quartiers délabrés de l?île Maurice actuelle : des cases en tôle rongée par la rouille, des haies de bambous non taillées, des poules et des canards en liberté. Et puis, on tombe en arrêt devant des pie zak et leurs fruits à l?odeur si caractéristique.

Quid des habitants ? Aux dires de Garry, le guide, ce sont des ?irréductibles? qui refusent de quitter leur île natale. On les comprend. A 20 minutes de Singapour, le rythme de la modernité s?est alangui. Ici, pas de Mercedes nouvellement immatriculées, mais des pistes cyclables. La location d?une deux-roues coûte $ 3, soit Rs 45.

Pour se désaltérer, des haltes dans des échoppes où il est précisé que le thé est bien home brewed. Si vous cherchez quelque chose de frais : de l?eau de coco à profusion servie nature dans une noix coupée au carré. Des facettes de l?authentique que les écoliers viennent visiter par convois, comme si on pouvait trouver le dépaysement au spectacle d?une relative misère.

<B>Chantiers et ?baby blues?</B>

?Hey, watch out for our national bird?, lance Garry, le guide. D?un mouvement synchronisé, les journalistes collent leur nez à la vitre du minibus. ?Je plaisantais bien sûr. Je voulais parler de toutes ces grues.? Au-dessus des immeubles qui garnissent la ville, des bras mécaniques brassent l?air.

Ligne circulaire de métro, locaux additionnels pour les bureaux du jardin botanique, nouvelle Bibliothèque nationale, système d?égouts? Singapour, aux formes développées, ne fait pas mystère de sa prospérité. Des constructions qui ? quand elles sont privées ? sont guidées par le feng shui, l?art de canaliser les énergies.

Dès le premier tour dans les rues, un nombre impressionnant de Mercedes rutilantes attire le regard. Cinq jours dans cette ville sans voir l?ombre d?une Mini ou d?un ?crapaud?. Ironie du développement : un jour entier de pluie devait causer des inondations mardi dernier, avec pour conséquence un embouteillage monstre, semblable à celui qui paralyse parfois Port-Louis un jour de mauvais temps.

Puisqu?on parle richesse, le produit intérieur brut tourne autour de US$ 26 500 et le taux du chômage avoisine les 3 %. Cependant, les investissements massifs visibles à l??il nu ne sauraient masquer la chute dramatique du taux des naissances. Si les infrastructures voient le jour en un tour de main ?grâce à la vision de Lee Kuan Yew?, comme le soutiennent les Singapouriens nostalgiques et fiers, il n?en est pas de même pour l?émergence des nouvelles générations.

Le début des débats sur le budget au Parlement singapourien tournait, la semaine dernière, autour de cette question : le taux de natalité est descendu en dessous de la moyenne enregistrée au cours de ces cinq dernières années.

Parmi les propositions faites pour remédier à ce baby blues, on envisage de doubler les allocations pour le deuxième enfant, et de les porter à $ 6 000, soit Rs 90 000.

Pour le troisième, l?enveloppe s?élèverait à $12 000, donc Rs 180 000, et le congé de maternité serait allongé?

<B>Safari alimentaire: un cortège de saveurs</B>

Terre de mélanges, Singapour tire son bouquet des traditions chinoises et des techniques de cuisson malaises. ?Manger est le sport national, au même titre que le shopping.? Le Singapourien est le premier à s?amuser de cette particularité : au lieu de dire ?Comment ça va ?? il dit: ?Sudah Makan ?? l?équivalent malais de ?Tu as mangé ?? Boui-boui, hawkers place et restos cossus, on en trouve après chaque magasin, salon de coiffure ou cabinet d?esthéticienne. Des points de restauration qui restent ouvert jusqu?à l?aube.

Une fois à table, le sentiment de satiété est corroboré par l?extrême générosité des hôtes. Les cinq plats (minimum) sont servis chauds. La cuisine de Singapour c?est une expédition mouvementée et épicée, une traque qui force le palais à quitter les frontières des saveurs connues. Accoutumée aux épices, la sensibilité mauricienne est agréablement dépaysée par les saveurs Peranakan : des recettes patiemment mitonnées par les nonyas (femmes).

Crustacés, nouilles et autres grillades ont des allures de déjà-vu. Une diversité familière et pourtant éloignée, à découvrir via la formule du tour organisé. A l?heure dite, le minibus climatisé est devant le Goodwood Park Hotel. Destination : le Makan Sutra Trail : the food safari. Le guide, Daryl, débite un brin d?histoire. ?Au 19e siècle des commerçants chinois se sont installés d?abord en Malaisie puis à Singapour. Ils ont mêlé leur sang à celui des femmes malaises. La cuisine Peranakan est le fruit de ces mariages d?amour.?

<B>Ambiance de ?baz mine?</B>

Première escale : Kim Choo et ses rice dumplings. Dans une odeur à la fois musquée et anisée, nous assistons à la confection de ce mets à base de riz glutineux, au c?ur duquel l?on incorpore une cuillerée de melon candy et de viande de porc. Le tout est emballé dans une feuille de bambou, attaché sous forme de triangle et cuit à la vapeur. Pour les accompagner, une variante ? otah ? à base de pâte de poisson et d?épices, emballée dans des feuilles de coco.

Le fond du bol de thé vert avalé, on remonte dans le minibus. Un bref coup d??il par la vitre en direction des chantiers qui ceinturent la ville et les bougainvillées en fleur sur l?autoroute, nous voici dans un food court à Old Airport Road à Katang. Une ambiance de ?baz minn?, la crasse en moins. A toutes fins utiles, des amendes de $ 1000 à $ 5000 sanctionnent ceux qui mangent, boivent et fument dans les lieux publics. Là, nous avons droit au satay, brochettes aigres-douces de poulet ou de porc. Marinées dans des épices, elle sont servies avec une sauce de pistache parfumée à l?ananas. L?enchaînement avec le très tropical rojak ? littéralement ?wild mix? ? est tout trouvé. Snack fruité, le rojak est une salade de fruits confits additionnée de concombre, dans une sauce de pistache. Les portions sont servies dans une feuille de banane ou de coco.

Dans le van, nous emportons ce goût sucré et un peu acidulé. Des nuances qui parlent spécialement à une sensibilité venue d?une île-canne à sucre. C?est sans compter avec le pouvoir du fleuron de cette gastronomie festive et fusionnelle : le Red Chilli Crab, qui a le titre officieux de plat national. Le monstre importé du Sri Lanka pèse entre trois à quatre kilos. Ce die die must try place le crabe à la carapace déjà cassée dans une sauce épaisse de piment rouge, d?oignons et de tomates fraîches. Pour le déguster, il faut se départir des bonnes manières : empoigner les pinces à pleines mains et laisser la sauce dégouliner sur le menton et sur l?avant-bras. Les croûtons de pain trempés dans le plat permettent de n?en laisser aucune goutte.

Un dernier arrêt est inscrit au programme alors que Singapour a allumé les lumières de son nightlife. Le Makan Sutra Trail nous fait découvrir le roti prata. Le roti singapourien étonne par sa consistance. Fin et croquant, il existe aussi en version sucré avec au choix, du chocolat ou de la fraise. La fin de l?expédition est ponctuée de soupirs repus émis par des estomacs dont la capacité a été mise à rude épreuve.

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