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Silence, on mange !

14 mars 2004, 20:00

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?VOICI des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches?, offre Verlaine. Bien que ces parties végétales aient été destinées à une donzelle, des gazelles ne se font pas prier pour y goûter. Certaines plantes toutefois ne se laissent pas abattre sans rechigner et dans la savane africaine des acacias émettent un avertissement chimique. Leurs voisins le reconnaissent et sécrètent un excès de tanin qui décourage les dents voraces.

Des créatures rampantes, plus pressées car elles vont ventre à terre, n?attendent pas la maturité des branches. Limaces ou escargots se délectent donc de très jeunes pousses. Leur bouche équipée d?une sorte de lime râpe des morceaux verts et finit par jeter à bas des espoirs fraîchement transplantés comme on le voit au parterre. Le jardinier réfléchi place toutefois, ici et là, une poudre vengeresse qui attire aussi les pique-assiette.

Bourgeons et boutons ont à leur tour de fervents amateurs. Ronsard invitant ?Mignonne allons voir si la rose?? et tombant sur des boutons à demi dévorés par des chenilles perdrait toute inspiration.

Le destin de la fleur est de mûrir en fruit malgré ces menaces. Le naturaliste s?extasie devant certaines astuces de la nature associant insectes et fleurs pour que mâles et femelles se rencontrent afin d?accomplir leur destin. Un des exemples les plus fins est la figue. Le terme couvre non seulement le fruit qui figure dans l?expression mi-figue mi-raisin mais aussi de plus modestes échantillons comme les baies rouges du multipliant. La collection de fleurs n?est qu?une miniature du fruit et se dote de dispositifs piégeant des guêpes. Leur progéniture se nourrit à l?intérieur pour être libérée quand le pollen est prêt pour un transport jusqu?à une autre ?fleur?.

Les autres fruits que l?on voit mûrir et qui figurent dans la bonne vieille grammaire de monsieur Augé, servent aussi de pâture et on les voit mourir sous les assauts de larves d?insectes. Le moralisateur les appelle des vers et son obsession est d?en trouver dans les fruits les plus tentants.

D?efficacité égale sont les déprédations de divers oiseaux comme les martins et les bulbuls. Le concert de leurs vocalises devant un régime de bananes mûres par exemple attire l?attention et si l?on n?a pas remarqué sa présence dans le fouillis de feuilles vertes, on ne rechigne pas trop en récupérant ce que les becs voraces ont laissé.

L?écureuil, l?exemple classique

D?autres consommateurs de fruits stockent leur récolte. L?écureuil est devenu exemple si classique de cette précaution qu?il sert d?enseigne à une banque d?épargne étrangère. Sans imiter cet animal à belle queue, nous protégeons nos arrières en stockant fruits et graines. Mais là aussi des insectes savent hélas les trouver. Une façon de les contrarier est de rouler le plus souvent possible le récipient contenant le stock. Une autre est de placer au congélateur pendant une quinzaine de jours un sachet, disons de lentilles, que l?on soupçonne infesté.

Comme Mao qui suggérait de transformer le mal en bien, l?invasion des charançons dans la farine est utile au collège pour étudier certains principes de génétique et d?écologie. Les deux espèces concernées sont chéries des profs.

Les menus d?insectes comportent des éléments plus consistants. Des troncs par exemple. Le sage dit qu?entre l?arbre et l?écorce, il ne faut pas mettre le doigt. La larve d?un scarabée dit bébét violon, plus écervelée, n?en a cure et s?installe à l?intérieur de l?écorce de manguiers dont elle se régale. Le bois plus dur d?autres essences est sillonné de galeries dont le dessin est caractéristique de l?insecte coupable. Même mort, ce bois n?a pas droit à ce respect qu?on témoigne aux trépassés. Des larves de coléoptères le minent. Qu?il fasse des meubles ou la charpente de bâtiments. En Angleterre le crissement associé aux activités de ces bestioles a suggéré le nom de ?death watch beetle?. Ce bruit rappellerait le tic-tac d?une montre qui compterait les heures restant aux habitants d?un lieu avant l?arrivée de la Mort.

Mais passons à un régime carné. Les amateurs de chair fraîche rappellent le grand classique des sermons : a fructibus eorum cognoscetis eos. Mais, au lieu de leurs fruits, on reconnaît les carnassiers à leurs dents. Les maux causés par les prédateurs s?étalent sur beaucoup de mots. Aussi arrêtons-nous à l?oeuf, plus délicat, qui a fait naître une légende. On la trouve dans une fable de La Fontaine ?les deux rats, le renard et l?oeuf?.

Sur Internet aussi où une brave dame assure qu?une fermière a été témoin d?une scène insolite. De son poulailler en effet émergeait un rat tirant par la queue un autre couché sur le dos et tenant précieusement entre ses quatre pattes un oeuf fraîchement volé !

Nous nous contenterons de dire que, comme les politiciens, la fermière considérait la vérité comme une chose si précieuse qu?elle n?en usait qu?avec modération.

Les menus d?insectes comportent des éléments plus consistants. Des troncs par exemple. Le sage dit qu?entre l?arbre et l?écorce, il ne faut pas mettre le doigt. La larve d?un scarabée dit? bébét violon?, plus écervelée, n?en a cure et s?installe à l?intérieur de l?écorce de manguiers dont elle se régale.

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