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Service public, ce bouc émissaire Questions à Régis Yat Sin, ancien chef de cabinet Service public, ce bouc émissaire
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Service public, ce bouc émissaire Questions à Régis Yat Sin, ancien chef de cabinet Service public, ce bouc émissaire
Les fonctionnaires ne cessent d?être critiqués. Est-ce de l?ingratitude ?
Cela me fait mal quand je vois les gens rabaisser systématiquement les fonctionnaires. Ils ont la mémoire courte. Notre pays a son lot de difficultés, certes. Mais à bien y voir, personne ne meurt de faim ou de l?absence de soins élémentaires. Pensez-vous que cela serait possible si l?administration publique était aussi mauvaise qu?on le dit ?
Les fonctionnaires sont-ils de la même trempe que ceux d?autrefois ?
Les jeunes qui sont dans le service aujourd?hui peuvent se payer le luxe d?être plus cool. Ils se disent qu?on a du temps alors qu?en réalité on n?en a pas. Avant, il y avait des choses à créer. Nous avions une ambition, celle de réussir l?indépendance. Maintenant, la voie est toute tracée. Mais les générations présentes et à venir doivent encore consolider ce qui est construit et bâtir de nouveaux édifices.
La flamme de servir y est-elle ?
Les fonctionnaires d?aujourd?hui sont mieux formés. Ce sont des technocrates capables d?interventions plus pointues. Mais il est vrai que l?approche trop intellectuelle entraîne un certain détachement. Le pays en souffre dans son ensemble.
On constate que la couleur politique du fonctionnaire compte beaucoup. Est-ce normal ?
Non. Le fonctionnaire est tenu d?être neutre et doit être perçu comme tel. Malheureusement, les politiciens tentent de justifier leurs critiques à leur égard en invoquant leurs appartenances politiques.
Les fonctionnaires ne sont-ils pas à blâmer si on en est arrivé là ?
Je suis tenté de dire que c?est le système qui est fautif. Un système qui marche doit être basé sur la rationalité. Il doit avoir des centres de «Fairplay». Le fonctionnaire qui se sent lésé doit pouvoir chercher et obtenir un redressement. L?absence de ce recours laisse le système sans repère et pousse à l?individualité. Des petits malins en profitent.
Les politiques en tirent bonne partie?
La vieille tradition du service civil était qu?un ministre ne traitait qu?avec le chef administratif de son ministère. Ce dernier a le devoir de le guider et de le conseiller par rapport aux lois et aux règlements régissant ses fonctions. Cette tradition n?est plus strictement respectée. Les ministres ne se gênent pas pour recourir à un subordonné ambitieux et plus malléable afin de se faire conseiller dans la ligne qu?ils veulent?
Que dites-vous des politiques se plaignant de la tyrannie des fonctionnaires qui ont le pouvoir permanent ?
Quand vous savez gérer, vous n?avez pas besoin de boucs émissaires. Le stigma politique nous est facilement collé. Si le fonctionnaire travaille assidûment sous un régime, on veut se défaire de lui au prochain changement de gouvernement en lui reprochant d?avoir été politiquement motivé. S?étonne-t-on alors que si certains choisissent le moindre effort ?
Quels seraient ces centres de «fairplays» dont vous parlez ?
En mon temps, les chefs de départements étaient des hommes à poigne. Quand ils déléguaient un travail à un subordonné, ils le soutenaient jusqu?au bout. Aujourd?hui encore, nous avons besoin d?hommes forts, capables de porter le service civil sur leurs épaules.
Le service civil peut-il encore attirer des gens d?une telle valeur ?
On a jeté tellement de discrédit sur le service civil qu?il n?attire plus les talents. Le secteur privé reste le détracteur le plus coriace. L?attitude de la fonction publique envers lui a beaucoup changé. Et en mieux. Par exemple, les fonctionnaire qui autrefois, n?entretenaient pas de relations avec le privé collaborent aujourd?hui avec eux dans des conseils d?administrations. Mais le privé conserve sa mentalité de rabaisser toujours.
Ces critiques sont-elles aussi injustifiées ?
Elles le sont. Prenez la critique classique, le retard dans l?octroi des permis. Pourtant, un permis n?est pas un simple bout de papier que le fonctionnaire peut attribuer à sa guise. Le fonctionnaire ne peut pas décider seul. Non pas parce qu?il est incapable de décision, mais parce que, très probablement, le dossier requiert l?intervention d?autres services.
N?est-il pas possible de faire diligence tout en opérant dans les règles ?
Les gens aiment avoir les permis rapidement si c?est dans leurs intérêts. Le fonctionnaire, lui, doit défendre l?intérêt général contre celui du particulier. Quand un homme d?affaires nous écrit, c?est toujours pour demander une autorisation ou une dérogation. Et il n?admet pas de refus, sinon il va voir le ministre.
Vous conviendrez néanmoins qu?il existe des fonctionnaires qui ont tendance à abuser de leur position ?
Je ne mettrai pas ma main au feu pour quiconque. La corruption est un acte de conscience. Il relève de la qualité d?homme et de la qualité de société. Je demande seulement qu?on les dénonce nommément. Comme le dit si bien l?Anglais, il faut «name and shame» car la fonction publique est vaste : 60 000 salariés, 25 ministères, une centaine d?organismes parapublics. Il ne faut pas tous les stigmatiser à cause d?une poignée de véreux.
C?est dans le quotidien qu?on juge le service civil. Vous est-il arrivé d?attendre une journée pour voir un médecin à l?hôpital, d?appeler un service qui se dit incapable de vous renseigner car le fonctionnaire est autrement occupé ?
Une formation est plus que nécessaire pour assainir les relations avec les clients dans la fonction publique. Ceux qui sont en contact avec le public doivent apprendre à les approcher avec courtoisie. Le public doit aussi être formé afin qu?il puisse utiliser le service civil plus efficacement. Et puis, beaucoup dépend des qualités intrinsèques du personnel. Son attitude au travail en dépend.
Pourquoi ne pas introduire un indice de productivité ?</B>
C?est difficile. Le service n?est pas homogène. Il est difficile à quantifier. Tout ce qui pouvait l?être a déjà été réorganisé sous forme de service parapublic.
Le seul recours est donc de mieux recruter ?</B>
Je crois. La Public Service Commission (PSC) devra revoir sa formule d?évaluation des candidats. Ailleurs, comme en Angleterre, une personne est soumise à des examens de sa personnalité avant d?être admise au sein du service civil. Ici, la PSC teste plutôt la connaissance de la fonction publique du candidat. Cela exclut au départ des éléments valables mais qui n?ont aucune idée du mode de fonctionnement au sein du service.
La PSC devrait donc se montrer plus sélective ?
Oui. Il y a une catégorie de fonctionnaires qui, même si elle n?est pas de qualité, n?en fait pas souffrir le travail. Il existe aussi une autre couche où la médiocrité ne s?excuse pas. C?est là que la PSC devrait se concentrer. Qu?elle rehausse les standards et qu?elle offre des salaires plus attrayants.
Les contractuels ne comblent-ils pas ce besoin de qualité ?</B>
Ce n?est pas la solution. Le service civil est plus qu?un job, c?est une culture dont on s?imprègne à force d?y rester. Après tout, l?Etat est bien plus qu?une poignée d?entreprises bien administrées et générant des profits ! La PSC doit réformer ses méthodes. Si l?on recrute les bons maintenant, nous aurons une bonne relève d?ici une dizaine d?années. Autrement, il est inutile de s?attendre à des miracles.
La fonction publique est tellement réglementée qu?on a l?impression qu?elle ne laisse pas beaucoup de place à la créativité personnelle. Pourquoi un jeune ambitieux l?intégrerait-il ?</B>
Chou En Lai, le Premier ministre chinois, disait qu?on n?est vraiment libre que si on sait agir dans les limites de sa liberté. Ce n?est pas vrai de dire que le service civil étouffe la créativité. Avec l?expérience, on apprend à naviguer à travers les règlements pour laisser s?exprimer sa propre créativité. Il ne faut pas croire que dans le secteur privé il n?y a pas de règles.
Qu?est-il arrivé aux nombreux projets de réformes entrepris ? </B>
Il y a encore beaucoup à améliorer dans le service civil. Mais ce que nous avons n?est pas si mauvais que cela. Singapour, qui suscite l?admiration, a le même. Il ne faut pas faire de fixation sur la réforme. L?Angleterre a constitué un comité de 110 membres pour réformer le service public. Elle s?y est engagée depuis 20 ans. On aurait cru qu?elle aurait un système parfait à l?heure qu?il est. Pourtant, les élections se jouent encore dessus?
Vous défendrez la fonction publique contre vents et marées ?
J?ai une très haute opinion du service public. Le jour où il ressemblera au secteur privé, ce sera sa fin. Il faut respecter l?esprit du service public. Cela me provoque quand les gens se laissent aller à des clichés et critiquent à tort et à travers. N
« Le stigma politique nous est facilement collé. S?étonne-t-on alors si certains choississent le moindre effort ? »
« Ce n?est pas vrai de dire que le service civil étouffe la créativité. Avec l?expérience on apprend à naviguer. »
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