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Schizophrénie collective

7 avril 2012, 00:00

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Le pouvoir est tout. La moralité et les principes ne sont rien. Ce sont bien là les devises vénérées par nos politiciens pour conquérir l’Hôtel du gouvernement à tout prix. Au diable l’honnêteté, l’intégrité ou un programme alternatif crédible. Face au nouveau remariage dont on nous force à être les témoins, on comprend qu’il n’y a plus de limites à l’absurde.

Les scénaristes de la série « Amour, Gloire et Beauté » peuvent raccrocher face à l’avalanche de retournements de situation ayant mené à cette noce. Ce feuilleton vieux de deux décennies raconte les pérégrinations d’une femme mariée au rejeton d’une riche famille mais qui finit par s’unir au frère de ce dernier pour ensuite passer la bague au doigt du patriarche. Il a désormais un sérieux concurrent avec le ménage à trois dont vont nous gratifier Paul Bérenger, Pravind Jugnauth et sir Anerood.  

Ainsi, la réédition de l’alliance MSM/MMM aura sir Anerood aux commandes alors que son rejeton gardera le contrôle du parti soleil. L’ex-président sera donc partyless. Et l’intendant général, voire l’homme de l’ombre, sera Paul Bérenger ?
 
Du slogan « famille Jackpauth » archi ressassé au repêchage du MSM après l’éclatement du scandale MedPoint, nul n’arrive à comprendre sur quel air veut danser le leader mauve, pourtant connu pour être un fin stratège. Les « années-lumière de différence » entre le MMM et le MSM évoquées par Paul Bérenger sont désormais taboues. 

Paul Bérenger a réussi la prouesse de nous placer, ainsi que son bureau politique, devant un trou noir. Car ce que tout militant, ou tout indécis, qui se respecte ne comprend pas, c’est comment un poids lourd plébiscité par 44 % de la population peut se prosterner devant un atome ne réunissant pas même 2 % d’élan de sympathie. En lui offrant 50 % des tickets.

Le leader historique du MMM gagnerait à se trouver un psychanalyste vite fait. C’est lui qui a mis en orbite Jugnauth père et lancé Ramgoolam fils. Et il continue à jouer au second couteau bien que son ambition est d’être le seul maître bord. Certes, il a refusé d’en faire de même pour Pravind, ce qui a fait voler en éclat l’alliance de 2005.  

Le gotha politique est-il alors atteint de schizophrénie ? De Paul Bérenger en passant par sir Anerood et Navin Ramgoolam. Chacun s’est juré de ne plus travailler avec l’autre et on les a ensuite découverts main dans la main, se jurant fidélité et longue vie...
 
Qui ne se souvient pas des appels du pied de Paul Bérenger à Navin Ramgoolam peu avant les législatives de mai 2010 ? De la gueule qu’il a faite de n’avoir pas été invité par sir Anerood au Réduit pour le déjeuner offert en l’honneur de l’ex-président du Mozambique Joachim Chissano ? Alors que ce jour-là, le simple député Pravind Jugnauth était attablé aux côtés de Navin Ramgoolam. 

Et quid de la fameuse interview du « bolom » crachant son venin, qu’on croyait sans antidote, sur Paul Bérenger le 2 avril 2010 ? Qualifiant ce dernier de « rubberstamp » de la Banque mondiale et du FMI et l’accusant d’avoir toujours un « hidden agenda » pour ensuite bénir les épousailles bleu-blanc-rouge...

Navin Ramgoolam, lui, est un joueur d’échecs. Il y a eu l’épisode où il a fait miroiter une alliance avec sir Gaëtan Duval en 1995 pour finalement le laisser en bordure de chemin. Cette fois, après avoir maintenu sir Anerood à la présidence pour empêcher que le MSM s’allie au MMM aux élections de 2010, voilà qu’il met en doute ses facultés.

Il a aussi des défauts. A force de glorifier son père, sir Seewoosagur, il s’égare dans certains faits historiques. Narcissique, le Premier ministre aime parler de lui et des grands de ce monde. Alors que lui déclare, il y a un an, que Nicolas Sarkozy lui a confié que les Réunionnais sont un peuple d’assistés, la claque a sonné ce mercredi. Le président-candidat en visite à l’île sœur l’ayant diplomatiquement qualifié de menteur.

Pravind, lui, est un cas à part. Pour ne pas dire un spécimen rarissime. Il a dévoyé le rôle de l’opposition, a joué au député loyal au gouvernement bien qu’il eût démissionné comme ministre et il continue de s’accrocher au siège suprême du « Sun Trust » bien que son vieux père soit redescendu dans l’arène pour le remettre sur les rails du pouvoir...

Au train où vont les choses, un bilan de santé de chacun des leaders politiques est plus qu’une nécessité.

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