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Sauver les classes moyennes
La vie reprend graduellement son cours. L?heure est à nouveau au travail. D?autant plus que les nouvelles ne sont pas bonnes. Le baril de pétrole a franchi le cap fatidique des 100 dollars. Une hausse du prix de la farine de blé est annoncée comme inévitable. Dans son message de fin d?année, le Premier ministre expliquait les raisons pour lesquelles il estime que le subside universel est inopérant. 2008 pourrait être à ce titre un prolongement naturel de 2007. Le pire n?est pas derrière nous. Les efforts doivent être soutenus.
Dans un climat aussi délétère, l?important est de ne pas perdre la confiance. Les dirigeants politiques, les décideurs économiques, les différents acteurs de la société civile de même que les «opinion leaders» ont la même mission : éviter tout engouffrement dans un quelconque fatalisme. A chacun donc de remplir sa responsabilité. Ce qui n?est pas gagné d?avance.
D?abord sur l?échiquier politique, on risque d?être confronté à des apories qui pourraient bien contribuer à saper le moral de la population. Dès le mois de mars, on aura une idée de l?atmosphère politique qui marquera le pays. Les célébrations autour du 40e anniversaire d?indépendance du pays doivent faire l?économie de toute récupération politique par le pouvoir en place. Ce sera l?occasion pour nos gouvernants de démontrer leur maturité républicaine.
A mars succédera mai et les traditionnels rassemblements de la fête du Travail. Les partis traditionnels voudront faire la démonstration de leur rayonnement sur le terrain. A deux ans des législatives programmées pour 2010, on devrait assister à un début des grandes man?uvres électorales.
La présentation du budget 2008-2009 et le sort qui sera réservé à sir Anerood Jugnauth à la présidence de la République constitueront les deux autres tournants de cette année. Dans le premier cas, on saura jusqu?à quel point Rama Sithanen est disposé à pousser son projet réformiste. Dans le deuxième, on aura une indication claire sur les projets d?alliance des uns et des autres.
2008 se résume-t-elle pour autant à une année d?actualités journalistiques? L?imaginaire collectif d?une société se laisse plus facilement imprégner par ce type d?événementiels. Pourtant, l?essentiel est ailleurs. La société mauricienne apprend depuis quelque temps à se prendre en charge. Après les années de la débrouillardise, nous sommes passés à l?ère de l?inventivité. Et cela intervient à un très mauvais moment. Celui où les classes moyennes connaissent une certaine paupérisation. Or, ces dernières constituent les forces motrices d?une société. Afin qu?elles ne se fragilisent pas davantage, les gouvernants devront ?uvrer pour leur éviter toute déprime.
La vaniteuse arrogance de ceux qui croient qu?ils ont réponses à tout pousse vers le conflit. Puisque les défis sont multiples et les risques majeurs, il importe aujourd?hui de se protéger de tout antagonisme futile. L?effort doit être consenti pour renforcer les groupes sociaux fragilisés et marginalisés. Les classes moyennes sont un entre-deux qui ne sont pas épargnées par la vulnérabilité qui frappe les classes inférieures.
C?est le premier défi que le gouvernement devra relever. Si la morosité gagne ces groupes médians, nous risquons de basculer dans l?immobilité. C?est ce qui pourrait nous arriver de pire. C?est ce que risque de provoquer le calendrier politique. C?est ce qu?il faut absolument combattre en reléguant au magasin des accessoires le tintouin du landerneau politique.
2008 pourrait être, en ce sens, une véritable opportunité pour la société civile mauricienne. Les enjeux sont sociologiques, culturels, économiques et politiques. A elle de servir de paroi aux excès des uns et des autres. De rappeler aux mouvements associatifs leurs fonctions. D?insister sur le fait que le meilleur mode d?intégration passe par un travail culturel. De lutter pour que les entreprises remplissent leurs devoirs de responsabilité sociale. Et de se battre contre ce bestiaire politique et son entreprise d?abêtissement généralisé.
Les classes moyennes portent en bandoulière l?espoir de ce pays. Ce sont les garants du processus du mouvement. Evitons de les sacrifier.
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