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Saddam face à la justice
Sadam Hussein a été inculpé jeudi pour crimes contre l?humanité par le Tribunal spécial international (TSI) à Bagdad. Le secrétaire d?Etat américain Colin Powell a déclaré hier que l?ancien président irakien devait bénéficier de la présomption d?innocence lors de son procès devant la justice irakienne.
«Les peuples du monde entier devraient regarder et écouter attentivement», a déclaré Powell, qui faisait là ses premiers commentaires sur la procédure judiciaire ouverte jeudi à Bagdad à l?encontre de Saddam Hussein et de onze de ses anciens collaboratoires.
«Considérez-le comme innocent, si vous voulez, et partons de cette présomption, laissons le peuple irakien décider, par le biais de ses tribunaux», a ajouté Powell dans un entretien accordé à la chaîne de télévision indonésienne RCTI en marge d?un sommet sur la sécurité à Djakarta.
«Vous verrez émeger un nouveau type de justice en Irak, et j?espère que les peuples du monde et tous les Indonésiens se rangeront à cet avis.» Il a comparé ensuite le procès de Saddam Hussein à celui que connaissait une personne jugée sous sa présidence.
«Pouvez-vous imaginer comment c?était, il y a deux ans, quand il faisait arrêter quelqu?un ? Pensez-vous que cette personne aurait été considérée comme innocente ?», a-t-il ajouté. «Cette personne se trouverait aujourd?hui dans une tombe.»
Soutenu d?abord par l?Occident avant d?être diabolisé, Saddam Hussein aura durant sa dictature engagé l?Irak dans les trois grands derniers conflits du Moyen-Orient, laissant son pays exsangue malgré ses richesses pétrolières.
Six mois après sa capture dans un trou creusé près d?une ferme des environs de Tikrit, le raïs irakien, passé maître en près d?un quart de siècle dans l?art d?échapper à ses adversaires ou de les supprimer, affronte pour première fois la justice de son pays.
Ironie du sort, le TSI, où Saddam Hussein a comparu jeudi enchaîné et menotté, a été installé tout près d?un palais entouré d?un lac artificiel où l?ancien dictateur organisait, au faîte de sa gloire, des parties de chasse et de pêche.
Rebaptisé «Camp Victory», le site est désormais une base de l?armée américaine dont l?invasion de l?Irak, en mars 2003, précipita en quelques semaines la chute de l?ancien dictateur.
Onze ans après la guerre du Golfe, menée par George Bush père, son fils s?était engagé à renverser «par tous les moyens» à la disposition des Etats-Unis le régime de Bagdad.
Depuis les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, le gouvernement de Saddam Hussein était en effet dans le collimateur de Washington, qui l?accusait de former, avec l?Iran et la Corée du Nord, un «axe du Mal» en quête d?armes de destruction massive. Le raïs irakien avait survécu aux deux précédents conflits, à de nombreux complots, tentatives d?assassinats et soulèvements. Mais cet homme, obsédé par la postérité, était plus que jamais un homme traqué lorsque les forces britanniques et américaines se sont lancées à l?assaut de Bagdad.
Depuis des années, Saddam Hussein ne restait jamais plus de quelques heures dans le même lieu et ne dormait jamais deux nuits de suite dans le même lit, utilisant même des sosies pour mieux tromper ses ennemis. En outre, il faisait analyser tous ses aliments et ses cuisiniers travaillaient sous la surveillance de ses gardes du corps personnels par crainte d?un empoisonnement. Un isolement qui était la rançon d?un pouvoir absolu, obtenu à coup de purges et de répressions sanglantes.
Né le 28 avril 1937 dans le village d?Al Aoudja, proche de la ville de Tikrit, à 150 km au nord de Bagdad, Saddam Hussein est orphelin de père à l?âge de neuf mois et élevé par un oncle. Dès 1953, il a déjà des démêlés avec la police du royaume pour ses activités politiques. A l?âge de 18 ans, il se rend à Bagdad pour ses études et prend part à un soulèvement contre la famille régnante pro-britannnique en 1956. Peu après, il adhère au Parti Baas. La monarchie est renversée en 1958. L?année suivante, en octobre, Saddam participe à la tentative d?assassinat visant le président Abdelkrim Kassem.
Le complot est éventé et le conspirateur fuit en Egypte, puis en Syrie. Il regagne Bagdad à la faveur du putsch militaire qui porte le Parti Baas au pouvoir, en février 1963, mais, neuf mois plus tard, les baassistes étant renversés, il doit se cacher. Arrêté, jeté en prison, il est libéré en 1966. Il participe au putsch qui porte de nouveau au pouvoir les baassistes le 17 juillet 1968. Nommé vice-président du puissant Conseil de comma dement de la Révolution, il fait bientôt figure d?homme fort du pays derrière le chef de l?Etat, Ahmed Hassan al Bakr, de santé fragile, auquel il succède en juillet 1979 après avoir procédé à une vaste épuration au sein des instances dirigeantes du parti.
CULTE DE LA PERSONNALITé
Un an environ après son arrivée à la présidence, le 22 septembre 1980, éclate la guerre Iran-Irak, le premier des grands conflits survenus sous son règne. Cinq ans plus tôt, à Alger, Saddam Hussein avait «réglé» le contentieux frontalier du Chatt al Arab avec l?Iran voisin, alors dirigé par le chah.
La Révolution islamique qui s?était mise en place entre-temps en Iran constitue à la fois une menace et une occasion pour Bagdad, qui, depuis l?accord de paix israélo-égyptien, cherche à prendre la tête du monde arabe.
Saddam Hussein craint, avec la victoire des chiites à Téhéran, le risque de déstabilisation du Sud irakien, à population fortement chiite. Aussi, en septembre 1980, dénonce-t-il l?accord d?Alger et lance-t-il une guerre qui se voulait éclair, manifestement destinée à conquérir la province pétrolière du Khouzistan.
Même s?il a été soutenu en sous-main par les Occidentaux dans ce conflit, c?était sans compter avec la puissance et la résistance des Iraniens, et il faudra huit ans à Saddam Hussein pour sortir son pays d?une guerre qui aura fait autour de 700 000 morts, dont 300 000 côté irakien.
Deux ans après la fin de ce conflit, confronté à une lourde dette, Bagdad, estimant que le Koweït est une province irakienne, occupe l?émirat, le 2 août 1990. Les Nations unies décrètent un embargo international contre l?Irak.
Au début de 1991, Saddam Hussein, intransigeant, se dit prêt à livrer la «mère de toutes les batailles» face à la coalition internationale, composée de 28 nations et menée par les Etats-Unis. La guerre du Golfe ébranlera le pays, mais, dès la fin du conflit, Saddam Hussein mate dans le sang les insurrections kurde dans le Nord et chiite dans le Sud, qui ont éclaté au début du mois de mars. L?Occident crée deux zones d?interdiction aérienne pour empêcher l?armée de l?air irakienne de bombarder les populations et pour surveiller les mouvements de troupes : la première au nord du 36e parallèle, le 7 avril 1991, la seconde au sud du 32e parallèle, fin août 1992.
Si le Kurdistan irakien échappe au contrôle de Bagdad, la mainmise de Saddam Hussein sur le reste du pays reste intacte. Un plébiscite le reconduit pour première fois pour sept ans à la tête de l?Etat en octobre 1995, et une seconde fois, en 2002, pour un nouveau septennat. Depuis l?invasion du Koweït, l?Irak a vécu sous la double férule de Saddam Hussein et des sanctions imposées pour contraindre l?Irak à désarmer. Le Conseil de sécurité de l?Onu renouvelait toutefois, tous les six mois, un accord «pétrole contre nourriture» censé soulager quelque peu la population.
Le retour des inspecteurs en désarmement de l?Onu en novembre dernier ? après leur expulsion par les autorités irakiennes, quatre ans plus tôt ? et les signes de coopération manifestés par Bagdad n?avaient pas entamé la détermination américaine d?en finir avec le régime de Saddam Hussein.
Le dictateur, qui ne cache pas son admiration pour le dictacteur soviétique Joseph Staline, a pratiqué comme lui le culte de la personnalité.
Jusqu?à l?arrivée des troupes anglo-américaines, ses portraits, étaient omniprésents dans le pays: Saddam en nouveau Nabuchodonosor ou en Saladin, Saddam en costume de ville, en uniforme militaire, en vêtements tribaux, ou même coiffé d?un chapeau tyrolien.
C?est en vêtement civil que l?ancien dictateur est apparu jeudi 31 mai 2004 devant le TSI, pour une première audience qu?il a d?emblée qualifiée de «mascarade».
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