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Réveil pénible
Bonjour l?île Maurice. Le réveil n?est pas brutal mais pénible. On peut difficilement le nier : la société mauricienne est malade. Dans l?effort d?identifier les causes, on cède souvent à la facilité de trouver des coupables et leurs complices. Or, c?est plutôt du côté de l?évolution de cette société qu?il importe de regarder. Cette société, dont les fissures sont nettement perceptibles aujourd?hui, s?est longtemps fermée les yeux sur elle-même. Redoutant de perdre du temps, d?ébranler quelques gourous de la pensée bien-pensante ou de troubler les trop puissants, elle faisait le pari de l?artifice et d?une cohérence de surface.
Désormais, une certaine peur s?est installée. La société est devenue vulnérable et ses citoyens aussi. Avec le cortège maudit des scandales qui l?éclaboussent, elle doit aussi affronter d?autres maux : le chômage, la délinquance, la méfiance intercommunautaire? Il y a une menace qui rôde. Elle est ambiante, sinon traumatisante. Cette société, si fière de son identité carte postale, s?est réveillée avec un élan collectif cassé. On est entré dans l?ère du protectionnisme. Chaque groupe, chaque institution, chaque classe, chaque entité?, chacun est pris dans le besoin de protéger sa paroisse. Car quelque part, il y a une sorte d?ultimatum. Comment, dans ce contexte, s?attendre à ce que tout le monde regarde dans la même direction ? Certes, on l?a rarement pratiqué mais le fait est que c?est peut-être la première fois qu?on cherche à projeter l?image d?une société intransigeante et impartiale. S?installe ainsi un sentiment de confusion et de cacophonie.
On serait en droit de s?étonner car c?est le sentiment contraire qu?on aurait dû connaître à un moment où on tente de crever l?abcès. Mais est-ce vraiment le cas ? Depuis des années, voire des décennies, on disait avoir déjà identifié la gangrène de la société. Mais chaque opération d?assainissement s?arrêtait à mi-chemin. Car, à l?intérieur de nos systèmes de contrôle, de prévention, d?investigation, de justice et de répression, se trouvaient des êtres qui, craignant pour leur propre déclin, faussaient les règles du jeu. Aujourd?hui encore, on essaie de minimiser la portée des choses en avançant que le mal n?est entretenu que par « quelques rares brebis galeuses ».
Le mal est plus profond. Pour convaincre les citoyens de sa volonté à mettre hors d?état de nuire, nos dirigeants devraient d?abord nous persuader que le principe de la transparence est en train de prévaloir. Or, nous savons tous que l?opacité continue à régner. Ceux qui incarnent l?autorité, à quelque niveau qui soit de la vie publique, on est prioritairement concerné à faire valoir sa parcelle de pouvoir.
C?est dans une telle situation que les institutions d?une société mûre trouvent des réponses adéquates aux maux auxquels elles sont confrontées. Ces institutions et les hommes qui se trouvent à leur tête ont pendant longtemps cru qu?il suffisait de laisser le temps faire son travail. Entre-temps, l?infection se répandait. Et la population demeurait stoïque. Quelque peu hagarde mais très confiante dans ses dirigeants et ses hommes de pouvoir. Aujourd?hui, il ne sert à rien de dire que ces hommes ont trahi si on n?échafaude pas un nouveau modèle social et institutionnel.
Les valeurs vacillent et la société ne peut plus se permettre de mentir à elle-même. Elle l?a fait pendant trop longtemps. Elle s?est appuyée sur la peur des gens pour avancer ou pire, elle a suscité cette peur pour pouvoir maintenir un semblant de cohésion. Le temps des leurres est révolu. D?autres scandales vont éclater. D?autres maux anciens vont remonter à la surface. C?est maintenant qu?il faut travailler pour que chaque réveil pour les semaines, mois et années à venir ne soit pas aussi douloureux.
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