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Risque mortel

22 décembre 2006, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Au neuvième jour d?une grève de la faim, le climat est pénible. La pression est forte sur le gouvernement mais il sait que toute concession risque d?encourager ce moyen d?action à l?avenir. Les militants, eux, ne voudront pas interrompre l?épreuve de force alors qu?ils ont pu attirer l?attention de l?opinion publique sur leur cause. La grève de la faim des licenciés de la Development Works Corporation (DWC) a atteint le stade critique à partir duquel les hostilités s?accentuent. Si les événements d?aujourd?hui ne précipitent pas l?arrêt de l?action de grève, les conséquences peuvent être dramatiques.

Il faut distinguer, dans cette affaire, deux questions séparées. La première concerne l?opportunité de la fermeture de la DWC et la seconde concerne les indemnités de licenciement aux ex-employés. En ce qui concerne la fermeture de l?organisme, il n?y a pas de débat possible. Une entreprise qui a accumulé des pertes Rs 418 millions et qui aurait drainé plus de Rs 50 millions des fonds publics chaque année qu?elle serait restée en opération doit fermer. Toutefois, il est inacceptable que la seule logique économique nous amène à fermer les yeux sur les drames humains qui font suite à des licenciements.

La DWC est un exemple indiscutable d?une institution publique mal gérée. Or, un gouvernement qui a déclaré la chasse au gaspillage et qui entend enrayer la spirale des déficits publics et de l?endettement ne pouvait pas continuer à entretenir une institution qui alourdit à ce point les comptes de l?Etat. Mais, dans une société qui se dit solidaire, l?aspect humain doit demeurer une préoccupation majeure des décideurs.

Ces licenciés de plus de 50 ans qui se voient offrir une pension inversement proportionnelle à leurs années de service ont des raisons légitimes de se sentir floués. Le gouvernement leur propose une ?compensation equivalent to one and a half months salary for each remaining year of service?? . Plus ils sont vieux, moins élevé sera le montant de leurs indemnités.

Il faut s?interroger sur le fonctionnement de la démocratie dans un pays où il faut avoir recours à cette arme ultime qu?est le chantage à la mort pour faire entendre ses revendications. Quand le jeûne politique devient, aux yeux de ceux qui s?estiment victimes d?une injustice, le seul moyen de lutte pour défendre leur cause, il y a lieu de s?inquiéter. D?autant plus qu?il y a à peine quelques semaines, dans une affaire différente, plusieurs dizaines de personnes menées par Harish Boodhoo ont utilisé la même voie pour faire aboutir leurs revendications.

Il y a en réalité un certain paradoxe dans le fait que les licenciés de la DWC craignent le chômage alors qu?ils sont, pour la plupart des ouvriers expérimentés du secteur de la construction. Voilà un domaine où les patrons s?adressent au gouvernement pour obtenir l?autorisation d?importer de la main-d??uvre alors que des ouvriers mauriciens du bâtiment vivent dans l?angoisse de ne pas trouver des emplois. De plus, avec la concrétisation de nombreux projets IRS, il semble que le seul facteur qui limite la progression des chantiers est le manque de main-d??uvre ! Ce ne sont donc pas les jobs qui manquent sur les chantiers.

Mais pour l?heure, il ne s?agit pas d?engager des discussions sur la culture du travail des Mauriciens. La raison humaniste devrait suffire à donner une priorité absolue à la recherche de propositions qui satisfont les grévistes de la faim qui ont pris un risque mortel.

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