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Regards de femmes sur les femmes

2 octobre 2006, 00:00

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Création originale, le spectacle de danse Nuit giratoire a été présenté au théâtre de Port-Louis samedi. L??uvre est de la chorégraphe française Valérie Berger. Celle-ci porte un regard très personnel sur les femmes des milieux pauvres, notamment ceux de nos îles?

?Ce n?est pas un spectacle sur la prostitution.? Valérie Berger ne veut pas tomber dans le piège. Nuit giratoire met en scène des femmes de milieux pauvres qui utilisent leur corps comme un moyen pour se sortir de la misère. Elles se livrent à ce que Valérie Berger appelle de la ?semi-prostitution?. Elles ne font pas le trottoir. La chorégraphe récuse bien évidemment l?idée de défendre la prostitution, surtout en tant que femme.

Mais il n?empêche qu?elle a visiblement été touchée par ?le plus vieux métier du monde?. Elle a d?ailleurs rencontré un bon nombre de ces femmes dans des bars de Madagascar ou d?Afrique. ?La prostitution existe partout. En Afrique, dans les pays de l?Est et surtout dans des pays en développement?, note-t-elle.

S?ouvrir aux talents locaux

Valérie Berger s?exprime à travers des textes et des corps en mouvement. Elle a choisi la proximité pour aider le public à mieux apprécier les chorégraphies. Les spectateurs sont sur scène avec les danseuses. ?C?est comme s?ils étaient dans la boîte de nuit avec les jeunes femmes?, explique la chorégraphe. Le public prend aussi moins de distance par rapport à ce qui se dit et ce qui se fait. Peut-être est-ce aussi un moyen de l?impliquer davantage?

Mais ce sont surtout les femmes des îles qui devraient être plus impliquées dans les expressions artistiques de leur pays? C?est en tout cas le parti que prend Valérie Berger. ?C?est vrai que l?insularité limite un peu le champ professionnel?, reconnaît-elle. La femme des îles en souffre. En général, elle ne trouve pas suffisamment de place pour l?expression artistique, ?ce qui est le cas pour beaucoup de sociétés en développement?.

Valérie Berger s?ouvre ainsi aux talents locaux. C?est le principe qu?elle a adopté là où elle a présenté Nuit giratoire, notamment à Madagascar. Dans son spectacle, elle fait de la place aux jeunes Mauriciennes, Karine Oxenham et Stéphanie Brabant. ?Mais je ne peux que leur offrir un accompagnement?, note la chorégraphe qui a d?ailleurs elle-même suivi la voie de l?apprentissage avec les autres. ?Il faut avoir envie??

Mais l?effort est aussi une affaire personnelle. Saura-t-elle susciter l?envie de créer chez de jeunes danseuses mauriciennes, chorégraphes en devenir ? ?Le cheminement, c?est à elles de le faire?, conclut Valérie Berger.

PORTRAIT

Une chorégraphe contemporaine

■ Valérie Berger est chorégraphe de danse contemporaine. A chaque tournée, elle travaille avec les artistes locaux en résidence ou lors d?ateliers. Native de la région Rhône-Alpes, elle crée en 1992 sa compagnie ?Des pieds des mains?. Quelques années plus tard, Valérie Berger s?installe à la Réunion. Ses voyages lui donnent l?occasion de rencontrer d?autres chorégraphes. En 2000, elle co-signe avec le Congolais Faustin Linyekula ?D?eux? qui est présenté à Johannesburg et à Saint-Leu à la Réunion. Sa route croise ensuite celle du chorégraphe sud-africain né à Soweto, Sello Pesa. Ils créent d?abord ?Everyday?, puis le triptyque : ?Chasing the cultural shadow? comprenant trois pièces : ?Lucy?, ?Why? et ?Moruba?. Elles seront présentées dans de nombreux pays africains, en Europe et dans l?ensemble de la zone océan Indien.

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