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Recentrer l?humain dans l?entreprise
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Recentrer l?humain dans l?entreprise
par Marie-Annick SAVRIPÈNE
Le relationnel a toujours été le point fort de Kaushall Ramlackhan-Angelucci dont les traits dominants d?un point de vue physique sont des yeux de braise et un sourire coquin.
Sa facilité à se lier à autrui est visible déjà au collège de Lorette de Rose-Hill où elle effectue sa scolarité secondaire. Si dans le domaine sportif, Kaushall est bonne en discipline individuelle, figurant parmi les meilleures lanceuses de javelot au cours des compétitions inter-collèges, c?est en sport d?équipe qu?elle excelle, fédérant aisément les joueuses de l?équipe de volley-ball scolaire et même celles de l?équipe du championnat de première division où elle évolue. «Je n?ai jamais été compétitive envers les autres. C?était contre moi que je me battais. Il fallait sans cesse que je m?améliore. C?était ma façon de viser l?excellence.»
Une rigueur personnelle inculquée par son père, Suresh, qui a été aide de camp du premier gouverneur général mauricien, sir Abdool Raman Osman et qui a connu tous ses successeurs jusqu?au président de la République Cassam Uteem.
Étant plus francophone, c?est en France et plus particulièrement à Grenoble, que Kaushall dépose temporairement ses bagages, le temps pour elle de compléter un diplôme d?études universitaires générales en sociologie et d?embrayer sur une licence puis une maîtrise en tourisme avec spécialisation en marketing. «J?étais en quête d?une spécialisation plus concrète que la sociologie. Le tourisme m?a comblée.»
Kaushall effectue son stage en entreprise dans une agence de voyages parisienne vendant des tours du monde. Son contact facile favorise les échanges avec la clientèle. Ses collègues de bureau sont ébahis de voir que les clients de la petite Mauricienne reviennent à l?agence à leur retour de vacances pour conter leurs souvenirs. Ledit stage se transforme en contrat d?embauche ferme à l?issue de ses études.
S?il est dans les intentions de la jeune femme de regagner le pays, une rencontre est déterminante dans sa vie. Elle fait la connaissance de son futur mari dans l?immeuble qu?elle occupe à Paris. Seize mois après la naissance de leur fils, Scottie, 13 ans aujourd?hui, Kaushall qui est responsable du plateau de vente d?un des premiers centres d?appels parisiens, le Groupement Mutuel des Assurances, prend conscience qu?elle ne peut pas mener de front sa carrière et son rôle de mère. Un choix s?impose et les besoins du bébé l?emportent sur tout le reste. Le couple Angelucci vient alors s?installer à Maurice.
Ravie de pouvoir se rapprocher de sa famille, Kaushall déchante professionnellement car ses aptitudes ne sont pas reconnues à l?époque. Si elle veut se spécialiser dans le tourisme, elle doit recommen- cer au bas de l?échelle. Elle végète professionnellement jusqu?à ce qu?on lui propose le poste de marketing executive au Domaine Les Pailles «à l?époque de Roland Maurel», précise-t-elle.
Son rôle est de vendre le Domaine au niveau corporatif. Au bout de trois ans, Kaushall devenue directrice du marketing, se laisse débaucher par l?école hôtelière qui lui offre le poste de marketing manager. Elle doit veiller à ce que les formations proposées soient adaptées aux besoins de l?hôtellerie et doit mieux faire connaître l?établissement d?Ebène.
Kaushall se donne à fond et fait jouer son réseau de contacts antérieurement tissés. Elle réussit notamment à organiser un déjeuner préparé par les chefs qui ont travaillé pour plusieurs dirigeants étrangers. Sous sa houlette, les chefs de l?école hôtelière participent à des émissions télévisées dans lesquelles ils livrent quelques-unes de leurs recettes. On lui doit aussi la tenue du concours des meilleurs chefs, de même qu?une journée portes ouvertes mémorable en collaboration avec le SKAL Club de Maurice.
Sentant qu?elle est à même de transmettre ses connaissances et son expérience mais sachant aussi qu?à l?école hôtelière, elle sera toujours cantonnée au marketing et aux relations publiques, Kaushall rêve d?ailleurs. Le directeur de l?établissement d?alors, Renaud Azéma, propose à la jeune femme de s?associer à lui pour monter une compagnie qui mettrait en place des systèmes pour suivre la progression au sein de l?entreprise des employés du tourisme et de l?hôtellerie. Kaushall saute à pieds joints dans l?aventure qui porte le nom d?Imohtep.
Elle bouquine énormément sur le recrutement et la gestion des ressources humaines, de même que sur la formation. Kaushall développe ses propres cours en y ajoutant aussi des bribes de son expérience personnelle. Au cours de sa première année d?opérations, Imohtep est une réussite. Son premier client est l?hôtel Oberoi qui prépare son ouverture. Son deuxième client est le groupe Rogers où Kaushall fait bonne impression.
Imohtep finit par plafonner en raison de l?étroitesse du marché et de certains esprits. «J?ai réalisé que nous étions vite étiquetés comme fournisseur de services pour telle ou telle entreprise. De ce fait, le concurrent préférait éviter de travailler avec nous, malgré toutes les garanties de confidentialité nécessaires que nous pouvions fournir.»
Courroie de transmission
Les partenaires préfèrent se séparer. Kaushall se cherche un nouvel employeur et Rogers n?hésite pas à l?embaucher en novembre 2001. Sa responsabilité d?alors est de s?assurer que les divisions Rogers Aviation et Tourisme appliquent leur plan d?action existant mais de façon structurée et qu?il y ait un suivi dans la formation. Kaushall se met alors à animer des formations dans les hôtels Véranda, chez MTTB-Mautourco, Rogers Aviation, Rogers Shipping et Rogers Logistics.
Elle apprend notamment à ses ouailles à être plus performantes dans leurs relations à l?interne comme à l?externe.
«De toutes les façons, les deux sont liées. Je mets beaucoup d?accent sur les rapports internes car s?ils sont excellents, cela rejaillira forcément positivement sur les rapports externes.»
Kaushall agit aussi comme courroie de transmission entre le personnel et le management, faisant remonter les informations jusqu?en haut. «Ces forums de formation sont souvent des réunions d?écoute car la remontée d?informations est plus importante que tout. Mon rôle est aussi de m?assurer qu?il y ait une entente entre les deux parties.»
Depuis avril dernier, elle a été nommée corporate manager dans le département de Human Resources Development et travaille en complémentarité avec son supérieur direct, Eddy Jolicoeur, General Manager ? Human Resources. «Eddy accompagne l?équipe exécutive de Rogers. Moi, j?encadre les senior managers dénombrés à une soixantaine de personnes. Nous ne sommes plus dans les opérations mais dans la stratégie plus globale. Je leur donne les outils et les supports pour qu?ils puissent mener à bien leurs stratégies et leurs plans d?action. Je suggère donc des formations en fonction de ceux-là.»
Kaushall a bien d?autres responsabilités : elle gère aussi le projet de conception des nouveaux uniformes pour Rogers et veille, avec le département du marketing, à ce que les normes de qualité soient respectées par rapport au positionnement et à l?image de l?entreprise qui s?est recentrée sur le tourisme et la logistique. Une autre partie de son travail qu?elle apprécie particulièrement est d?organiser des sessions de renforcement d?esprit d?équipe et de discuter du contenu de Network, journal interne, avec l?agence de communication qui se charge de sa réalisation.
Si la formation est d?une importance capitale pour Kaushall, elle estime aussi que celle-ci ne sera efficace que si la communication pour la transmettre est fluide. Et à ses yeux, malgré tous les outils facilitant la communication, il n?y a rien de tel que le contact direct.
«L?employé apprécie qu?on lui explique les choses en le regardant droit dans les yeux, en l?appelant par son prénom, en l?interrogeant pour savoir s?il a compris. Une telle approche évite les bruits de couloir et les malentendus. Ce type de contact est plus percutant que disséminer des informations à travers l?Intranet par exemple. Il est important à mon sens que toute entreprise retrouve son approche familiale, sans paternalisme, cela s?entend.»
Kaushall a eu du pain sur la planche l?an dernier avec la réorganisation de Rogers. «Les gens doivent se dire que nous vivons dans un monde compétitif et qu?il faut se battre avec des atouts que sont des personnes compétentes.»
En cas de réorganisation, n?est-ce pas les budgets de la formation qui sont parmi les premiers à être revus ? Kaushall le reconnaît. «Les marges sont de plus en plus restreintes au niveau profitabilité et c?est vrai qu?il peut y avoir une tendance à penser que la formation n?est pas une priorité. Mais je dois dire que ce n?est pas la mentalité chez Rogers. J?ai, à ce sujet, le soutien total de mes supérieurs qui savent l?importance d?investir dans la formation malgré les temps difficiles.»
Cette mère dédiée à son fils, qui pratique un peu de gym dans ses heures de liberté, n?a d?autres ambitions professionnelles que «de faire en sorte que la nouvelle structure de Rogers comporte les meilleures ressources afin d?atteindre les objectifs fixés». Ce qui n?est pas rien?
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