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Ravind Gaya : “On est en train de se serrer la ceinture”

30 juin 2004, 20:00

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<B> N’est-il pas exagéré d’évoquer la fermeture éventuelle de pharmacies à cause de la baisse du prix des médicaments?

Il faut comprendre qu’au niveau de la vente des médicaments en pharmacie, la baisse subie avec ce que préconise le budget va affecter considérablement notre rentabilité. Déjà, il y a quelques années, le gouvernement qui était en place nous avait prévenu qu’il envisageait une baisse de notre marge de profits. Une firme de comptabilité très connue avait alors réalisé une étude dont le rapport avait été soumis au gouvernement. Cette étude avait démontré que la marge de 27 % était le strict minimum pour assurer la survie de pharmacies et le gouvernement avait abandonné l’idée de baisse.

<B> Est-ce que cela va aussi mal pour les pharmacies ?</B>

Il est un fait que pour toutes les pharmacies qui sont bien contrôlées, avec des audits officiels, il y a un trou à combler à chaque fin de mois, tellement la marge de profits est insuffisante. Une pharmacie privée n’est pas une oeuvre charitable et il faut qu’à la fin du mois, elle arrive à faire des profits décents. Déjà qu’avec 27 % de profits pour les détaillants et 14 % pour les grossistes c’était difficile, il devient presque impossible de continuer d’opérer avec une marge de profits plus basse. D’autant que tous les frais, tels que les salaires de employés, l’électricité et le loyer, entres autres n’arrêtent pas de prendre l’ascenseur.

<B> On n’entend pas la voix des importateurs de médicaments qui subissent eux aussi un manque à gagner. Seriez- vous en train de mener le combat pour eux ?</B>

Je suis le président de l’Association des pharmaciens de Maurice. Une association qui regroupe des détaillants, aussi bien que des grossistes et des pharmaciens du service public. Il est donc naturel que je parle également pour eux. J’en profite pour rappeler qu’on a entendu parler, cette semaine, de “surfacturation” et de “sous facturation” à l’importation. Je dois préciser que si c’est le cas, la faute en revient d’abord aux officiers du Ministère du commerce qui font mal leur travail. S’ils sont incompétents, je n’y peux rien. On est en train de se serrer la ceinture afin de pouvoir continuer à opérer. Ce qui a été dit dans le budget aura bientôt force de loi ; on n’aura pas d’autre choix que de se plier.

<B>Comment pourrait-on faire baisser le prix des médicaments pour soulager la bourse du consommateur ?</B>

Nous avons déjà proposé des solutions aux autorités qui ont fait la sourde oreille. Nous l’avons déjà dit, les pharmaciens ne fixent pas les prix des médicaments. Nous les subissons nous-mêmes car nous sommes condamnés à accepter les prix fixés par les grosses multinationales. Je ne crois pas qu’en baissant la marge de profits sur les produits pharmaceutiques, on soulage le consommateur. D’ailleurs, ceux qui n’ont pas les moyens se tournent plutôt vers le service public qui est gratuit. On a différents types de médicaments et le médecin devrait les prescrire en fonction du pouvoir d’achat du patient.

Nous avons aussi demandé de revoir la loi afin que les pharmaciens puissent modifier les prescriptions afin d’offrir des médicaments moins chers aux consommateurs, s’ils le désirent. Une autre demande que nous avons faite concerne la classification des médicaments. Les médicaments pour combattre les maladies non transmissibles comme le diabète ou l’hypertension devraient baisser, alors les prix des médicaments à court terme comme les antibiotiques devraient être libéralisés.

<B> Les fluctuations trop fréquentes du prix des médicaments, comment pourrait-on y remédier ?</B>

Il y a deux ans, le gouvernement nous a pris par surprise en décidant de fixer les prix selon les consignations. Ainsi, les prix changent à chaque fois qu’un lot de médicaments arrive à Maurice en fonction du taux de change des devises. Ce qui est mauvais car nous pouvons avoir un même produit à différents prix dans une même pharmacie.

En conséquence, les pharmaciens se font souvent traiter de voleurs par les clients qui ne comprennent pas. Pourtant, pour les étiquettes bleues, ce ne sont pas les pharmaciens qui fixent les prix. La solution serait de revenir à l’ancienne formule et de revoir les prix une fois tous les six mois en faisant une moyenne pour le taux de change.

<B>Est-il possible de rentabiliser davantage les pharmacies sans pour autant augmenter les prix des médicaments ?</B>

Pour l’instant la baisse de prix est déjà là et il faut penser à l’avenir. Il faut interdire la vente de tout produit pharmaceutique dans les tabagies, épiceries ou supermarchés. Il n’est pas normal qu’un consommateur achète un produit contre le mal de tête, ou un produit dermatologique ailleurs que dans une pharmacie, alors que c’est la pharmacie qui paie une licence pour vendre ce produit. On est le seul pays au monde où le pharmacien n’est pas reconnu à travers une paye de la part de l’Etat. Nous sommes en train de nous orga-niser pour en faire la demande.

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