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Quête de crédibilité
Lors de l’inauguration du sommet de la SADC (Southern Africa Development Community), le Premier ministre mauricien, Paul Bérenger, mettait, lundi dernier, en avant le lien entre la stabilité politique et sociale et la croissance économique. Les sociétés peuvent prospérer économiquement que si la paix règne durablement en leur sein. Argument qui ne devrait souffrir d’aucune contestation mais qu’il était quand même très important de rappeler devant l’audience de Grand-Baie.
La SADC a un sérieux problème d’image aux yeux de la communauté internationale. Les normes de démocratie, de l’Etat de droits, du respect des libertés fondamentales et de bonne gouvernance en vigueur dans plusieurs de ses Etats membres ne sont guère des références. Si la région continue à souffrir des déficits sur ces plans, les instances régionales devraient en avoir leur part de responsabilités. Très souvent, les organisations régionales agissent en tant que paravent pour des pays accusés de graves entorses aux libertés individuelles. Les amitiés entre les dirigeants prennent le dessus sur le devoir de rappel à l’ordre. Des fois, des critiques venant des Européens ou des Américains sont mises sur le compte de l’arrogance culturelle des pays riches.
La SADC promet cette fois-ci de veiller que le Zimbabwe puisse organiser des élections “free and fair”. La communauté internationale, en particulier le monde occidental, n’a pas manqué de noter qu’elle n’a été que trop timide dans ses tentatives de ramener le régime de Mugabe à la raison. Le sommet de Grand-Baie, souhaitons-le, aura quelque peu aidé à changer cette impression.
Mais il reste encore beaucoup de chemin à parcourir. La présidence de Maurice devrait pouvoir améliorer les choses en partageant ses expériences de démocratie, de multipartisme, de liberté. Le modèle mauricien est tout à fait exportable dans le cadre de la SADC. L’indépendance, la maturité et la solidité de ses institutions démocratiques, même s’il y a des manquements de temps en temps, peuvent être l’ossature même de cet ambitieux projet.
La diffusion de ces valeurs ne doit pas se limiter aux institutions politiques. Le monde de l’entreprise doit être exposé au vent du changement lui aussi. Alors que les marchés commencent à s’ouvrir, il est important que les garde-fous soient en place pour prévenir les possibles dérives. Les liens entre le monde politique et l’“establishment corporate” dans plusieurs pays africains sont encore trop étroits pour garantir l’indépendance des institutions. Les dangers du népotisme et le favoritisme dans l’octroi des marchés publics sont réels et peuvent entraver le décollage économique de toute la région.
L’absence des normes crédibles de bonne gouvernance et de transparence continuera à faire fuir les investissements étrangers. Mais il y a aussi un élément de prévisibilité et de stabilité qu’il faut pouvoir garantir afin de rassurer les opérateurs locaux et étrangers.
Les agences internationales de financement exigent déjà le respect de plusieurs critères de bonne gouvernance avant d’avancer des fonds aux pays récipiendaires. Mais il est temps de passer au-delà de l’étape des minima. Les instances régionales, ont ici la responsabilité de mettre en place des règles et des pratiques robustes et aussi de veiller à leur diffusion dans les législations nationales. Le Nepad (New partnership for Africa’s Development) a déjà initié un processus d’échanges de meilleures pratiques. La SADC doit prendre le relais.
Seule une croissance durable et soutenue peut sortir les nations du sous-développement et les mettre sur la voie de la prospérité. Et encore faut-il s’en donner les moyens...
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