Publicité

Portrait

Yasmina Hosanoo : Le rayon de soleil du Haut-commissariat australien

25 juillet 2026, 21:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

Yasmina Hosanoo : Le rayon de soleil du Haut-commissariat australien

Yasmina Hosanoo,«Senior Political and Public Diplomacy Officer». Photos: Vashish Sookrah.

Il y a des personnes qui irradient la gentillesse et qui ont un sens inné de l’entraide. Yasmina Hosanoo est de celles-là. Depuis 27 ans, cette Senior Political and Public Diplomacy Officer se plie en quatre pour approfondir davantage les relations diplomatiques déjà cordiales entre l’Australie et Maurice, qui datent de 56 ans. Ses efforts ont été remarqués et appréciés par le secrétaire aux Affaires étrangères australien. C’est ce qui lui a valu, hier après-midi, l’Excellence Award for Outstanding Leadership – leading significant outcomes in Australia-Mauritius Relations.

Depuis l’ouverture du Haut-commissariat australien en 1984, Yasmina Hosanoo est la première local engaged staff, comme ils le disent dans le jargon diplomatique, à recevoir cette distinction du secrétaire aux Affaires étrangères australien.

Elle l’a appris par une ancienne collègue australienne à Canberra qui l’a félicitée pour cette distinction. «J’ai d’abord cru à une blague. Quand les mails ont commencé à tomber, d’abord d’un ancien ambassadeur, puis d’une dizaine d’autres collègues à Canberra, je me suis dit qu’il devait y avoir du vrai dedans. Et l’information m’a été confirmée lorsque je suis arrivée au bureau.»

Si la nouvelle a été pour elle une surprise, elle estime qu’il s’agit d’une reconnaissance de ses années de travail et de relations tissées entre l’Australie et Maurice. «Les relations, les people to people links, sont au centre de ce que nous faisons et cela fait plaisir que ma contribution soit reconnue.»

Bien que son nom sonne très mauricien, elle ne l’est qu’à moitié. En effet, Yasmina est la benjamine des trois filles d’Adam et de Jean Hosanoo, cette dernière étant Écossaise. Jean a non seulement épousé Adam Hosanoo mais aussi sa culture. Elle a pris le nom Rashida. Les parents de Yasmina se sont rencontrés lorsque son père faisait des études supérieures à Glasgow. L’amour entre Jean et lui était inscrit dans les étoiles. Ils se sont mariés et leurs filles sont nées en Écosse.

Yasmina a effectué sa scolarité en Écosse avant de s’installer à Maurice avec sa famille, où elle et ses sœurs ont terminé leurs études secondaires. Quitter leur pays d’origine n’a pas été facile, puisqu’elles y laissaient leurs proches et leurs amis. Leur adaptation a également représenté un défi, d’autant qu’elles ne parlaient alors ni le français ni le Kreol Morisien. Toutefois, grâce aux nouvelles amitiés qu’elles ont nouées, elles ont progressivement trouvé leurs repères et se sont pleinement intégrées à leur nouvel environnement.

«People to people links»

À la fin de son cycle secondaire, elle s’est tâtée, ne sachant pas vers quelle filière d’études supérieures s’orienter. Elle a décidé de s’exposer au monde du travail et a pris un emploi dans le département de merchandising/marketing d’une compagnie de textile, dirigée par un Irlandais. Bien qu’elle n’ait que 19 ans, elle traitait avec des clients européens et comme elle a le contact facile, le courant passait très bien. Elle appréciait le travail en raison de ses nombreux défis. «Les choses bougeaient très vite. J’aimais ce contact avec les autres et le challenge de devoir résoudre les problèmes qui surgissaient.» Elle décide de prendre un cours en marketing par correspondance auprès du Chartered Institute of Marketing du Royaume-Uni. Cours qu’elle réussit. Sentant au bout de deux ans qu’elle a atteint un palier et qu’elle a fait son temps dans cet emploi, elle se met à en chercher un autre.

Yasmina répond à une offre du Haut-commissariat britannique pour un poste administratif et intègre l’univers diplomatique. Elle découvre alors un monde, qui la fascine et la passionne. «Bien que j’étais dans l’administration, je découvrais un monde différent du secteur privé. Je voyais les choses autrement. Il fallait s’exprimer différemment et être très relationnelle, ce qui m’allait très bien.» Le point commun entre ces deux Hauts commissariats étant l’interface avec le public, chose qu’elle adore. «C’est la partie qui me plaît le plus dans mon travail», confie-t-elle.

Un an et des poussières plus tard, elle a appris qu’un poste consulaire se libérait au Haut commissariat australien et comme l’univers diplomatique lui plaisait, elle a tenté sa chance. Elle a bien fait car en 1998, elle a été recrutée comme Consular and Passport Officer.

Yasmina a passé cinq ans à ce poste jusqu’à ce qu’un autre se libère dans le service Policy. Elle a postulé pour être Political and Public Diplomacy Officer et avec l’expérience déjà acquise, elle a obtenu le poste. Son rôle est de promouvoir les relations entre l’Australie et Maurice, Madagascar, les Seychelles et les Comores et cela passe par des échanges au niveau éducatif, recherche, économie bleue, sécurité maritime, climat, culture, jeunesse et genre. Elle a été appelée à voyager beaucoup dans les pays susmentionnés. Comme Yasmina a toujours apporté des résultats, elle a été nommée Senior Public Diplomacy and Political Affairs Officer. Elle est aujourd’hui responsable des relations Australie-Maurice et Australie-Seychelles, s’occupe des partenariats dans les domaines de l’éducation, de la recherche et de l’économie bleue. Elle s’investit également dans le dossier du changement climatique et gère le programme Public Diplomacy du Haut-commissariat, en étroite collaboration avec un autre collègue qui est responsable des relations avec Madagascar et les Comores.

Interprétation

Appelée à évoquer les temps forts des 27 années passées au Haut-commissariat australien, Yasmina se remémore une grande réception qu’elle a été chargée d’organiser à Madagascar pour accueillir la ministre australienne des Affaires étrangères de l’époque, Julie Bishop, et au cours de laquelle, elle a assuré la traduction simultanée, recevant les félicitations de la ministre elle-même.

Yasmina n’oublie pas non plus le moment où la troupe aborigène Descendance qu’elle avait aidée à faire venir à Maurice pour un échange culturel, l’a appelée sur scène en fin de concert au théâtre Serge Constantin, et que les membres de la troupe ont accompli une cérémonie pour lui donner le nom aborigène «kuku».

«C’était leur façon de me montrer qu’ils avaient apprécié le soutien que je leur ai apporté pendant leur séjour, l’amitié tissée et me dire que je faisais maintenant partie de leur famille. Cela m’a fait vraiment chaud au cœur.»

Elle cite plusieurs évènements mémorables qu’elle a organisés, notamment des visites de haut niveau entre l’Australie, Maurice, les Seychelles et Madagascar, impliquant le gouverneur général, des speakers et des ministres. Elle évoque également des programmes d’échanges entre artistes indigènes australiens et mauriciens, des festivals de films, ainsi que l’exposition de l’artiste mauricien Robert Malherbes, établi en Australie, organisée dans le cadre des célébrations du 50e anniversaire des relations diplomatiques entre l’Australie et Maurice. Cette exposition a été suivie d’un atelier de peinture réunissant des artistes mauriciens dans le cadre emblématique du Jardin de Pamplemousses.

Parmi ses autres initiatives figurent le lancement, en 2015, d’un programme de coaching et de mentorat destiné aux femmes entrepreneures de l’océan Indien, devenu aujourd’hui le programme à succès Business Without Borders, qui soutient les femmes à la tête de microentreprises, ainsi que des soirées de levée de fonds White Ribbon au profit d’organisations venant en aide aux femmes victimes de violence domestique.

Elle mentionne également une conférence sur le changement climatique organisée l’année dernière à Madagascar, en partenariat avec l’association de jeunes malgaches AIKA. Réunissant des jeunes de Maurice, des Seychelles, des Comores, de Madagascar et des Maldives, cette rencontre a abouti à l’élaboration d’une Déclaration des jeunes de ces pays sur le changement climatique. «J’étais enthousiasmée de voir l’intérêt et l’énergie dégagés par ces jeunes. J’ai alors réalisé que lorsque les gens disent que les jeunes ne s’engagent pas, ils ont tort. Il se pourrait qu’on ne leur donne pas voix au chapitre, ni l’espace ni les opportunités de prendre la place qui leur revient. Beaucoup se montrent pessimistes à l’égard des jeunes, mais lorsque je les ai vus à l’œuvre, cela m’a donné de l’espoir. C’est ce qui a fait dire au ministre malgache de l’Environnement, présent à la conférence, que les jeunes ne sont pas les leaders de demain, mais bien ceux d’aujourd’hui. Et c’est vrai.»

Le moment le plus dur pour elle a été d’apprendre le décès de celle qu’elle considérait comme son mentor, la haute commissaire Sandra Vegting, emportée il y a plusieurs années par un cancer. «J’ai été très chanceuse de travailler avec des gens qui m’ont motivée et encouragée et Sandra croyait beaucoup en moi. Elle était ma patronne mais elle est aussi devenue une amie. C’était une femme bigger than life. Quand elle entrait dans une pièce, on ne voyait qu’elle. Même si elle est morte depuis plusieurs années, c’est une personne que je ne peux oublier.»

Travail d’équipe

Travailler avec des diplomates venant de contextes différents, ayant une éducation différente, peut parfois poser problème, n’est-ce pas ? Yasmina nous répond avec diplomatie. «Pour pouvoir travailler dans une ambassade, il faut accepter le fait que tous les trois ans, les diplomates bougent. Chaque personne est différente et a sa propre façon de travailler, et c’est ce qui rend les choses intéressantes. On apprend à s’adapter et à travailler de manières différentes.»

Yasmina, qui a suivi un cours de communication par correspondance et obtenu un master à l’université Deakin, explique que sa personnalité la pousse à se donner à 100 % dans tout ce qu’elle entreprend, ou à ne pas s’y engager du tout. «La passion pour mon travail est toujours intacte. C’est ce qui explique mes 27 années au Haut-Commissariat.»

Malgré ses années de travail, d’efforts et de sacrifices, Yasmina qui déteste tirer la couverture à elle, attribue sa distinction au «travail d’équipe. C’est le succès du département. On n’arrive à rien seul. J’ai la chance de travailler avec une équipe soudée.»

Yasmina, qui est mariée à un ingénieur civil et mère d’un fils, Ilyan, 18 ans, a reçu sa distinction, un certificat et une médaille, hier après-midi. Une petite poignée de local engaged staff l’ont reçue dans le monde. Elle est la première pour Maurice. «C’est un encouragement à se dépasser davantage», conclut-elle.


Des distinctions décernées depuis 25 ans

Le «Department of Foreign Affairs and Trade» (DFAT) d’Australie décerne chaque année et depuis environ 25 ans, les «Secretary’s Excellence Awards». Ces prix reconnaissent les contributions remarquables et les performances exceptionnelles du personnel du ministère. Les lauréats sont sélectionnés parmi des nominations provenant de Canberra et de l’ensemble du réseau du DFAT, y compris le personnel recruté localement. Les distinctions sont attribuées dans sept catégories – excellence dans la prestation de services, excellence en innovation, excellence en élaboration de politiques, prix de la réconciliation, service exceptionnel dans des circonstances exceptionnelles, leadership exceptionnel, inclusion et diversité au travail –, et peuvent récompenser des individus ou des équipes.

Publicité