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Qui est Ashwin Ramgotee ?
L?agression mortelle d?Indira et de Geeta Jhurry n?était pas seulement un drame pour la famille des victimes, mais également pour celle d?Ashwin Ramgotee. Ce dernier est jusqu?ici le seul témoin susceptible d?aider la police à comprendre ce qui s?est vraiment passé à Lallmatie dans la soirée du 5 janvier.
Ashwin Ramgotee allègue ainsi avoir surpris les présumés agresseurs des Jhurry et avoir été poignardé par l?un d?eux lorsqu?il tentait de les poursuivre.
Cependant, les choses ont vite pris une autre tournure. Au fur et à mesure que les jours passent, stratégie visant à détourner l?attention des présumés agresseurs ou pas, le rôle qu?aurait joué Ashwin n?est plus totalement perçu comme un élément d?une enquête à multiples facettes, mais comme la clé susceptible de tout expliquer.
Des insinuations qui persistent
« Comme des parents responsables, nous nous sommes sacrifiés pour que notre fils ait une vie intellectuelle et sociale à la hauteur des valeurs que nous lui avons inculquées. Nous sommes tristes de constater qu?on a créé une perception et fait circuler des insinuations qui le présentent comme un suspect, avant même qu?il n?ait été l?objet d?un interrogatoire en bonne et due forme », s?insurge Leckraj Ramgotee, le père du jeune homme.
Cette situation rend perplexe l?homme de loi d?Ashwin Ramgotee, Jim Seetaram. Il s?étonne que six jours après que la police a recueilli les premières informations de son client en tant que témoin d?une des phases de ce drame, des insinuations selon lesquelles Ashwin Ramgotee serait considéré comme le suspect numéro un de cette affaire persistent. « Jusqu?ici, mon client qui suit un traitement à l?hôpital à la suite de sa blessure n?a pas été interrogé. Je n?ai pas été mis en présence par la police des faits susceptibles de justifier une quelconque implication de mon client. A-t-on fait l?impasse sur le principe de présomption d?innocence ? On a l?impression que la police privilégie une seule piste. Ce mercredi, mon client n?est toujours pas en état de subir une entrevue soutenue de ma part. Les contacts que j?ai eus avec lui jusqu?ici m?indiquent que c?est un jeune homme cohérent dans ses propos. Il est raffiné et cultivé. »
Jaydev (Atma) Jhurry, le mari d?une des deux victimes, est très mesuré dans son appréciation d?Ashwin. « Je n?ai pas de reproches particuliers à lui faire. C?est un jeune qui vit avec son temps. Bien qu?il n?y ait pas de va-et-vient, il y a une relation civilisée entre nos deux familles. Je ne suis ni buveur ni fumeur. Mes fréquentations sociales sont très limitées. Je démens formellement le bien-fondé d?une information à l?effet que les relations entre nos deux familles se sont détériorées à la suite d?une affaire de dénonciation à la police pour trafic de gandia. »
Ashwin Ramgotee fait partie de ces jeunes dont les parents se sont sacrifiés pour qu?ils aient une vie meilleure. Et le garçon n?a pas déçu. Lors des examens de fin d?études primaires en 1994, cet écolier de la Jawaharlall Nehru Government School de Lallmatie est classé à la 244e place. Une performance honorable qui lui ouvre les portes des meilleurs collèges de l?île. Il opte pour le collège Royal de Port-Louis. Après six années d?études, il décroche avec succès son Higher School Certificate. En 2002, le jeune homme entame des études à la Faculté d?ingénierie de l?université de Maurice.
Il n?est pas un grand sportif. Il se contente de jouer au billard et à la pétanque. Il aime le travail social. Il s?est donné beaucoup de peine pour organiser un déjeuner pour des personnes du troisième âge à l?université et pour la mise en place d?un programme d?activités auprès des orphelins.
« Cela nous attriste qu?Ashwin a été déjà présenté comme l?auteur de ces crimes avant même d?être formellement interrogé par la police. Ce n?est pas acceptable dans un État de droit. Si on a pu relever des contradictions dans ses propos, c?est le signe qu?il est passé dans un grand choc. Nous refusons de croire qu?il ait pu commettre un acte pareil », témoigne Dhunoo Kenny Soobeersingh, étudiant. Ashwin Ramgotee voulait se faire élire à la Student Union, mais n?y est pas parvenu.
<B>LES CONTRADICTIONS DE L?ENQUETE</B>
Ashwin Ramgotee a finalement quitté l?hôpital vendredi après-midi et a été entendu par la MCIT qui l?a bouclé pour le double assassinat de Lallmatie dans la nuit du 5 janvier.
Dès le départ, la police s?est mal pris en faisant savoir que le témoin était le suspect principal dans cette affaire.
Les théories les plus farfelues, attribuées à une source au sein de la MCIT, ont été fournies à la presse et à la radio? avec les conséquences que l?on sait.
Alors que le jeune homme n?avait même pas encore été interrogé par la police, une radio faisait déjà le récit du crime, se demandant aussi pourquoi Ashwin ne s?était pas rendu directement chez lui après avoir reçu un coup de couteau dans l?abdomen, au lieu de chercher de l?aide chez un voisin qui est policier.
Et vous, si vous receviez une blessure de ce type, que feriez-vous ? Courir chez vos vieux parents qui vont peut-être défaillir ou demander de l?aide à la police qui vous dirigera sans doute le plus vite possible à l?hôpital ?
Puis, Ashwin serait-il stupide au point de se planter un couteau dans l?abdomen après avoir commis le crime ? Il n?y avait pas de témoins?
Il l?aurait donc fait pour attirer l?attention sur lui ? Tout est flou, mais la position dans laquelle l?arme s?est plantée dans l?abdomen du jeune homme présuppose qu?il s?est automutilé.
La théorie du cambriolage chez les Jhurry ne tiendrait pas non plus la route, contrairement à ce que tente de faire croire une source au sein de la MCIT d?après ses collègues au sein de son équipe et de la CID de Flacq.
Alors que plus de Rs 36 000 ont été retrouvées au domicile des Jhurry, cet enquêteur persiste à croire qu?il y a eu vol. Mais où sont donc les preuves pour soutenir cette thèse ?
Des détails concernant une vengeance par rapport à une affaire de drogue sont aussi jetés en pâture à la presse. Jusqu?ici, il n?y a rien qui puisse établir que les Jhurry aient porté plainte contre Ashwin dans le passé. Le soir du drame, Jaydev Jhurry, le mari d?Indira nous confiait lui-même : « Ki enn bon garson sa, mo konn li bien. »
À jeudi, la police attendait encore des informations de l?Adsu pour établir si la famille Jhurry avait sollicité son aide pour sévir contre Ashwin.
En attendant, la police se penche sur d?autres mobiles, comme la sorcellerie, et l?oncle d?Ashwin a été arrêté.
« Depuis son hospitalisation, le jeune homme a eu l?occasion de penser à sa version des faits. La police aurait mieux fait de trouver des preuves avant de dire que c?est lui le suspect numéro un. Au pire, la MCIT est en train de brouiller les pistes en braquant ses projecteurs sur le témoin pour mieux se jeter sur le coupable », commente un enquêteur.
Il reste encore beaucoup à faire dans cette enquête, car le service médico-légal doit comparer le sang d?Ashwin avec celui retrouvé sur le lieu du crime. Et aussi à prouver si c?est l?arme plantée dans l?abdomen d?Ashwin qui a été utilisée pour le double homicide. Il faut donc attendre les résultats.
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