Publicité
Questions à?Sir Satcam Boolell
● Vous venez de recevoir un trophée pour votre contribution au pays. Votre sentiment ?
J?en ai reçu une dizaine jusqu?ici. Cela fait plaisir de voir que les gens se souviennent de ma petite contribution.
● Vous êtes modeste en parlant de ?petite contribution? !
Je l?ai toujours été. C?est pour cela que je paie le prix fort aujourd?hui. Il y a des gens à qui j?ai rendu service, que j?ai retirés de la boue pour les placer sur un fauteuil, qui ne me connaissent plus lorsqu?ils me croisent. Ce sont surtout des personnes aisées et des pseudo-intellectuels. Le petit peuple n?agit pas ainsi. Au contraire, il remercie. Ceux qui me snobent ne peuvent plus m?exploiter. Ils ont dû trouver d?autres chats à fouetter. J?en ris et je prends tout cela avec philosophie.
● En tant qu?ancien ministre de l?Agriculture, qui a été à la base de la signature de l?accord du prix garanti sur le sucre, comment réagissez-vous face à la réduction proposée par l?Union européenne ?
Je suis triste car cela démontre que les Européens nous laissent tomber. Nous avons été des pions entre leurs mains. Depuis la Seconde Guerre mondiale, il y a eu le Commonwealth Sugar Agreement. On fournissait du sucre à la Grande-Bretagne jusqu?en 1974, année où ce pays a rejoint l?Union européenne. Cette année-là, il y a eu une pénurie de sucre sans précédent et c?est là que nous avons signé le Protocole sucre et que chaque pays a eu son quota. Après la chute du mur de Berlin, il est devenu clair que les Européens, surtout les Anglais, accordaient trop de subventions dans le cadre de la politique agricole commune. Mais ils auraient pu faire autrement et échelonner cette réduction du prix garanti. Nous avons toujours honoré notre part du contrat envers eux mais ils n?en font pas autant. Je me demande si on ne peut aller en cour pour combattre cette réduction. Il faudrait étudier cette possibilité.
● Vous avez été un homme public pendant 38 ans. Vos bons et mauvais moments ?
Mon meilleur moment fut ma première élection à la députation en tant que candidat indépendant. C?était en 1953. Je venais de rentrer au pays comme avocat. J?ai décidé de poser ma candidature à Moka-Flacq dans l?optique de me faire connaître. A l?époque, les avocats étaient des oiseaux rares et étaient, de ce fait, très populaires. Je l?étais parmi les jeunes. Mes agents disaient : ?Get mo candidat. Si kapav met so photo lor boite dite, dite la pu van pli bien.? (rires). J?ai été élu en seconde position. Le hic est que six mois après mon élection, je payais encore les dettes que me réclamaient mes agents ! Le pire souvenir fut ma défaite aux élections de 1991. D?autant plus que j?avais dit que ce serait ma dernière élection. J?ai été amer sur le moment. Et puis, je me suis dit que c?est la vie.
● Etes-vous préoccupé par la situation économique ?
L?économie me tracasse en effet. Il y a absence de création d?emplois et de production de richesses. S?il n?y a pas d?emplois, c?est une hausse de la violence et de la criminalité. On ne peut plus compter sur le sucre, ni le textile. Le seul secteur encore porteur est le tourisme mais pour qu?il prospère, il faut un accueil chaleureux, la paix, la sécurité. Rama Sithanen est un ministre des Finances très capable mais il doit faire avec les ressources dont il dispose. Il faudra lutter, c?est comme ça.
● Bon nombre de Mauriciens émigrent actuellement. Cet exode des cerveaux vous inquiète-t-il ?
Que voulez-vous, c?est inévitable, vu la situation économique. Il est normal que les jeunes cherchent leur chance ailleurs. Si j?étais jeune, j?aurais probablement fait de même.
● Sir Satcam, on vous disait gravement malade. Aujourd?hui, vous êtes debout et en forme. Comment l?expliquez-vous ?
J?étais effectivement très malade. Je suis resté quatre semaines en clinique. Mes médecins traitants avouaient à mon insu qu?il n?y avait rien à faire. Je crois que je n?ai pas eu envie de mourir. Ou plutôt que les amis qui sont venus me voir en clinique m?ont encouragé à me battre jusqu?au bout. C?est ce que j?ai fait.
Propos recueillis par Marie-Annick SAVRIPÈNE
Publicité
Publicité
Les plus récents