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Questions à?Roshan Maudho

14 avril 2004, 20:00

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Ayant exercé pendant au moins 29 ans dans la pédagogie, que pensez-vous de la nouvelle formule pour l?inclusion des langues orientales au CPE ?

Je pense qu?on a contourné le problème. La population mauricienne s?en sort perdante, appauvrie. Pire, on n?en ressentira l?effet que dans une dizaine d?années. En fait, on a choisi d?enfermer les enfants dans un ghetto au lieu d?élargir leur ?knowledge base?. Le niveau baissera parce que les autorités ont favorisé la quantité par rapport à la qualité.

Vous êtes donc contre l?enseignement d?autres langues ?

Bien au contraire. Les études ont démontré que l?enfant assimile mieux l?apprentissage des langues durant ses six premières années. Mais la question des langues orientales à Maurice est toute autre. Au lieu d?être communicative, la langue est perçue comme identitaire. Au détriment des autres matières. Pédagogiquement, le système éducatif mauricien n?est pas équipé pour encadrer un apprentissage correct des langues orientales.

Si vous aviez à trancher, quelle aurait été votre formule ?

Je n?ai pas à me soucier de gagner des votes. Je suis un pédagogue et mes priorités sont l?enfant, l?enfant et l?enfant. La solution idéale aurait été d?offrir un maximum de matières aux élèves pour leur épanouissement. Des matières telles que la musique, l?éducation physique ou encore le théâtre. Mais il aurait fallu faire un examen continu de la performance de l?enfant notamment sur ses aptitudes et potentiels. Ses notes, cumulées depuis la quatrième par exemple, seraient ensuite ajoutées à ses résultats du CPE.

Cela ne demande-t-il pas une réforme complète du système éducatif ?

Notre système a une très grande lacune : le manque d?enseignants spécialisés. Un seul professeur enseigne tous les sujets figurant dans le cursus primaire. Résultat : l?enseignant utilise tour à tour l?anglais et le français. Un tel ?code switching? n?aide pas l?élève dans son apprentissage d?une langue étrangère. Il faudrait également que ces enseignants aient plus de responsabilité de façon à mieux encadrer les élèves.

Et l?avenir de l?enfant mauricien dans le contexte actuel ?

Sombre, je dirais. Mais bon, il faut positiver. Néanmoins, il faut réaliser que dans 20 ans ces enfants seront sur le marché du travail. Avec un ?knowledge base? inférieur à ce qu?il est aujourd?hui. Parce que, peu importe le prix à payer, leur priorité est de réussir aux examens. Si les langues orientales s?avèrent plus abordables que les sciences par exemple, elles seront choisies au détriment d?un sujet qui pourrait assurer l?obtention d?un travail dans 20 ans. A ce stade, les langues orientales ne sont donc qu?un outil pour réussir un examen. Il est certain qu?elles devraient être bien plus que cela. Il y va de l?avenir de l?enfant mauricien?

Propos recueillis par Deepa BHOOKHUN

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