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Questions à?Pierre Yves Harel
● La MITIA organise vendredi un débat sur la façon de transformer l?informatique en un moteur de croissance. Quelle est l?utilité de cette conférence ?
La Mauritius IT Industry Association (MITIA) a voulu rassembler les principaux acteurs de l?économie mauricienne ? gouvernement, secteur privé et instituts de formation, entre autres ? autour d?un débat qui aura lieu au Domaine Les Pailles vendredi. Chacun fera un état des lieux dans son domaine respectif: où en est-on et où va-t-on? C?est une façon d?apporter sa pierre à l?édifice. On fera des propositions concrètes afin que l?informatique devienne le cinquième pilier de l?économie mauricienne. Nous voulons que cette industrie ait une vision.
● On parle beaucoup mais on agit peu...
Le secteur privé a tendance à trop attendre de l?Etat. Il faut qu?il prenne les choses en main et apporte sa contribution. Ce débat veut être l?élement catalyseur : il fera réfléchir les acteurs et donnera une certaine orientation à une industrie qui ne demande qu?à décoller. Nous ferons des propositions concrètes. L?Etat doit être le leader du processus en motivant les acteurs locaux à se développer et créer une plateforme pour qu?ils puissent atteindre la région, voire le reste du monde. C?est ça l?avenir, mais il est impératif de renforcer l?industrie informatique locale avant de viser l?exportation.
● Comment peut-on y arriver ?
Il faut que le gouvernement augmente ses dépenses en informatique. Le volume actuel, soit Rs 150 millions annuellement, est trop faible pour être générateur d?innovations. L?Etat doit être le catalyseur qui nous permettra d?évoluer. En augmentant son budget, l?industrie informatique locale pourra se consolider, investir dans la recherche et planifier pour le long-terme. Actuellement, nous nous bagarrons tous pour des miettes.
Le secteur privé a également son rôle à jouer. Jusqu?ici, les compagnies s?en sont servi comme d?une commodité en installant des intranets, des serveurs ou des systèmes de courrier électronique. Il est temps de passer au deuxième niveau : utiliser la technologie informatique pour être plus réactif et productif.
● Les contrats de l?Etat ne sont pas toujours ouverts à la concurrence. Cela vous ennuie-t-il ?
C?est un énorme problème. Contrairement au textile, par exemple, l?industrie informatique local n?a jamais eu de protection. Nous avons laissé entrer des compagnies étrangères qui ont pu vendre leurs services et produits sans taxe. Il est temps de rectifier le tir si nous voulons retenir les informaticiens locaux. Ce n?est pas de la xénophobie : l?apport des étrangers est nécessaire à condition d?avoir un transfert de technologie et de savoir-faire. Il ne faut pas que les compagnies locales soient totalement occultées au profit des entreprises étrangères. Nous voulons simplement que les autorités se penchent sur ce problème et définissent une politique qui aidera l?industrie à s?investir dans le long terme.
● Le secteur privé ne peut être exempt de tout blâme avec ses marchés captifs?
C?est un handicap. Beaucoup de gros conglomérats essaient de tout faire, de tout couvrir au lieu de se concentrer sur leur corps de métiers. Une telle stratégie ferme le marché aux sociétés qui ne font pas partie de ces groupes mais qui veulent s?exprimer.
● Les entreprises mauriciennes investissent-elles suffisamment dans la recherche et le développement ?
La R&D existe à Maurice mais elle se fait de façon isolée. La plupart des compagnies ne peuvent se permettre d?investir dans la recherche pendant un an et ensuite commercialiser le produit tout simplement parce que le marché n?est pas important. Le retour sur investissement est presque impossible si on se fie au marché local. A ce jour, la R&D se fait à l?intérieur même des contrats. Il aurait pourtant fallu que cela se fasse séparément afin qu?on ait des créations mauriciennes en continu.
● On parle beaucoup de cyberîle, mais avoir une nation de téléacteurs est loin d?être un objectif digne?
Nous ne pouvons prétendre être une nation exportatrice d?informatique comme l?Inde. C?était intelligent de miser sur l?externalisation et les centres d?appels mais il est temps pour Maurice de réfléchir comme une entreprise et d?identifier ses forces et ses faiblesses. Nous ne pouvons faire du développement de logiciels à grande échelle, mais il est possible de cibler certains créneaux porteurs.
Il fallait trouver un secteur qui pouvait absorber autant de school leavers. On ne peut pas caricaturer les centres d?appels puisqu?ils ont une utilité. Les institutions tertiaires commencent à fournir de véritables informaticiens et ils sont d?un très bon niveau. Mais il ne s?agit pas de pondre des informaticiens. Il faut savoir où on veut aller en tant que nation et effectuer des formations spécialisées par rapport aux créneaux que nous voulons cibler.
Propos recueillis par Ryan COOPAMAH
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