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Qu?est-ce que l?humain ?
Qu?est-ce que l?humain ?, Pascal Picq, Michel Serres & Jean-Didier Vincent, Editions Le Pommier.
« Qu?est-ce que l?humain ? » regroupe trois discours prononcés lors du banquet d?ouverture du Collège de la Cité des sciences et de l?industrie. Les trois invités : deux savants un peu philosophes, Pascal Picq et Jean-Didier Vincent, et un philosophe assez savant, Michel Serres. Etant donné la densité de ces trois textes, il ne sera question ici que de l?un d?eux, « L?humain à l?aube de l?humanité » de Pascal Picq, paléoanthropologue.
Après avoir rappelé que sa discipline étudie l?évolution biologique et se différencie de la préhistoire ? qui étudie les cultures précédant l?invention des écritures ?, PP souligne la complexité de la question « Qu?est-ce que l?humain ? » Quarante ans après les observations des chimpanzés, des gorilles et des orangs-outangs par Jane Goodall, Diane Fossey et Biruté Galdikas respectivement, nos connaissances, écrit PP, permettent de dire que les critères qui fondent l?homme sont plus ou moins partagés avec nos frères les grands singes, notamment les chimpanzés et les bonobos. La bipédie se retrouve chez les grands singes et surtout les bonobos, les plus arboricoles de tous. Idem pour l?outil, car des éthologues redécouvrent dans les années 1970, en Afrique d l?Ouest, que les chimpanzés brisent des noix à l?aide de pierres ou de bouts de bois. En ce qui concerne la vie sociale, les hommes, les chimpanzés et les bonobos vivent dans des sociétés de fusion-fission, c?est-à-dire que les individus se séparent pour vaquer à leurs occupations et retrouvent le groupe pour nouer d?autres relations sociales. Plus précisément, la politique, la morale et le mensonge, ces trois éléments indissociables de notre vie sociale existent chez nos frères chimpanzés ! Autres points communs : la guerre, la chasse et le partage de la nourriture, la sexualité, les rires et les pleurs?
Ces caractéristiques que nous partageons avec nos frères d?évolution, commente PP, signifient que les fondements de notre humanité proviennent de notre ancêtre commun, qui vivait quelque part en Afrique vers 7 millions d?années, ou que les chimpanzés ont entamé leur hominisation dans la forêt alors que nous évoluions dans les savanes arborées. Bien qu?on ignore actuellement si la lignée dont sont issus les hommes s?est séparée de celle qui a produit les chimpanzés d?aujourd?hui en Afrique de l?Est avec Orrorin ou en Afrique de l?Ouest avec Toumaï, ces deux fossiles confirment nos origines africaines. « Depuis ce dernier ancêtre commun on ignore tout de l?évolution qui a conduit aux grands singes actuels. Eux aussi ont évolué, jouant sur le jeu des possibles légués par notre dernier ancêtre commun. Car, rappelons-le avec force, tout ce que nous partageons avec les chimpanzés et les bonobos actuels provient de notre dernier ancêtre commun. Ce sont là les fondations communes de nos comportements, à partir desquels s?est construite notre humanité. Quant à notre lignée, elle s?est épanouie entre 4 et 3 millions d?années avec la diversité des australopithèques, répartis sur toute l?Afrique. On en connaît au moins cinq espèces contemporaines, dont la célèbre Lucy. »
L?entrée dans les âges glaciaires, entre 3 et 2,5 millions d?années, fait disparaître ce peuple australopithèque. L?accumulation de grandes quantités d?eau sous forme de glace aux pôles réduit la pluviosité, le climat devenant globalement plus sec et plus saisonnier en Afrique. Les forêts reculent devant l?expansion des savanes alors que le milieu s?ouvre. Apparaissent alors les premiers hommes : Homo habilis, Homo rudolfensis, Homo ergaster?
Puis se produit, il y a environ 2 millions d?années, un événement considérable, sans doute l?un des actes fondateurs de l?humanité en devenir. Des hommes ? proches d?Homo habilis ? ? sortent d?Afrique. «Après cela, nos ancêtres nous laissent peu de traces entre 1,7 et 0,7 million d?années. Mais au cours de cette période, tous les autres hominidés disparaissent. Dès lors, notre lignée africaine se réduit au seul genre Homo. On retrouve les Néandertaliens ou Homo neandertalensis et les premiers hommes modernes, Homo sapiens ou Cro-Magnon, autrement dit nous, au Proche-Orient entre 110 000 et 50 000 ans. Ces deux types d?hommes partagent les mêmes complexes culturels.» Survient également une révolution majeure, portée par certaines populations d?Homo sapiens : la révolution symbolique, avec l?art qui apparaît sous toutes ses formes.
PP se demande si la dernière frontière entre les grands singes et nous passe par le langage, ce langage qui nous permet justement d?évoquer la question de l?humain. En d?autres mots, le langage ferait-il l?humain ? PP raconte une expérience troublante menée avec un chimpanzé nommée Sarah, à laquelle on avait appris le langage gestuel des sourds et muets. « Le célèbre psychologue Gordon Gallaup lui propose une série de photographies représentant des personnes qu?elle connaît et des chimpanzés avec lesquels elle vit. Lorsqu?on lui demande de séparer les animaux des humains, elle place , sans hésiter, tous les animaux d?un côté, dont son père, qui n?a pas appris le langage par gestes, et, de l?autre, les photographies des femmes et des hommes qu?elle connaît ainsi que son propre portrait !
Nous voilà donc, écrit PP, de nouveau confrontés à la question des origines de l?humain ! ? « Selon moi, l?humain est loin d?être une évidence qui va de soi. C?est une construction de notre psychisme qui s?appuie, nécessairement, sur un substrat cognitif dont les origines remontent au-delà du dernier ancêtre commun que nous partageons avec les chimpanzés. Au cours de leur évolution, les chimpanzés ne sont pas devenus des hommes ; quant aux hommes, il n?est pas certain qu?ils soient devenus humains ».
Homo sapiens, ajoute PP, n?est pas humain de fait. S?il a inventé l?humain, il lui reste à le devenir, ce qui sera fait lorsqu?il regardera le monde autour de lui avec humanité. L?humain, conclut Pascal Picq, c?est aussi un devoir d?humanité.
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