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Que transcendent toujours les avantages de l?industrialisation
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Que transcendent toujours les avantages de l?industrialisation
Maurice se lance, en 1970, dans l?aventure de l?industrialisation en vue de l?exportation, en sachant fort bien que son éloignement, son excentricité, géographique, au milieu de l?océan Indien, la dessert. A cet inconvénient, il n?y a point de remède, pas même quand le baril de pétrole flirte avec les 150 dollars. Cet éloignement se double même quand on prend en considération l?importation des équipements et des matières premières et l?exportation des produits finis. Les grèves portuaires sauvages de 1971 et de 1979 n?ont guère amélioré les choses. Elles ont entraîné dans leur sillage des surcharges élevées et autres surestaries. Autant les syndicats font ?uvre utile lorsqu?ils défendent les intérêts réels des employés, autant sont-ils de véritables nuisances publiques lorsqu?ils décident de prendre en otages un pays, une population, une économie. Maurice ne peut se permettre les folies syndicales des grandes nations industrialisées.
Le Pr Edouard Lim Fat est aussi d?avis qu?il y a, en 1983, une trop grande concentration des établissements industriels dans les régions urbaines. Il intervient, dans le cadre d?un congrès international pour l?évangélisation des Chinois de l?océan Indien, tenant ses assises, à la mi-1983, au Centre catéchétique, à Rose Hill. L?objet de son exposé est l?industrialisation de Maurice de 1963 à 1983. (Voir l?express d?hier). S?il déplore cette concentration industrielle excessive dans les zones urbaines, c?est qu?il sait que des employés peuvent dépenser, en transport et déplacement, jusqu?au quart de leurs salaires, sans compter les fatigues liées aux longs déplacements. Il estime que le gouvernement doit créer de nouvelles incitations pour encourager les industriels à s?implanter en pleine zone rurale. Il y a aussi une disparité flagrante entre l?éducation essentiellement académique donnée aux élèves et les besoins d?une île Maurice nouvellement industrialisée en ouvriers qualifiés, en électriciens, en dessinateurs, en techniciens, en mécaniciens.
S?il se félicite des avantages résultant des partenariats existant entre promoteurs étrangers et locaux, il regrette aussi que des divergences insurmontables surviennent également quand les partenaires concernés ne parviennent pas à surmonter leurs points de vue opposés quant à la gestion de leurs entreprises communes. Les torts sont partagés en l?occurrence. On peut avoir affaire à un spécialiste étranger, voulant à tout prix imposer un modèle marchant fort bien à l?étranger mais s?adaptant mal aux conditions locales, comme on peut tomber sur un industriel mauricien qui, fort de l?expérience acquise dans le Sucre, par exemple, ne parvient pas à comprendre qu?il peut en être autrement pour le textile.
Les Mauriciens peuvent tout aussi bien surestimer que sous-estimer la nécessité d?avoir recours au savoir-faire étranger surtout en matière d?exportation. Certains rechignent devant l?obligation d?importer l?indispensable expertise étrangère. Il y a pourtant un monde de différence entre des méthodes artisanales désuètes, ayant cours encore à Maurice, et les techniques modernes de production, entre la qualité requise pour le marché local et celle exigée par le marché mondial si compétitif. Les Mauriciens, engagés dans l?industrialisation, doivent pourtant s?investir personnellement dans la maîtrise des rouages du marketing international. Il arrive fréquemment que des partenariats s?organisent sur la base suivante : l?associé étranger se charge du marketing en raison de sa connaissance d?un marché étranger tandis que son homologue mauricien se charge de la production. Cette organisation est acceptable sur une base temporaire, pour un démarrage par exemple. Mais le Mauricien a intérêt à pouvoir prendre seul la relève si le partenaire étranger décide de se retirer.
L?industrialisation de Maurice contribue, entre 1963 et 1983, à accélérer l?émancipation de la Mauricienne. Avant cette ère d?industrialisation, trois Mauriciennes sur quatre ne travaillent pas à la fin de leurs études secondaires, après leur mariage ou après la naissance de leur premier enfant. En 1983, trois femmes sur 10 travaillent déjà dans des usines, en sus de celles qui travaillent déjà. Cette occupation professionnelle, hors de leur foyer, change considérablement leur vie et contribue grandement à leur émancipation, à l?épanouissement de leur personnalité. Elles se sentent économiquement indépendantes et l?égales des hommes. Elles sont conscientes de jouer un rôle prépondérant dans le bon fonctionnement de notre économie. Cette absence de la femme au foyer représente aussi et malheureusement un coût familial, conjugal et social dont on commence tout juste à mesurer les méfaits.
Edouard Lim Fat concède que tout n?est pas rose dans l?industrialisation de Maurice. Il n?en demeure pas moins vrai que les avantages l?emportent de beaucoup sur les inconvénients. Et ce n?est pas quand le PIB par tête de pipe s?élève à US$ 7 000 que nous pourrons lui donner tort. Le tout est de réfléchir ensemble aux mesures à prendre pour que les avantages l?emportent toujours sur les inconvénients.
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