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Quand traduire c?est trahir

18 avril 2004, 20:00

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Traduire, c?est apporter la langue de départ à la langue d?arrivée. La traduction est le passage d?une langue à une autre pour exprimer une même réalité. Le traducteur se retrouve en face de deux cultures différentes, deux littératures différentes et deux génies différents.

La traduction devient discipline exacte quand on arrive à assimiler ses techniques. Mais puisqu?il ne peut y avoir de solution unique, et puisque l?art est un libre choix, la traduction implique une démarche artistique : il est possible de choisir et de comparer entre plusieurs versions. Force alors est de reconnaître que s?il y a une palette de possibilités pour le traducteur, les impératifs à observer au cours du processus de la traduction sont multiples. Le traducteur doit connaître toutes les nuances de la langue étrangère, posséder toutes les ressources de sa langue maternelle, savoir comment fonctionnent les pièces du système, garder la tonalité du texte en dégageant les éléments par rapport aux niveaux des langues et enfin préserver le souffle de l?écrivain.

L?un des soucis majeurs du traducteur est de s?assurer que sa version est bien une transmission du contenu fondamental sans rien en perdre. Souvent le passage de la langue de départ à la langue d?arrivée est une porte étroite. Cela s?explique par le fait que chaque langue a ses trous. Il peut y avoir ainsi dans la langue de départ des mots qui cherchent en vain leur équivalent dans la langue d?arrivée. C?est dû au fait que les situations ne se trouvent pas dans les dictionnaires. Il y a alors des divergences profondes. C?est considéré comme une absence de fidélité envers le texte original de la part du traducteur. Ce non-respect signifiera une perte dans la version réalisée si le traducteur ne la récupère pas plus loin. Il existe pour cela une multitude de procédés de compensation.

Ainsi, pour laisser transparaître la couleur locale, on garde certaines expressions telles qu?elles se présentent dans la langue de départ, mais en prenant soin de les expliquer par des notes de bas de page. Sinon que comprendra un Français lorsqu?il lira ?tanto to kone, tanto? ? Le traducteur se retrouve devant l?obligation de construire un texte en français mais en utilisant des termes qui n?existent pas en français.

Parfois l?exigence de la fidélité dans ce travail va jusqu?à emprunter à la langue étrangère un syntagme dont on traduit littéralement les éléments qui le composent. C?est ce qui s?appelle créer des calques. Mais le calque reste un emprunt qui signale parallèlement une lacune métalinguistique. C?est écrire en français, mais ce n?est pas du français. C?est ainsi qu?on finit par créer le français régional, le français mauricien dans notre cas.

Voilà pourquoi la traduction tend à neutraliser la langue du départ et à déformer la langue d?arrivée. Du coup, la représentation linguistique n?est jamais totale parce qu?elle n?est jamais la même dans les deux langues. C?est en ce sens seulement que la traduction peut être considérée comme une trahison. Il ne s?agit pas d?un manquement grave au devoir. Il y a trahison que parce qu?il ne peut y avoir de traduction unique. Elle est donc naturelle et implicite dans l?acte de traduire.

A dire vrai, il s?agit plutôt d?une exploration incomplète de la réalité du texte. Si lacune il y a, c?est parce que la langue n?a pas poussé loin l?analyse de la réalité. Car la traduction n?est pas forcément le passage d?une langue à l?autre, mais d?un esprit à l?autre. Donc s?il y a trahison, c?est uniquement dans la mesure où trahir signifie rejeter la traduction dans le domaine des sciences humaines ? d?où son appellation de discipline artistique. Mais enfin trahir, n?est-ce pas quelque part le rôle même du traducteur ?

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