Publicité
Quand les épouses font campagne
Le moins que l?on puisse dire, c?est que les épouses de nos hommes politiques sont bien loin de faire leur coming out dans la presse. Ceux qui sont friands de détails intimes devront attendre encore longtemps. Il n?y a pas de Bernadette Chirac ou d?Hilary Clinton à la mauricienne pour publier opportunément, avant les élections, des best-sellers qui révèlent des confidences sur elles et nos hommes politiques. On n?est pas prêt non plus de les voir dans des caricatures comme dans les « Guignols ». Et pourtant, en cette période de campagne électorale, on serait content de savoir quel rôle jouent les épouses auprès de leurs maris. Derrière les programmes lourds, elles pourraient peut-être humaniser la chose politique. Motus et bouche cousue pour la plupart. La raison ?
« Ma femme vous a déjà dit non. Je ne veux pas l?impliquer dans la politique », assure un député de l?opposition avant de raccrocher. Pas le temps de lui répondre que sa femme faisait pourtant du porte-à-porte à Quatre-Bornes à la veille des dernières élections. « Nous préférons préserver notre jardin intime », dit un autre. Quant aux attachés de presse, c?est comme d?habitude le classique ballet de fax sans réponses. Certains vous préviennent déjà, elles ne voudront pas, le ministre lui-même ne voudra pas, et pour couper court, ils vous disent qu?ils verront ce qu?ils peuvent faire. À se demander s?ils en ont parlé à leur ministre. Les secrétaires des épouses sont plus diplomates : « Madame vous dit qu?elle vous remercie beaucoup de l?intérêt que vous lui portez, mais elle ne pourra pas vous donner d?interview », ou encore « Madame s?excuse, mais elle ne veut pas être interviewée. Elle n?a pas donné de raison mais c?est peut-être parce qu?elle est à la tête de? » Elles ont peur de se mettre en avant et de ne plus pouvoir après exiger qu?on sépare vie politique et vie privée.
N?empêche, certaines ont accepté, faisant ainsi triompher la communication. Marketing politique, verront certains. Pourquoi pas après tout ! Ces femmes de tête et d?influence, et non pas que « des épouses de », entendent bien jouer un rôle politique. Que les femmes jouent les utilités derrière l?avenir des hommes, ce n?est pas nouveau.
Kobita Jugnauth, Brinda Gokhool, Nasseem Soodhun et Roshnee Gunness se consacrent à la carrière de leur mari, chacune à sa façon. Elles avouent volontiers fournir des analyses à leur mari. « Le matin je lis les journaux et puis, je discute avec mon mari », explique Brinda Gokhool. Hormis Nasseem, elles vont sur le terrain jusqu?aux petites heures du matin. « Ce serait normal que nous soyons dans notre lit pendant que les agents travaillent pour nous », reconnaît Kobita. Quand elles sont dans la majorité, elles vantent les actions du gouvernement. « Le budget ? L?opinion publique est positive. Les gens sont contents, c?est un budget en leur faveur », soutient Roshnee Gunness. Elles apprennent aussi à encaisser les critiques avec stoïcisme et passer sur les grossièretés que s?échangent leurs époux dans l?hémicycle. « Ce genre de chose, ce n?est pas tellement alarmant. Vous avez vu ce qui se passe en Inde ? Les parlementaires gardent des chaussures dans leurs pupitres et les lancent sur leurs adversaires », explique Nasseem. Évidemment, elles servent aussi de faire-valoir. « Être un bon mari, un bon père, ça rassure la population », avoue Kobita.
Le ministre Gunness ne dément pas le potentiel des femmes. « Sans l?épouse, on ne peut pas bouger. C?est elle qui stabilise tout, les enfants, la vie de famille. Elle soutient dans les moments difficiles contre les palabres. » Que sa femme soit un atout politique, il ne le nie pas non plus. « On va ensemble chez les gens dans la circonscription, on partage des amitiés, elle accueille des gens à la maison, elle a fait du travail social auprès des enfants défavorisés? c?est vrai qu?elle aide. »
Pour Sam Lauthan, ministre de la Sécurité sociale, sa femme est d?un soutien moral inestimable. « Elle est plus compréhensive en période de campagne parce qu?elle sait combien on est bousculé. Ce qui est important aussi, c?est que malgré le fait que je sois toujours sollicité, que je passe peu de temps avec la famille, elle continue à m?encourager à fond, à 100 %. Il faut dire que la nature de mon ministère fait que même le week-end, je suis souvent avec les associations. »
Alors, est-ce que les épouses font la différence ? « Si le politicien est apprécié et que sa femme projette en plus une bonne image, je crois que ça compte », estime Dharam Gokhool, secrétaire du Parti travailliste. Il n?est pas exclu que les épouses modèles, charismatiques, apportent à leur mari quelques voix en plus. En attendant, élections obligent, elles ont du pain sur la planche.
Publicité
Publicité
Les plus récents