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Quand les Plumitifs associés font leur poésie
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Quand les Plumitifs associés font leur poésie
Les Plumitifs associés s?étaient une fois de plus donné rendez-vous à la salle du Conseil de la Municipalité de Port-Louis pour un débat autour du thème C?est quoi être poète et c?est quoi la poésie ? Ont participé au débat, Richard Sedley Assonne, Rishi Buckoree et Alex Ng, sous la présidence de Gérard Fanchin, Senior Lecturer à l?université de Maurice.
Le débat était certes adapté à un public hétérogène et très motivé par la poésie dans son ensemble. Gérard Fanchin a profité pour souligner le caractère fondamentalement non-didactique de cet art, en dépit du fait qu?il enseigne lui-même un module de poésie à l?université. ?On n?enseigne pas la poésie, ça se lit. On éprouve un plaisir musculaire quand on prononce la parole poétique?, affirme-t-il. Si le professeur ramenait le débat vers la conception classique de cet art oral, c?est souvent pour ?corriger? la tendance de nos jeunes poètes à foncer un peu trop aisément vers la conception libre de ce que l?époque moderne se fait de la poésie depuis que l?apparition du vers libre et du poème en prose ont fait sauter les frontières qui marquaient la spécificité de la forme classique du vers. En effet, l?accent était bien mis sur l?absence de règles en poésie moderne de la part des participants qui donnaient l?air de trouver leur compte dans cette forme de liberté qui se confondait avec le permissif. Mais, paradoxalement, dire que la poésie n?a pas de règle, c?est justement lui en donner une ? encore plus anti-poétique.
Soit, on conçoit le fait, comme le déclare Rishi Buckoree s?inspirant d?une définition de Paul Valéry qui fait de la poésie un art particulier fondé sur le langage, que ?ce qui retient l?attention, c?est le langage, les mots d?abord, ensuite le contenu? ? des propos qui nous renvoient à la fameuse réplique de Mallarmé à Degas : ?Ce n?est pas avec des idées qu?on fait un poème, c?est avec des mots.? C?est vrai que la poésie met l?accent sur la manière de dire plutôt que sur ce qui est dit. C?est parce qu?elle ne cherche pas à signifier. La prose tend vers un but, tandis que la poésie joue avec les mots, se place dans l?au-delà du langage de communication. De ce fait, ?le poète se situe en dehors de la communication habituelle?. Cependant, il ne faut pas non plus oublier que Valéry ironisait sur ceux ?qui se font de la poésie une idée si vague qu?ils prennent ce vague pour l?idée même de la poésie?.
On comprend, dès lors, l?origine de certains propos contradictoires qui ont laissé plus d?un perplexe dans la salle, comme celui de ?en poésie, l?émotion-mère est la colère?. On ose espérer que ce n?est pas cette même émotion-mère qui a poussé Sedley Assonne, qui avoue ne pas voir ce que les slamers ont apporté de nouveau dans la poésie, à presque interdire la parole à Tania Huet, cette jeune fille slamer qui était venue partager sa conception de la poésie et sa manière d?en pratiquer ! Pourtant le titre même du débat était C?est quoi être poète et c?est quoi la poésie ? Disons que le débat aurait pris une toute autre tournure, certainement plus moderne, si la question lancée par Alex Ng était prise plus en considération : ?quel est le but de la poésie ?? Malheureusement le débat est quelque peu passé à côté.
On comprend aussi que certains participants n?étaient pas dans leur assiette surtout lorsqu?on entend Rishi Buckoree déclarer : ?Je suis poète quand j?écris; en ce moment-ci je ne suis pas poète.? Ben voilà! Tout est dit. On était en face de quelqu?un qui était venu nous parler de poésie, lire ses poèmes alors même qu?il n?était plus poète. Dire que Fanchin insistait sur le fait que ?la poésie ne s?enseigne pas, ça se lit? ! De quelle âme le poète qui n?en est plus un a-t-il lu ses vers ? Enfin, reconnaissons toutefois que l?initiative dans l?ensemble mérite d?être saluée. Il faut que de telles rencontres aient lieu un peu plus souvent. Car elles sont passionnantes.
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