Publicité
Quand on a du stress sur le dos
«J?ai mal partout» : cette réflexion, vous l?entendez souvent au travail, d?une collègue anxieuse ou d?un ami au cours d?une conversation? quand il ne s?agit pas de vous-même, vous plaignant le matin. Le mal de dos est en passe de devenir un phénomène de société. Vouloir le faire disparaître ou seulement l?atténuer est souvent un véritable casse-tête. Mais quelle est donc la part du mental dans ce mal ?
Pour l?orthopédiste Yehiyah Oomar, elle est clairement essentielle. «Et si nous abordons le problème en nous disant : faut-il ou non opérer, tout dépend des cas et le rôle de la santé mentale du patient est déterminant dans notre jugement.»
Le docteur Oomar précise tout de suite : «il est bon de déterminer le type de mal à traiter : on parle ici de lombalgie ? affection du bas du dos ? et non de problèmes de sciatique ? où les membres inférieurs sont impliqués.» Et il existe nombre d?affections sans syndromes radiculaires (douleurs, pertes de sensibilité ou engourdissements qui descendent jusque dans la jambe).
<B>La mentalisation</B>
Quand le patient souffre de lombalgie pure, le lien au stress doit être considéré : «parmi les névrosés, ceux qui ont une bonne mentalisation (gestion des conflits psychiques), et qui souffrent d?une lombalgie suffisamment gênante, peuvent récolter les bénéfices d?une intervention chirurgicale.» Car une fois l?opération faite et la lésion traitée, le patient aura un mental assez fort pour placer la part affective du problème sur le champs du traitement apporté par le chirurgien. Du coup, la souffrance morale va diminuer.
«Cela est difficile chez un patient mal mentalisé ? plus ou moins fragile psychologiquement.» Ce type de patient, nous explique l?orthopédiste, a plus tendance à somatiser, à mal dormir. Il sera d?humeur morose. «Dans ce cas, il vaut mieux ne pas opérer car une intervention chirurgicale n?apportera rien.» Le cas, poursuit-il, devra être référé à un psychiatre.
De même, estime le Dr Oomar, il ne faut surtout pas opérer dans des cas de «mentalisation insuffisante» : et c?est dans cette catégorie que se situent la plupart des personnes souffrant de leur dos. Un soutien psychologique est souvent recommandé.
D?où l?absolue nécessité pour l?orthopédiste de dresser un bilan psychologique de tout patient avant d?envisager la moindre action. «Je vais poser une série de questions pour évaluer, par exemple, l?impact des facteurs liés à l?activité professionnelle : un travail qui nécessite une station debout, quelqu?un qui travaille continuellement assis derrière un ordinateur, mais aussi qui souffre d?une mauvaise relation avec ses collègues, qui n?est pas satisfait de sa situation et qui arbore une mine piteuse.»
<B>Muscles contractés</B>
La part du «mauvais mental» peut d?ailleurs se vérifier sur le plan statistique : «Il a été établi que 22 % de la population mondiale souffrait d?une hernie discale. Or la proportion de patients qui souffrent du dos est nettement plus faible.»
Entre-temps, le monde où nous vivons nous expose à une augmentation des sources de stress. Récemment, le magazine Newsweek établissait le lien entre stress et maux de dos, une «relation directe», comme le définit le psychiatre Geeaneswar Gaya. «Quand on est stressé, les muscles se contractent. Il est naturel que le dos, le cou en pâtisse. Si on ne dé-stresse pas les gens, on ne peut espérer de progrès».
Pourtant, le stress, comme le mal de dos, se traite. «Cela se guérit. Souvent en combinant médicaments ? des anxiolytiques à hygiène de vie», rappelle le psychiatre qui recommande l?usage de lits orthopédiques, le massage, la natation et même la marche à pied pour se décontracter. «Même dans le cas d?une opération, il faut une approche multidisciplinaire», ajoute l?orthopédiste. «Il arrive que j?associe des antidépresseurs tels que l?amitryptilline à des anti-inflammatoires.»
Et une bonne kinésithérapie associée à des antidépresseurs peut favoriser la guérison : «Le sentiment de bien-être procuré a des répercussions indéniablement positives.»
D?ailleurs, les efficaces anti-inflammatoires non-stéroïdes ? sans cortisone ?, se combinent harmonieusement avec les soins de physiothérapie, des exercices de traction, le repos, des infiltrations, le port éventuel d?un corset lombaire, le sommeil étant, bien sûr, très important?
Questions au
<B>Dr Raj Roy, chiropracteur</B>
<B>«Les facteurs psychologiques et sociaux augmentent les risques»</B>
● <B>Vous êtes chiropracteur. Comment intervenez-vous sur ce problème de maux de dos?</B>
En tant que médecin prodiguant des soins de premier contact, le chiropracteur doit poser un diagnostic avant d?envisager un traitement. Pour ce faire, il peut avoir besoin d?examens complémentaires (examens radiologiques ou biologiques). Le chiropracteur intervient de manière conservatrice (sans acte invasif, tel que la chirurgie ou les infiltrations) avec toute une série d?outils, dont les manipulations vertébrales. Lorsque des actes invasifs sont nécessaires, le chiropracteur collabore ou réfère le patient vers les intervenants qualifiés pour ces actes : chirurgiens orthopédistes, rhumatologues ou radiologues interventionnistes.
● <B>Le lien est-il établi entre stress et les maux de dos ?</B>
Lorsque vous parlez de mal de dos, je pense que vous faites allusion au mal de dos en dehors du cadre d?une pathologie organique, infectieuse ou rhumatismale. Hormis ces cas, il existe un support biologique à la douleur. Ce support peut être un disque invertébral (amortisseur situé entre chaque vertèbre), une capsule articulaire, une structure ligamentaire, musculaire, etc. La prise en charge du chiropracteur consistera d?abord à tenter de déterminer lors du diagnostic la ou les structures responsables de la douleur du patient, pour pouvoir proposer une solution thérapeutique adéquate.
Le stress n?est bien sûr pas un support biologique à la souffrance, cependant il constitue un facteur de risque. Pour prendre une image simple, c?est une goutte d?eau qui peut faire déborder le vase. Mais tout vouloir mettre sur le compte du stress serait une erreur.
● <B>Le mental est quand même déterminant ? </B>
Les recherches actuelles démontrent qu?en plus des facteurs biologiques, des facteurs psychologiques et sociaux augmentent le risque de passage à la chronicité. Ce n?est cependant pas le rôle du chiropracteur du prendre en charge la pathologie psychologique si elle existe. Aussi, dans certains cas, il peut être nécessaire d?avoir en parallèle un suivi psychologique avec un psychologique ou via le médecin traitant du patient. Il faut bien comprendre que ces facteurs ne sont pas la cause du mal de dos, mais des facteurs de risque potentiels.
● <B>Quels sont les autres facteurs?</B>
Enormément de facteurs peuvent expliquer la survenue du mal de dos sur tel ou tel patient. Il existe des causes mécaniques (mauvaises postures, sédentarité, etc ..), des causes structurelles (malformations au niveau de la colonne vertébrale) mais aussi des causes biochimiques et génétiques. La prévention pour le patient, se fait principalement sur les facteurs mécaniques. Le tabagisme est également un facteur de risque. Il est donc indispensable d?avoir une activité physique régulière, ne serait-ce que de faire de la marche quotidiennement, et de respecter des conseils posturaux basiques (éviter les positions relâchées en étant assis, ne pas pencher le dos «rond», etc ..).
La recherche nous a permis de mettre en évidence que la position sur le ventre lors du sommeil, est responsable d?une augmentation de la pression intra-discale lombaire, elle n?est donc pas recommandée.
Publicité
Publicité
Les plus récents