Publicité

Quand des détenus sont en faveur de la peine de mort

28 janvier 2006, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Dix détenus de la centrale de Clairvaux (Aube) ont attiré l?attention sur le sort des condamnés qui purgent des longues peines.

« Nous, les emmurés vivants à perpétuité du centre pénitentiaire le plus sécuritaire de France [?], nous en appelons au rétablissement effectif de la peine de mort pour nous », ont-ils plaidé dans une lettre datée du 16 janvier, publiée le mardi 24. Dans un contexte de durcissement répressif contre la récidive, l?appel dénonce l?allongement de l?exécution des sentences.

« Assez d?hypocrisie ! Dès lors qu?on nous voue en réalité à une perpétuité réelle, sans aucune perspective effective de libération à l?issue de notre peine de sûreté, nous préférons encore en finir une bonne fois pour toutes que de nous voir crever à petit feu », écrivent les signataires, qui ont passé entre 6 et 28 années en prison.

Entre 2001 et 2005, le nombre de condamnés à des peines de 20 à 30 ans est passé de 915 à 1 384, tandis que celui des condamnés à perpétuité a légèrement diminué : 538 contre 591.

« Les peines prononcées sont de plus en plus longues et il y a de moins de moins de libération conditionnelle », souligne le président de l?Association nationale des juges d?application des peines (Anjap), Michaël Janas. « Les dernières affaires comme le meurtre de Nelly Crémel ont rendu la décision de libération conditionnelle très difficile pour les magistrats. »

Un « temps d?épreuve » porté de 15 à 18 ans

Le ministre de l?Intérieur, Nicolas Sarkozy, avait déclenché une polémique à l?été 2005 en déclarant que le juge qui avait accordé une libération conditionnelle à l?un des deux meurtriers présumés de cette femme de 37 ans devait « payer pour sa faute ». La majorité avait alors relancé une réforme pénale qui a donné lieu à la loi sur la récidive. Celle-ci a encore allongé la période pendant laquelle le condamné à perpétuité ne peut demander une libération conditionnelle. Ce « temps d?épreuve » a été porté de 15 à 18 ans et même à 22 ans.

Les « périodes de sûreté », par laquelle le jugement fixe le minimum de temps à effectuer par le condamné, peuvent être portées par les cours d?assises à 22 ans en cas de perpétuité, voire 30 ans pour les crimes les plus graves sur mineurs.

« Depuis deux ou trois ans, on pense aux courtes peines, particulièrement du côté du ministère de la justice, avec la loi Perben II ou l?aménagement des peines inférieures à cinq ans, regrette Gabriel Mouesca, président de l?Observatoire international des prisons. Les longues peines se sentent les sacrifiés des prisons. »

« Il faut que la France révise l?échelle des peines car nous sommes aujourd?hui l?un des pays les plus répressifs au monde », prône M. Mouesca. « La perpétuité doit être abolie. Elle ne sert à rien. Elle n?est pas digne de notre niveau de civilisation. »

@ 2 006 Le Monde ? Avec AFP ?(Distribué par The New York Times Syndicate)

Publicité