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Pêcheur et conseillère

4 janvier 2006, 20:00

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Le nom de Marie-Rose Randemy résonne sans prétention comme un synonyme du mot courage. Voilà une de ces femmes actives qui inspirent un flot d?admiration. Les flots, elle connaît bien?. C?est son gagne-pain. Femme-pêcheur depuis l?âge de quatorze ans, elle concrétise depuis 2002 son rêve de toujours : pêcher en haute mer. Sa vie ne se résume pas à sillonner la mer. Marie-Rose a été élue conseillère du village de Riambel aux dernières élections villageoises. Un pas de plus dans sa vie.

Son quotidien pourrait ressembler à celui de tous les gens que la mer nourrit si elle n?assumait pas comme il se doit son rôle de mère de famille. Elle se réveille à trois heures du matin pour accomplir les taches ménagères et s?assure que ses enfants, Marie-Annielle, Nicolas et Marie Annecy, tous trois scolarisés, ont tout ce qu?il faut.

Deux heures plus tard, elle enfourche sa bicyclette. Direction : Le Batelage à Souillac. Sa journée en mer ne débutera qu?aux alentours de sept heures moins le quart car, en tant que propriétaire de bateau, elle est très à cheval sur tout ce qui touche à la sécurité. Pour Marie-Rose, pas question d?embarquer sans avoir préalablement vérifié moteur, gilets de sauvetage, réflecteurs, entre autres. ?Ki ou pas quinze minutes ou enn her tan a ter pou tchek bato poisson-la si li pou mordé li pou mordé??, dit-elle.

Cette sagesse qui transparaît dans ses propos se lit également sur son visage sculpté par l?usure du temps et par les difficultés qu?elle s?efforce de surmonter. Bien qu?étant reconnue dans son métier de pêcheur et bénéficiant d?une pension en tant que telle, Marie-Rose vit difficilement. Ce qu?elle ramène grâce à ses lignes et ses casiers de même que les Rs 1 900, son allocation pour le mois de décembre, sont vite engloutis par les dépenses courantes et les factures.

À l?approche de la rentrée scolaire, elle nous confie son désarroi. ?Nou pas encore trouve uniforme, enn paire souliers nou pane capave acheté?.

À l?entendre, on comprend qu?elle mise beaucoup sur l?éducation de ses enfants et c?est en toute légitimité qu?elle souhaite que les autorités accordent aux pêcheurs dont les enfants sont scolarisés, des facilités comme des prêts de manuels scolaires... Une aide qui viendrait soulager une de leurs innombrables préoccupations. De plus, elle estime qu?une allocation mensuelle revue à la hausse et tournant autour de Rs 3 500 pourrait définitivement les aider. L?allée poussiéreuse menant à sa maison bordée de feuilles de tôles atteste des conditions de vie modestes de la famille.

Une femme forte et sensée

Marie-Rose est telle un rocher sur lequel viennent s?échouer les griefs et les problèmes de ses semblables. Steeve Coco, la trentaine, fait partie de ces gens qui se tournent vers elle. Depuis 1999, ce père de famille ayant un enfant de 2 ans, a fait une application pour régulariser sa situation d?homme de mer. En vain. René Guilbaut, 71 ans, Jack Juboo et Janoonand Soominduth rassemblés dans la cour de Marie Rose, nous parlent aussi de leurs difficultés pour gagner leur vie dans une mer qui s?appauvrit et des formalités plus que contraignantes auxquelles ils doivent se soumettre avant de pouvoir bénéficier d?une allocation.

Passionnée de politique depuis sa majorité, Marie-Rose s?impose comme une femme forte et sensée. Elle fustige le manque de loisirs dans la région, démontre un intérêt particulier pour les sujets d?actualité tels que Le Sea-Food Hub et le nombre d?emplois qui devraient être créés avec le développement hôtelier dans le Sud. Si sa bonne volonté apparente ne lui permet pas encore de s?engager totalement dans ses nouvelles fonctions, il est évident que Marie-Rose saura s?imposer en tant que porte-parole des familles de pêcheurs qui arrivent difficilement, comme elle, à joindre les deux bouts.

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