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Profession Mannequin

9 juin 2006, 20:00

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Un mètre soixante-quinze, cinquante kilos, les fesses de Jennifer Lopez, les seins de Sharon Stone, les hanches de Shakira. Voilà en gros, la nouvelle icône. C’est le portrait moderne de la nouvelle déesse du bon goût, de la beauté, de la mode. Aujourd’hui, le corps fait vraiment le moine. La mode locale décolle, même si le marché reste petit.

Etre mannequin, quand on a le physique, c’est une opportunité que peu de jeunes veulent râter. «Etre mannequin n’a jamais été mon but dans la vie. Je m’épanouis en défilant et en faisant des photos. Je rencontre des gens, je porte des vêtements haut de gamme, c’est un passe-temps, un moyen de se faire un peu d’argent,» déclare Christelle Lévèque, 20 ans, mannequin depuis cinq ans, étudiante en IATA.

«Etre mannequin demeure un emploi à mi-temps, parce que l’industrie de la mode n’existe pas,» insiste Mélissa Nadal, 23 ans, mannequin de l’agence Heat depuis quatre ans, étudiante en Fashion Design à l’Université de Maurice. «On aime la scène, on a pris goût aux défilés, aux séances de photos. C’est flexible et ça ne nous prend pas beaucoup de temps, mais ça reste dans l’ordre du passe-temps,» ajoute Caroline Larose, 23 ans, mannequin chez Heat depuis quatre ans, étudiante en communication à la DCDM Business School.

L’arrivée en fanfare de grandes marques, spécialistes dans le casual wear, la tenue d’événements de haute facture, comme le Zee Cine Awards, ou divers salons au Centre Swami Vivekananda, sans oublier les événements fashion, ouvrent certes des portes aux filles et aux garçons qui ont le physique de l’emploi, mais ils insistent que c’est un «emploi» à faire en parallèle.

La norme puissante : jeunesse, minceur, dynamisme, et un grand besoin de personnalisation et de singularité, sont des qualités essentielles, pour être esthétiquement correct. «On serait prêt à s’investir davantage, si les marchés existaient vraiment. Personne ne souhaite s’investir dans ce domaine. Les jeunes qui le font quand même, ont peu d’espoir de carrière ici,» précise Manish Achameesingh, 27 ans, mannequin depuis dix ans chez Heat.

«Etre beau ne suffit pas, il faut savoir l’être»

Le constat est cinglant : pas de débouchés, pas de carrière, juste une envie de faire quelque chose de différent, d’être le temps d’un événement, d’une campagne de publicité, au sommet de l’affiche, avec pour résultat, un peu d’argent de poche. Dans l’euphorie de «l’emploi», sont-ils alors tous condamnés à plaire ? Oui, quand ils sont sur le catwalk, lors d’une séance de photo, le but c’est de toujours présenter son meilleur profil. Briller sur le catwalk se construit. C’est une attitude à avoir, un déhanchement à travailler, un maintien à surveiller absolument et surtout des vêtements à mettre en valeur.

«Peu de personnes, belles ou pas, sont capables d’affronter un public. Un mannequin, travaille énormément le self-confidence, ça s’apprend et ça se cultive. Pour être au sommet, il faut se donner beaucoup de mal.

Etre beau ne suffit pas, il faut savoir l’être,» explique Shameer Abdul Raman, mannequin et directeur de la société Scene Stealers. Le beauté serait donc le fruit d’un travail, un capital à faire fructifier, un signe de réussite personnel. Sur les catwalks, ceux qui défilent, projettent une image qui s’apparente à la perfection. «Sur le catwalk, c’est le haut de gamme. C’est le rêve du luxe et du bon goût que nous offrons. Les nouvelles tendances s’y déclinent. C’est le corps qui est mis en avant, et ce corps est rehaussé par des créations originales et innovantes.» Etre beau, dans ce métier, c’est un idéal nécessaire. «Mais ce n’est pas tout !» insiste Shameer Abdul Raman. Ce dernier a monté sa propre agence après 17 ans passés dans presque toutes les plus grandes agences du pays, et à prêter ses traits et son corps pour quelques marques de renommée internationale, Giorgio Armani ou encore Dolce & Gabbana.

Oser ou ne pas oser

«J’ai créé mon agence avec pour objectif d’apporter le luxe chez nous. En l’absence d’une vraie industrie de la mode haut de gamme à Maurice, je suis contraint d’aller chercher designers et mannequins en Inde.» Shammer Abdul Raman ne conçoit pas un défilé de mode sans professionnels. «On pourra attendre des années ici, avant que le haut de gamme ne devienne la norme. Nous faisons dans le prêt-à-porter, pas dans la haute couture, » insiste-t-il avec raison.

Est-ce à dire qu’il n’y a pas de possibilité de gagner vraiment sa vie en étant mannequin ? «Non !» retorque Christelle Lévèque. «Faire carrière c’est quasiment inenvisageable. Les défilés ne se font pas à un rythme effréné et on est souvent sous-payé. La majorité d’entre nous sommes employés ailleurs.»

A côté, semble-t-il, il faut très souvent faire face aux nombreux stéréotypes associés à cette «profession». «Je me dis très souvent que j’aimerais être admirée pour quelque chose de plus concret. Ici quand on est mannequin, on pense que nous sommes des filles faciles. Si je pouvais choisir entre être belle et être intelligente, je choisis sans hésiter l’intelligence. C’est par exemple ce qu’on pourrait reprocher au concours Miss Mauritius. Les candidates manquent de personnalité, d’ambition. Elles sont en plus censées représenter le pays. C’est absurde! Personne ne les prendra au sérieux,» explique Mélissa Nadal.

«Le pire très souvent, c’est qu’il n’y a pas de concurrents dans ce secteur. L’agence Heat existe depuis cinq ans et nous nous sommes depuis beaucoup diversifiés. «Proposer» des filles pour un défilé ou pour être hôtesse, nous ferait à peine travailler. Heat propose un service complet, des hôtesses, aux agents de sécurité, en passant par le décor. Impossible de faire que des défilés ou des campagnes de publicité,» explique Kit Acheemootoo, directeur de l’agence Heat.

Depuis deux ans, Hostess Pro, une filiale de son agence, propose un service complet d’hôtesses d’accueil, avec uniformes, maquillage, coiffure, pour aller parfaitement dans le sens de l’événement. Ces hôtesses ont été sollicitées lors du récent Zee Cine Awards. Leur prestance, leur élégance et leur efficacité, ont déjà fait leur preuve.

Autre son de cloche pourtant, du côté de Haseena Model and Entertainment Agency. «Nous faisons beaucoup de défilés et de spectacle au niveau des hôtels. Nos mannequins travaillent de manière régulière et peuvent gagner leurs vies. Nous avons également divers contrats avec des agences à l’étranger pour lesquels nos mannequins sont sollicités. Le problème pour vraiment faire carrière au niveau international, c’est que les filles, refusent de partir longtemps à l’étranger, » explique Soraya Currimjee, directrice de l’agence.

Ashwin Taukoordass, mannequin chez Hassena depuis douze ans, soutient qu’il vit de cette profession depuis ces douze dernières années. «Je défile au rythme de 20 à 30 défilés par mois, principalement dans les hôtels. Il y a parfois des périodes un peu plus creuses, mais dans l’ensemble, tout se passe bien pour moi. Je suis en revanche conscient que je ne pourrais pas toujours faire ce métier, je chercherai alors à faire quelque chose qui a un rapport avec la mode, » explique-t-il.

Entre ceux qui osent, ceux qui hésitent, ou encore ceux qui préfèrent une vraie carrière dans un domaine où il y aurait plus d’avenir, la profession de mannequin semble être quasi inexistant chez nous. Plutôt que d’être sacrifiés sur l’autel de la beauté, ces jeunes qui ont autant le physique, les capacités que l’ambition, préfèrent un métier où il y a moins de mirages.

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