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Premier coup de plumeau à rapports au rancart
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Premier coup de plumeau à rapports au rancart
LE RAPPEL de ces rapports, publiés ou non, sera forcément quelque peu décousu. Il nous faudra sauter du coq à l?âne. Ces listes de rapports seront fragmentaires et même pas complètes. Mais tant mieux pour nous s?ils nous évoquent de rudes combats pour une île Maurice meilleure et plus fraternelle. Nous faisons par avance appel à l?indulgence des lecteurs de cette chronique pour qu?ils consentent à faire eux-mêmes les ajustements qui s?imposent l?express.
A la mi-juin 1949, Thornton-White fait le point sur les logements des travailleurs des propriétés sucrières. Les lecteurs de l?express savent que Thornton-White est l?auteur d?un plan de réaménagement du centre de Port-Louis, plan n?ayant jamais été mis en pratique. (Voir l?express du 10 novembre 2003) Quelques jours après le dépôt de ce rapport, le député travailliste Jay Narain Roy a l?occasion de réclamer une législation pour réglementer les relations entre locataires et propriétaires.
En octobre 1949, le rapport D.W. Ceyde fait le point sur la situation alimentaire. Le riz est toujours rationné. La farine, le sucre roux, le poisson, le pétrole ne le sont plus. Le contrôle de la viande a pu être levé grâce aux progrès réalisés par la Mauritius Cold Storage Co. Ltd. des frères Merven, des pionniers émérites dont le seul défaut aura été d?être en avance d?un quart de siècle sur leurs contemporains. Le rapport Ceyde laisse entendre que le contrôle des prix sera supprimé dès que possible. C?était compter sans les démagogues de tous poils.
Octobre 1949, débats au conseil législatif sur le rapport Nichols sur l?instruction publique. Sookdeo Bissoondoyal s?insurge parce qu?à Maurice ?on enseigne l?inconnu par l?inconnu?. Guy Forget : ?Gare au gouvernement s?il veut attaquer la langue française !? Jules Koenig : ?Le collège d?Etat pour filles (le futur Q.E.C) doit avoir priorité sur la centralisation, à Rose-Hill, des collèges royaux de Curepipe et de Port-Louis?. Il réclame une assistance scolaire pour tous les collèges privés, y compris ceux opérant sur une base commerciale. Le conseil législatif décide que les bourses d?Angleterre ne seront allouées qu?aux élèves des collèges d?Etat. Le député Lucien de Chazal proteste.
Deux bourses ont été octroyées aux collèges privés à titre d?encouragement. Les supprimer, c?est leur priver d?encouragement. Ortmans, directeur par intérim de l?instruction publique, plaide en faveur d?un collège d?Etat central de 1 200 places à Rose-Hill. Les collèges d?Etat de Curepipe et de Port-Louis n?en comptent que 550. La population estudiantine du cycle primaire s?élève alors à 40 000 écoliers. Le Dr Millien déplore que M. Paul Henri ait été envoyé à Londres pour être formé à devenir le directeur de l?Instruction publique. Or à son retour à Maurice, il est supplanté par un Anglais. Cela n?empêche pas le titulaire de ce poste, M. Opper, de quitter Maurice pour Haïti, vivement regretté par tous.
Le rapport Nichols sur l?enseignement secondaire est déposé au conseil législatif à la mi-février 1949. Il sera examiné par un comité restreint qui dépose son rapport à la fin de juin 1949.
Ramage mieux que Smith
A la fin d?octobre 1951, le conseil législatif adopte, après de longues discussions, le rapport d?un comité restreint sur un projet de loi devant régir l?exercice de l?art dentaire. Quoi de plus normal qu?un rapport de ?parle mentère? sur la dentisterie, sachant la réputation des arracheurs de dents et des politiciens concernant le respect de la vérité et de la parole donnée. Ce jour-là, le gouverneur Blood fait une déclaration sur les Liaisons Officers qui viennent d?être nommés. Ils sont Seewoosagur Ramgoolam (Instruction publique), Edgar Millien (agriculture, pêche, approvisionnement), Guy Sauzier (travaux publics, irrigation, électricité), Raymond Rault (forêts, aviation), Osman (travail, bien-être, prison). Renganaden Seeneevassen refuse un poste de Liaison Officer en raison de ses obligations professionnelles.
En mars 1952, nous avons droit à un rapport sur les prisons signé par nul autre qu?un dénommé? Hilton. Des recherches médiatiques plus approfondies seront nécessaires pour savoir si les prisons mauriciennes ont gagné depuis en confort et même si elles ont pu obtenir une étoile de plus au classement mondial des institutions pénitentiaires.
Au début d?avril 1952, Londres fait savoir qu?il approuve le jugement du gouverneur Hilary Blood et de son conseil exécutif, à l?effet que le rapport Smith sur les salaires des fonctionnaires est inapplicable à Maurice. Il charge M.R.O. Ramage de mener à bien cette révision salariale. Le rapport Ramage est rendu public à la fin de novembre 1952. Un mois plus tard, le conseil législatif l?approuve. Il s?agit d?un rapport clair et concis, rédigé en seulement six mois et demi. Il se base sur le coût de la vie en 1948-49. Il favorise mieux que le rapport Smith les petits fonctionnaires. C?est depuis ce temps qu?au sein de la fonction publique on dit à propos d?une recrue plus prometteuse que d?autres ou encore bénéficiant d?une meilleure protection que ?si son ramage se rapporte à son plumage, il sera le phénix des hautes fonctions de ce bureau?.
A la mi-mars 1956, parallèlement à une importante déclaration du gouverneur Robert Scott sur la réforme constitutionnelle (suffrage universel, gouvernement responsable, institution d?un système de représentation proportionnelle, nomination d?un speaker ou président du conseil législatif, élection par ce dernier de sept des neuf membres du conseil exécutif, introduction du système ministériel en novembre 1956, élection de 25 députés à partir de 1958, maintien des 12 membres nommés), s?ouvrent les débats parlementaires sur le rapport Keith-Lucas sur les élections municipales. Les députés travaillistes proposent que le gouvernement mette fin à l?existence du conseil municipal de Port-Louis et le remplace par une commission administrative.
Démissions en bloc
Cet amendement travailliste sera adopté par 13 voix contre 12 et 3 abstentions. A Londres, le député James Johnson demande, aux Communes, s?il y aura ou non suspension du conseil municipal de Port-Louis. Alan Lennox-Boyd répond que cela concerne le gouvernement mauricien.
Le conseiller V. Ducasse demande au conseil municipal de Port-Louis de protester énergiquement contre le vote du conseil législatif, invitant le gouvernement à le suspendre. Les conseillers municipaux travaillistes (Forget, Seeneevassen, Dupré, Joomye, Rault, Chankye, Guy Rozemont) soumettent leur démissions au secrétaire de la ville. Guy Rozemont signe sa lettre de démission un jour avant sa mort, le 23 mars 1956.
A la mi-décembre 1957, sont déposés au conseil législatif, les rapports des commissions des salaires. Le rapport Howes concerne les salaires supérieurs à Rs 10 320? par an et celui d?un Working Party des petits fonctionnaires.
Le rapport Howes prône également une mauricianisation plus accentuée du service civil. Il déplore que les techniciens sont mal payés, que les postes sont peu attrayants et que les impôts sont trop élevés. Ainsi, 25 % des augmentations salariales reviendront au Trésor public sous formes d?impôts. Il ne trouve plus aucune nécessité au boni de vie chère.
Le rapport du Working Party établit un nouveau barème de congés outre-mers. La semaine de travail sera si possible de cinq jours au lieu de six. Le service civil se divise en sections administrative, exécutive et cléricale.
Des fonctionnaires, dont des chefs de département, ne tardent pas à protester après avoir constaté que les augmentations salariales se révèlent être, dans bien des cas, des? réductions salariales. Cela n?empêche pas le conseil législatif d?adopter ces deux rapports.
Le nominee Pierre Piat s?élève contre le principe des augmentations salariales générales. Il faut se limiter aux hauts salaires, conclut-il. Il estime aussi que les fonctionnaires sont avantagés par rapport aux employés du secteur privé. Les salaires des fonctionnaires représentent alors 42 % des revenus de l?Etat.
Les syndicats condamnent les nouveaux règlements concernant les congés des fonctionnaires. Eddy Norton, secrétaire de la FSSC, déconseille la signature des option forms. Ce faisant, les fonctionnaires ?sacrifient bêtement leurs intérêts?, affirme-t-il.
Nous nous en tiendrons là pour aujourd?hui. D?autres chroniques du même genre compléteront celle-ci. Elles ne paraîtront pas forcément consécutivement. D?une part, cela risque d?entraîner une fâcheuse monotonie. D?autre part, nous devons tenir compte des anniversaires à commémorer. Mais avec un peu de chance et de patience, nous en viendrons au bout de nos rapports et ce sera autant de gagné sur l?oubli.
Naturellement, toute participation de nos lecteurs, voulant évoquer des souvenirs particuliers propres à l?un ou l?autre des rapports ainsi mentionnés, ou corriger telle ou telle erreur sera la bienvenue. Ecrire au journal qui les publiera ou qui les transmettra au signataire.
?Quoi de plus normal qu?un rapport de ?parle mentère? sur la dentisterie, sachant la réputation des arracheurs de dents et des politiciens concernant le respect de la vérité et de la parole donnée? !
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