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Pravind Jugnauth : «Ce cinquième budget, c?était un engagement»

16 avril 2005, 00:00

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C?est avec beaucoup de conviction, d?acharnement et en se référant plusieurs fois aux archives que le vice-Premier ministre et ministre des Finances, Pravind Jugnauth, a défendu son budget 2005-2006. C?était hier soir à l?Assemblée nationale.

Il a rejeté avec force les nombreux arguments de l?opposition selon lesquels c?est un budget électoraliste et que le projet de transformer le pays en un centre international de shopping hors taxes serait un échec.

«Nous avons été élus pour un mandat de cinq ans et cela implique la présentation de cinq budgets», a-t-il répondu à ses détracteurs. Il a même, à plusieurs reprises, retourné les attaques dont il a été la cible ces derniers jours contre ses adversaires.

Il a rappelé, au passage que le dernier gouvernement travailliste avait effectué des dépenses supplémentaires de Rs 2 milliards dans les mois précédant les dernières législatives. « C?est ça qu?on appelle électoraliste», s?est-il exclamé.

Pravind Jugnauth est revenu sur les différents précédents où le budget a été présenté avant le mois de juin. Dont ceux de 1976-77, 1977-78, 1981-82 et de 1996-97. Celui de 2005-06, dit-il, est tout à fait légitime.

Il s?est également évertué à anéantir les critiques de l?opposition sur le projet de faire de Maurice une île duty free qui profitera à la fois aux consommateurs mauriciens et aux touristes.

La motivation du gouvernement

Il a rappelé un discours du leader de l?opposition, Navin Ramgoolam, alors qu?il était Premier ministre, où ce dernier évoquait l?idée du duty free. «Navin Ramgoolam avait promis de faire de Maurice une zone duty free en 1996 alors qu?il intervenait lors de l?inauguration de l?hôtel Coco Beach.»

Le grand argentier dit toute sa fierté d?avoir, lui, pu mettre en ?uvre la vision du duty free. Il a expliqué la motivation de son gouvernement de procéder au démantèlement des tarifs douaniers bien avant les échéances touchant à l?élimination des barrières au commerce international. «Nous n?avons pas voulu nous laisser dicter par les événements. Nous avons pris contrôle de la situation et nous avons créé un dynamisme.»

Les effets positifs du concept

Selon Pravind Jugnauth, le projet duty free ne pourra que réussir dans la mesure où le pays dispose déjà de très fortes assises dans le secteur du tourisme. «Certains disent que Singapour est devenu un paradis du shopping parce qu?il attire beaucoup de touristes. Or, c?est l?inverse qui est vrai. Singapour arrive à attirer beaucoup de touristes justement parce qu?il est un centre hors taxes.»

La transformation du pays en une zone hors taxes ouvrira d?énormes opportunités en faveur de la démocratisation de l?économie. Il a expliqué les nombreux effets positifs d?un tel concept sur l?activité économique avec la construction de nouveaux complexes commerciaux.

L?héritage économique du Parti travailliste (PTr) a été lourdement critiqué par le grand argentier. Il qualifie d?odieuse la remarque de l?opposition selon laquelle le déficit budgétaire projeté à 4,8 % du produit intérieur brut pour 2005-06 n?est pas soutenable. « Le PTr nous a laissé un déficit de 6,7 %. Ils ont le culot de venir dire qu?un taux de 4,8 % n?est pas soutenable», s?est offusqué Pravind Jugnauth.

Il a brossé un tableau des grandes dépenses sous le budget de développement, encourues par le présent régime. Il accuse l?ancien gouvernement d?avoir emprunté massivement pour financer les dépenses courantes et de n?avoir pas su utiliser les fonds provenant de la vente des actions de la Mauritius Telecom à France Télécom.

PAUL BERENGER : «UN CHEF-D?OEUVRE»

Un chef-d??uvre. C?est en ces termes que le Premier ministre a choisi de qualifier le budget présenté par le ministre des Finances, Pravind Jugnauth. Il intervenait hier soir à l?Assemblée nationale.

«Mille fois bravos. C?est un bravo sincère et réfléchi à un jeune frère», s?est exclamé Paul Bérenger sous les applaudissements des membres de la majorité. L?opposition avait, elle, choisi de boycotter l?intervention du chef du gouvernement et le résumé des débats du vice-Premier ministre et ministre des Finances.

Paul Bérenger a affirmé son appréciation devant « le chef-d??uvre de continuité et de nouveauté » réalisée par le grand argentier, dans la gestion tant de l?économie que de la politique sociale.

Continuité d?abord dans le processus engagé pour remettre l?économie sur les rails après «l?héritage catastrophique du Parti travailliste (PTr)». «Bien sûr, avec un héritage pareil, cinq ans pour redresser l?économie ne sont guère suffisants», fait ressortir Paul Bérenger.

Il a critiqué la gestion budgétaire du régime travailliste qui a laissé un déficit public de 6,7 % du produit intérieur brut (PIB) en 2000. Selon lui, le déficit de 4,8 % du PIB que projette le ministre des Finances pour la prochaine année financière serait un bel accomplissement.

«Nous aurions même pu descendre à 4 % du PIB s?il n?y avait pas l?élimination et les baisses des droits de douane», fait-il remarquer.

Le gouvernement, selon lui, a toutes les raisons d?être fier de sa gestion des finances publiques, tenant compte des investissements massifs dans la construction des écoles, des routes et du système de tout-à-l?égout, entre autres.

Le Premier ministre a évoqué les différentes initiatives de son gouvernement pour créer de nouvelles activités économiques. Le gouvernement, dit-il, a toujours été à l?écoute du secteur privé, et a toujours soutenu avec enthousiasme toutes les demandes visant à faire émerger de nouveaux secteurs. « Toutefois, le secteur privé ne peut pas passer son temps à discuter. Il faut qu?il fasse ce qu?il est censé faire, c?est-à-dire investir».

Paul Bérenger se félicite de la croissance notée dans l?investissement privé. Mais il concède que la situation de l?emploi reste un problème majeur. Il devait évoquer les différents facteurs qui ont contribué à des pertes d?emplois, en particulier dans le textile-habillement. Il a aussi fait état de la situation de l?industrie sucrière avec les réformes en Europe.

«Je me demande ce que ces deux secteurs seraient devenus si le PTr était au pouvoir», a-t-il dit, tout en soutenant que son gouvernement a tout entrepris pour sauver, et même créer, des emplois dans le textile, notamment avec l?implantation de filatures.

Il a, d?autre part, critiqué les députés Arvin Boolell et Madan Dulloo pour «n?avoir rien fait» pour sauver l?industrie sucrière quand ils étaient ministres de l?Agriculture.

MADAN DULLOO : «UN ?HIT AND RUN?»

C?est le député Madan Dulloo qui a clôturé les débats pour l?opposition. en précisant qu?il n?a jamais été en faveur d?un budget présenté juste avant la dissolution de l?Assemblée nationale.

«En tant que vrais démocrates, nous avons maintenu qu?il n?y avait pas de ?conducive atmosphere? pour présenter le budget. Quand nous constatons que l?hémicycle est une arène où tensions et insultes sont courantes, nous disons que nous avions raison.» Son intervention a été entrecoupée de nombreux commentaires des membres de la majorité et particulièrement de Paul Bérenger et d?Ashock Jugnauth.

Selon lui, le gouvernement actuel ne gagnera pas les élections. Il qualifie le budget présenté d?accident avec délit de fuite (hit and run) et que l?annonce des mesures populaires «s?est faite dans la précipitation». D?où la confusion de la population. Il a soumis à la Chambre une liste de produits importés dont les prix n?ont subi aucune baisse après l?annonce de la détaxe douanière.

Madan Dulloo a aussi relevé les «slogans » des différents budgets de ce gouvernement. Après le «big bang», «le déclic» et le «friendly business environment» de Paul Bérenger de 2001 à 2003, il y a eu la «démocratisation de l?économie» de Pravind Jugnauth. Mais quand ce dernier doit encore élaborer sur huit priorités dans divers secteurs, il a établi un constat d?échec de ces précédents budgets de Bérenger.

Il a rejoint les commentaires de la Chambre du commerce et de l?industrie concernant les risques de récession dans les années à venir. Il s?est dit inquiet du taux du chômage - entre 11 et 12 % -et de la croissance.

Autre faiblesse relevée : les négociations pour un traitement spécial aux pays Afrique- Caraïbes-Pacifique sur le dossier sucre. «Nous avons perdu plusieurs avantages à cause de nos faiblesses et nous avons échoué sur le plan de la diplomatie économique», dit Madan Dulloo.

Le député Dulloo a souhaité que les parlementaires mettent de côté les querelles futiles avant la dissolution du Parlement. Pour lui, il s?agit de démontrer que «we are people really committed to the people».

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