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Pravind Jugnauth : ?Ce ne sera surtout pas un budget Bonom Noel?

4 avril 2005, 00:00

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Le budget 2005-2006 est sans doute celui qui est le plus attendu par la population. Car il s?agit du dernier exercice que présente ce gouvernement avant les prochaines élections générales. Les spéculations vont bon train et nombreux sont ceux qui s?attendent à un budget ?électoraliste?.

?Ce ne sera surtout pas un budget Bonom Noel?, a répondu hier le ministre des Finances Pravind Jugnauth, lors d?un point de presse, entouré de ses principaux collaborateurs. ?Elections ou pas, j?ai préparé le budget en fonction des réalités économiques et des défis qui nous guettent?, a-t-il ajouté.

Rama Sithanen, responsable du dossier économique du Parti travailliste n?en démord pas. ?Ce ne sera pas un budget, ce sera le manifeste électoral de l?alliance MSM-MMM. Il y aura des distributions de cadeaux et de bonbons qui auront un arrière-goût amer ?, prévoit-il.

Du côté du secteur privé, on met en garde contre toute tentation de privilégier le social au détriment de la difficile transition économique qui a été amorcée. ?Il faut tout faire pour maintenir le momentum. Maurice ne peut se permettre le luxe de souffler?, déclare Raj Makoond, directeur du Joint Economic Council (JEC), principale organisation du secteur privé.

D?autres analystes sont plus nuancés. ?On ne prépare pas le dernier budget de son mandat comme le premier et c?est compréhensible?, déclare l?un d?eux.

Certains opérateurs du privé déclarent ne pas être opposés à des mesures sociales car c?est important. ?La cohésion et la paix sociale ont un prix mais tout est une question d?équilibre?, déclare un observateur de l?économie.

En tout cas, à 24 heures de la présentation du budget, Pravind Jugnauth a, lui, promis un budget de continuité. ?Il faut continuer à moderniser et à diversifier l?économie tout en tenant compte des attentes et aspirations de la population?, dit-il.

Cette petite phrase laisse le champ libre à toutes les interprétations. Pravind Jugnauth voudra certainement préserver l?image d?un gouvernement sérieux et responsable mais il aura aussi, en arrière-pensée, les prochaines lé-gislatives.

<B>Déficit budgétaire</B>

Reste à savoir de quels moyens et de quelle marge de manoeuvre dispose le gouvernement. Le déficit budgétaire reste élevé à 5 % du produit intérieur brut (PIB). En conséquence, la dette publique avait atteint Rs 110 milliards en septembre 2004 représentant plus de 60 % du PIB.

Faire des largesses dans un tel contexte sera difficile mais pas impossible si on se résout à maintenir le déficit stable pour 2005-2006. Rama Sithanen, qui soutient qu?il y aura bien distribution de cadeaux, suggère que les chiffres qui seront présentés ne refléteront pas intégralement la réalité. ?J?attends de voir comment ils vont répercuter cela au niveau des recettes et des dépenses. A mon avis, il y aura un massage des chiffres?, dit-il.

Interrogé sur le déficit public hier, Pravind Jugnauth a déclaré que la marge de manoeuvre pour le réduire est difficile car les prix en général ne cessent d?augmenter. ?Mais nous sommes un gouvernement responsable. Nous n?avons pas cessé de faire des efforts pour réduire le déficit et le prochain budget ira dans cette direction?, a-t-il répondu.

Mais même quand on n?a pas de grands moyens, l?astuce consiste à faire des petits cadeaux qui ne coûtent rien mais qui font plaisir. ?C?est un truc bien connu des ministres des Finances?, commente un officiel du secteur privé qui connaît bien les finances publiques.

Les baisses des droits de douane sur certaines catégories de produits font partie de la panoplie utilisée annuellement. Cette année, toutefois, la réduction des droits de douane pourrait s?insérer dans un projet plus large de faire de Maurice un pa-radis du shopping. Quelques avantages à des groupes socio-professionnels ciblés ne coûtent pas grand-chose non plus à l?Etat, toute proportion gardée.

Outre ces considérations politiciennes et populaires, le budget 2005-2006 est aussi attendu sur son contenu économique. ?La transition économique doit se poursuivre?, insiste Raj Makoond. Dans les années 80 et 90 la croissance économique moyenne a été de 6 %. Ces quatre dernières années le taux de croissance a tourné en moyenne autour de 3 %. Or, il a été calculé qu?il faudrait un taux de 8 % pour résorber le chômage.

?La preuve est faite que l?ancien modèle économique basé sur les préférences et une main-d?oeuvre bon marché n?est plus d?actualité.Il y a consensus pour un nouveau modèle économique axé sur les services et il est en train d?émerger. Le prochain budget devrait contribuer à poursuivre dans cette voie?, ajoute Raj Makoond.

<B>Privilégier l?emploi et l?investissement</B>

L?investissement et la création d?emplois demeurent au coeur des préoccupations. Pravind Jugnauth l?a confirmé hier. ?L?emploi et surtout l?investissement sont parmi nos principales priorités. Nous voulons continuer à améliorer l?environnement pour inciter nos entrepreneurs à investir?, déclare le ministre des Finances. Le JEC ne demande rien d?autre.

Rama Sithanen fait remarquer que l?emploi et l?investis-sement étaient justement les priorités énoncées de Pravind Jugnauth lors de la présentation du budget 2004-2005. Or, l?emploi baisse passant de 491 000 en 2003 à 483 000 en 2004, note-t-il.

Dans les années 80 et 90, la création d?emplois a enregistré une croissance de 3,4 % tandis que le nombre de demandeur d?emplois augmentait de 2,5 %. Aujourd?hui, le nombre de demandeurs d?emplois augmente plus vite (1,5 %) que le nombre d?emplois créés (0,7 %), observe le JEC.

L?investissement est en baisse passant de 22,6 % du PIB en 2003 à 22,3 % en 2004, note le Central Statistics Office. L?investissement privé même si marginalement en hausse (2,2 % par rapport à 2003) ne représente que 65 % de l?investissement total.

Le ministre des Finances aura donc à faire preuve de beaucoup d?imagination pour vraiment faire décoller l?investissement et relancer la création d?emplois. Tout en n?oubliant pas ?nos petits souliers?.

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