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Pourquoi Ramgoolam en veut à ses ministres
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Pourquoi Ramgoolam en veut à ses ministres
«Mo finn deja dire mo bann minis qui mo péna totalement konfians dan zot. Mo rappel ki manière mo papa ti gaign kout kouto avek certains. Ou gaign kout kouto derrière ou lédos ek parfois en face ossi », déclarait Navin Ramgoolam, lors de la fête de Divali au siège d?Arya Sabha. Et cette déclaration faite en une occasion aussi solennelle, n?est pas passée inaperçue au sein de la classe politique.
D?ailleurs, mardi dernier, lors des questions parlementaires, le leader de l?opposition, Paul Bérenger, ne s?est pas privé pour la relever en étant tantôt moqueur, tantôt taquin à l?égard de certains ministres. « Sa mem to pas gaign konfians dan zot », entendaient ces ministres. Mais le Premier ministre (PM) n?a, à aucun moment, relevé cette remarque de Paul Bérenger.
Si la séance de mardi dernier a été terne lors des débats parlementaires, les interpellations, notamment sur la politique du ministère de l?Éducation au sujet des textes de littérature dans les collèges de l?île, a suffi pour provoquer le courroux de James Burty David. Si ce dernier a quitté l?enceinte de l?hémicycle après avoir reçu un warning du Speaker, ses collègues ont, eux, répondu aux questions parlementaires. Mais on pouvait sentir que certains étaient gênés, car l?opposition n?a cessé de lancer des pics quant au manque de confiance de Navin Ramgoolam à leur égard.
De nombreux observateurs s?interrogent sur la portée et la signification d?une telle déclaration du Premier ministre à l?occasion d?une fête nationale. Il semblerait que ce dernier utilise avec beaucoup d?habileté tantôt des plates-formes socio-religieuses, tantôt des plates-formes politiques pour faire passer des messages forts. On se rappellera de sa déclaration au congrès du Parti travailliste (PTr) sur les relations entre le gouvernement et l?industrie sucrière. Et c?est sur ce chapitre que, selon les milieux proches du gouvernement, Ramgoolam aurait été agacé par certaines indiscrétions. Car Navin Ramloogam, très discret, a horreur que des informations sensibles soient divulguées à des tiers.
Par ailleurs, soulignons que la remise en cause de certains accords aurait créé un malaise chez certains ministres. En effet, Rama Sithanen avait déclaré qu?il en avait marre de se retrouver dans des situations plus qu?embarrassantes auprès des institutions internationales. Quant à Arvin Boolell, au vu de ses excellentes relations avec le milieu sucrier, il aurait montré des signes d?agacement, car il avait déjà donné des garanties sur le respect des accords signés avec l?Union européenne.
Si ces deux cas peuvent, à la limite, refroidir l?ardeur de ces deux ministres, par solidarité ministérielle, ils ne pouvaient remettre en cause la décision du PM de renégocier avec le secteur sucrier sur des bases nouvelles dans le cadre du MAAS. Toutefois, Ramgoolam a pris acte du sentiment des deux ministres.
« Une méfiance atavique »
Mais ce sont les rencontres de certains ministres avec Dinesh Ramjuttun qui ont le plus irrité le PM. « La méfiance est atavique chez Navin Ramgoolam », déclare un ancien ministre. Et de rappeler que si certains ministres ont pu se confier à l?ancien Special Adviser pour intervenir auprès de celui-ci, c?est que le courant ne passait pas entre le PM et certains d?entre eux. « Les rencontres du cabinet permettent à Navin Ramgoolam de parler avec ses ministres. Il échange quelques mots avec certains d?entre eux lors de cérémonies religieuses et au Parlement. Mais sa porte n?est pas souvent ouverte pour aborder certains sujets spécifiques. Dépités, quelques-uns l?ont fait savoir à des proches du PM », déclare un apparatchik rouge très au fait des états d?âme de certains ministres.
Toutefois, c?est sur le terrain politique que Ramgoolam mène son combat. Il est à l?aise pour parler sur une estrade publique. Tantôt résolument politique dans ses discours, tantôt historien pour expliquer le contexte historique et politique de certaines décisions. « Il observe tout. Ne croyez pas qu?il n?est pas attentif à ce qui se passe devant lui. Car c?est là même qu?il jauge de la force et de la popularité de ses députés et ministres. Il est très observateur et rien ne lui échappe », déclare un haut officiel du parti.
Ainsi, il en veut à certains de ses ministres de ne pas déployer les moyens mis à leur disposition pour mieux ventiler la politique de leurs ministères et celle du gouvernement. Les tièdes et les timorés n?ont pas de grâce à ses yeux.
On se rappellera comment certains ministres et junior ministers n?ont pas eu l?investiture du PTr lors des élections générales de 2000. Kadress Pillay, Joseph Tsang Man Kin, Clarel Malherbes, Indira Sidaya et même Deva Virahsawmy, ainsi que Monique Ohsan Bellepeau, avaient été laissés sur la touche. « C?est mécanique chez Ramgoolam. Il est évident qu?il a voulu envoyer un message net et clair à des ministres sur le fait qu?aux prochaines élections générales, certains devraient commencer à faire une croix sur une éventuelle investiture », confie un agent rouge. Il poursuit en expliquant que Ramgoolam prépare comme toujours une équipe alternative dont lui seul connaît la composition.
Même si le PM a les yeux rivés sur les indicateurs économiques, la situation politique demeure une de ses préoccupations. Ainsi, alors qu?il est très au fait des réalités politiques, Ramgoolam reproche aux ministres et autres députés leur absence sur le terrain. « Au niveau des Constituency Labour Party, nous avons montré notre mécontentement à l?égard des ministres qui jouent aux abonnés absents. Le PM le sait. Il n?est pas dupe. Mais nos ministres ne veulent pas en parler, car ils ont peur de lui », déclare Rajen, un activiste rouge dans la circonscription de Piton-Rivière-du-Rempart.
Le PM voudrait booster son équipe, car il sait que les forces de l?opposition sont actives sur le terrain. De plus, les sirènes de l?opposition pourraient tenter certains qui font partie de son cabinet ministériel à faire le saut au moment venu. Ramgoolam prend donc ses précautions et met en garde ceux qui auraient des velléités de départ.
Dinesh Ramjuttun a commencé son travail de sape dans les circonscriptions rurales. Les Raj Dayal et consorts ne sont pas loin. Le PM sait très bien que ce rassemblement hétéroclite peut lui causer beaucoup de torts sur le terrain politique. D?où l?opération de mise en garde au siège d?Arya Sabha.
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