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Pourquoi le projet Apollo gêne-t-il ?
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Pourquoi le projet Apollo gêne-t-il ?
■ Compétition trop féroce ?
Le principal argument qui justifie la résistance serait la compétition que représente le projet Apollo. Mais, alors que certains opérateurs se seraient regroupés pour faire part de leurs craintes, il apparaît que tous ne partagent pas cet avis.
Devant le voile de mystère que comporte le projet du partenariat Apollo-BAI, certaines cliniques privées se montrent en effet plus prudentes que leurs pairs. « On ne sait pas ce qu?ils viennent faire ici. Est-ce un projet qui s?inscrit dans le concept de Medical Hub ? Ou vont-ils viser la population ? », se demande le directeur d?une clinique, sous le couvert de l?anonymat.
Toutefois, au-delà de la perception que les cliniques se sont regroupées en « cartel » pour affronter le géant indien, il semblerait que les opérateurs ne voient pas d?un bon ?il les propos de certains « porte-parole ». « J?ai l?impression que certains directeurs tentent de protéger leurs arrières. Je pense qu?ils s?inquiètent de ne pas avoir de retour sur l?investissement et craignent que les Mauriciens se fassent soigner à l?hôpital Apollo plutôt que chez eux ! », explique un autre directeur, qui tient également à garder l?anonymat. « Ils sont inquiets parce qu?ils font la pluie et le beau temps et pratiquent les prix qu?ils veulent. Par exemple une angiographie coûte Rs 43 000 dans une clinique des hautes Plaines-Wilhems. Ce nouveau venu cassera le monopole. Je n?ai pas peur de la concurrence parce que l?hôpital Apollo est un centre médical d?un autre niveau. Nous ne sommes pas menacés car ce qu?ils offrent, c?est de la médecine de pointe. Ils ne seront pas là pour des maladies bénignes », poursuit notre interlocuteur.
■ Médecins étrangers
Ce projet d?hôpital concerne aussi la création de quelque 500 emplois. Cette nouvelle était accompagnée d?une rumeur selon laquelle des médecins américains et européens avaient déjà pris contact avec le groupe Apollo pour travailler à Maurice. La réaction de la Private Medical Practitioners Association s?est alors faite par le biais de son PRO, Oomar Uteem.
« Nous ne sommes pas effrayés par la compétition. On accueille avec fierté un groupe étranger qui s?implante à Maurice. Mais la priorité doit revenir aux médecins mauriciens. On se demande également quel sera le mécanisme de surveillance pour les médecins étrangers. Est-ce que le Medical Council aura un droit de regard sur leur travail ? », se demande Oomar Uteem. Si l?on croit les sources proches du dossier, tout médecin étranger pratiquant à Maurice est sujet à la loi et doit répondre à l?organisme régulateur local. Mais ces craintes face à une concurrence étrangère, sont-elles vraiment justifiée s? Car ce n?est plus un secret pour personne que les cliniques souffrent d?un manque de personnel qualifié, surtout pour ce qui est des infirmiers.
« Ma seule crainte est de savoir si ce projet est réalisable et praticable dans le contexte mauricien. Avec 200 lits, il faut au moins 400 infirmiers, une équipe médicale et paramédicale, des ambulanciers, des services de radiologie, etc. C?est extrêmement difficile de trouver des gens pour travailler pour vous dans un centre de santé pendant les jours fériés ou les cyclones », confie un autre directeur de clinique.
« Les hôpitaux Apollo sont synonymes de qualité. Si le niveau de compétence qu?ils exigent est disponible sur le marché local, les Mauriciens seront prioritaires. Il ne faut pas oublier qu?il revient moins cher d?employer une personne originaire du pays qu?un étranger. Mais qu?adviendra-t-il si cette compétence locale ne correspond pas aux standards de la compagnie ? », s?interroge, quant à lui, un proche du dossier qui suit son évolution de près.
■ Pratiques « officieuses »
Mais au-delà de tous ces arguments, les demandes de certaines cliniques laissent sceptiques quant à leurs motivations réelles. Interrogé sur leur stratégie de bataille et leur éventuel plan de survie, un responsable d?une clinique très populaire déclare : « Il faudrait savoir ce que souhaite le gouvernement. S?ils ne veulent pas la mort certaine des cliniques privées, on pourrait faire un marché en reprenant le surplus de patients des hôpitaux. Ca serait comme un service de secondary care. »
Cette suggestion soulève dès lors le voile sur des pratiques que certaines cliniques veulent officialiser, profitant de la situation et de la menace que représente le groupe Apollo. Ce n?est un secret pour personne que des cliniques profitent parfois des « lacunes » du secteur de la santé publique pour s?assurer une clientèle, notamment pour les dialyses, les CT Scans et autres imageries à résonance magnétique (IRM).
« Ces équipements, dont l?entretien coûte une fortune, ne sont pas disponibles dans tous les hôpitaux de l?État, et quand tel est le cas, ces appareils tombent souvent en panne. Alors quand la condition d?un patient demande l?utilisation de ce matériel, les médecins des hôpitaux les dirigent vers les cliniques privées », affirme un médecin qui travaille dans une clinique privée de la capitale.
Dans le milieu médical, cette pratique est petit à petit entrée dans les m?urs et l?entretien de ces équipements dans les hôpitaux n?est plus considéré comme une priorité. Les raisons avancées aux patients sont toujours justifiées : pièces à commander à l?étranger, ou encore manque de formation au niveau des techniciens pour les interventions. Le patient n?a alors pas d?autre choix que de se tourner vers les cliniques privées.
Ce mécanisme prend une nouvelle dimension quand les responsables des cliniques demandent que le gouvernement les aide, en formalisant ce « partenariat ». Mais là encore, ces suggestions ne font pas l?unanimité et un responsable nous déclare : « Ces suggestions enlèvent quelque peu la pertinence des propos des ?représentants? des cliniques privées, alors que cette vague de résistance assure que la médecine n?est pas un business. »
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