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Pour Evelyne
Aujourd?hui c?est le silence et je pense à cette amitié sans faille qui a duré si longtemps. Je pense à cette vaillance souriante qui fut présente en toi jusqu?au bout. Déjà à 20 ans, tu suivis, pour le meilleur et pour le pire, cet aventurier des temps modernes qui t?emmena loin de nos rives pour quelques années et que tu laisses maintenant désemparé.
Quelles sont les images que je voudrais garder de toi ? Elles sont multiples. Je te revois feuilletant ton agenda avant de t?engager hors de ta routine. Fleurs à l?église, autres engagements pour la paroisse, Julia ou Benjamin à prendre à la sortie du lycée, cours d?alphabétisation, visites aux esseulés de la famille et aux dernières-nées, sans préjudice des heures devant un micro pour enregistrer des livres de trois cents pages à l?intention des aveugles.
Et, dans l?existence de tous les jours, un élan envers les autres, une verve naturelle, un appétit de vivre et sans doute un jardin secret, celui dont on ouvre la grille aux rares intimes, avec pudeur et délicatesse.
Toute la vie tu es restée une grande dame du théâtre. Le Plaza, le théâtre de Port-Louis, la citadelle doivent garder l?écho de ta voix. A tant chercher l?image que je veux garder de toi et qui irradie, c?est celle personnifiant au flanc du Morne en 1964, dans un creux de la montagne, une des premières femmes de l?Isle de France, debout au seuil d?une tente et tenant la main de ton fils Jean-Marc.
Comme un symbole.
Marcelle LAGESSE
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