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Emploi et handicap
Le combat pour une véritable inclusion
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Emploi et handicap
Le combat pour une véritable inclusion
■ Entre accès à la formation, adaptation des structures et changement des mentalités, le combat continue pour garantir à chaque personne le droit de travailler et de vivre pleinement sa dignité. Photo d'illustration.
Derrière les chiffres se cachent des parcours, des compétences et des rêves. À Maurice, environ 110 personnes en situation de handicap travaillent actuellement dans la fonction publique, tandis que près de 500 autres sont à la recherche d’un emploi ou d’une formation afin de gagner en autonomie. Malgré une loi imposant aux entreprises de plus de 35 salariés d’employer au moins 3 % de personnes en situation de handicap, l’accès au monde professionnel demeure largement insuffisant.
Ils sont jeunes ou moins jeunes, avec des parcours différents, mais une même aspiration : décrocher un emploi, être autonomes et participer pleinement à la société. Pour beaucoup, le travail représente bien plus qu’un salaire. C’est une reconnaissance, une indépendance et, surtout, une question de dignité.
Pourtant, à Maurice, l’intégration professionnelle des personnes en situation de handicap demeure un défi majeur. Au Parlement, le ministre de la Sécurité sociale, Ashok Subron, a reconnu les failles du système actuel, allant jusqu’à parler d’un «échec structurel» après près de 30 ans d’application des mesures existantes.
La loi prévoit pourtant que les entreprises comptant plus de 35 employés doivent recruter au moins 3 % de personnes en situation de handicap. Mais, dans la pratique, cette obligation reste peu appliquée et aucune sanction n’a véritablement été imposée aux employeurs qui ne respectent pas cette disposition.
Face à cette situation, une réforme est annoncée. Le gouvernement souhaite mettre en place un système plus flexible favorisant l’employabilité, renforcer l’accompagnement des employeurs qui respectent leurs obligations et introduire des pénalités plus sévères pour les contrevenants. Ces mesures devraient être examinées dans le cadre du prochain Budget, prévu le 19 juin.
«Il faut faire la différence entre la loi et la réalité»
Pour les acteurs engagés sur le terrain, la solution ne réside cependant pas uniquement dans les textes de loi. Elle passe aussi par un changement d’approche. Pour Ali Jookhun, président de l’African Down Syndrome Network, le dialogue entre les différents acteurs est essentiel. Selon lui, chaque situation doit être analysée individuellement.
«Le handicap, ce n’est pas du “one size fits all”. Si un employeur propose un emploi, il faut aussi savoir si la personne a reçu une formation adaptée dans ce domaine. Il faut mettre l’accent sur le training», explique-til. Il estime que la formation demeure l’un des principaux enjeux. Il pointe notamment le rôle du Training and Employment of Disabled Persons Board, une structure créée pour faciliter l’intégration professionnelle des personnes handicapées.
«Ce board n’est pas opérationnel actuellement. Il n’y a ni président ni conseil d’administration depuis quelque temps», déplore-t-il. Une institution qu’il connaît bien puisqu’il y a lui-même siégé.
Pour Ali Jookhun, l’emploi doit également être pensé en fonction des capacités et des talents de chacun. «Tous les handicaps ne peuvent pas être pris en compte de la même manière. Il faut développer les compétences de chacun.» Il plaide également pour une évolution du système éducatif, qu’il juge encore trop académique. «Certaines personnes en situation de handicap possèdent d’autres atouts qui doivent être valorisés. On peut avoir des artistes, des musiciens ou des entrepreneurs. Dans certains secteurs, comme l’agriculture, des personnes présentant un handicap intellectuel peuvent aussi démontrer de grandes capacités.»
L’inclusion passe aussi par l’accessibilité. Pour Ali Jookhun, les infrastructures doivent évoluer. «Il faut des toilettes adaptées, des bureaux accessibles. Aujourd’hui encore, il n’y a pas d’ATM adaptés pour les personnes en fauteuil roulant», souligne-t-il.
Il cite toutefois des exemples positifs, comme le complexe sportif Emirates à Phoenix, qu’il considère comme une infrastructure inclusive. Selon lui, il faut aussi changer le regard porté sur les personnes en situation de handicap. «Il ne faut pas offrir un emploi par pitié. Cela dévalorise la personne. Il faut lui donner les formations nécessaires afin qu’elle puisse obtenir un travail à la hauteur de ses compétences.»
Il insiste également sur une idée reçue qui freine certaines personnes : la peur de perdre leur pension en cas d’emploi. «C’est une fausse perception. Une personne qui travaille ne perd pas automatiquement sa pension. Cette crainte empêche parfois certaines personnes de tenter leur chance.»
«L’emploi est une question de dignité»
Pour Ashvin Gudday, vice-président de l’Association pour la protection des droits des handicapés, l’emploi est avant tout un droit fondamental. «Avoir un emploi est un signe de dignité. Cela permet à une personne d’acquérir une indépendance et de participer pleinement à la vie sociale», affirme-t-il.
Il rappelle que Maurice a ratifié la Convention des Nations unies relative aux droits des personnes handicapées, qui insiste notamment sur l’égalité des chances en matière d’emploi. Selon lui, le Training and Employment of Disabled Persons Act de 1996 n’a pas permis d’obtenir les résultats escomptés. «Le board qui devait évaluer les personnes et faciliter leur placement n’a pas réellement fonctionné. Le quota de 3 % n’est pas appliqué correctement et les personnes en situation de handicap n’ont toujours pas les mêmes chances.»
Ashvin Gudday estime également que la nouvelle loi sur la protection et la promotion des droits des personnes handicapées devrait être revue avant sa promulgation. Il critique notamment les changements proposés concernant le quota d’emploi, qu’il considère comme un recul par rapport au système actuel. «L’ancienne loi prévoyait un quota de 3 % pour les entreprises de plus de 35 employés. La nouvelle approche réduit cette obligation. Pour moi, il faut préserver l’objectif d’une véritable égalité des chances.»
Il demande toutefois que les décisions avancent rapidement. «Pendant que nous attendons, les personnes en situation de handicap restent privées d’un droit fondamental : celui de travailler.» Avec plus de 86 000 personnes en situation de handicap à Maurice, les défis restent nombreux : accessibilité des bâtiments, transports publics, accès aux loisirs, aux technologies et à l’information.
Pour Ashvin Gudday, l’approche doit être globale. «Il faut préparer les jeunes dès l’école, développer leurs compétences, former les employeurs et encourager le recrutement. Il faut promouvoir l’inclusion et éliminer toute forme de discrimination.»
Car au-delà des statistiques, c’est une question de société qui se pose : celle de savoir quelle place Maurice souhaite réellement accorder à chaque citoyen.
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