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Port-Louis sous la pression des marchands ambulants

8 septembre 2012, 20:00

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Port-Louis sous la pression des marchands ambulants

Les « ambulants » veulent travailler dans la rue Farquhar. Le lord-maire de la capitale cèderait s’il ne risquait pas de se mettre lui-même en infraction avec la loi.

«Kouma lapolis pase nou leve, apre kouma zot al lot kote nou revini. » Mercredi, ce marchand qui travaille à cinquante mètres du marché central, à Port-Louis, joue à cache-cache avec les policiers. Un peu plus loin, rue Farquhar, une voiture de police est stationnée. Son occupant dit sa détermination à faire « respecter l’ordre de la Cour ». En effet, depuis deux semaines, une injonction de la Cour suprême oblige la mairie et la police à empêcher la vente de rue dans un rayon de 500 mètres autour du bazar. Si peu de contraventions sont dressées – les « ambulants» sont simplement chassés des lieux s’ils viennent s’installer – la situation reste tendue.

Un obstacle juridique

Elle dégénère dès le lendemain à la municipalité. A 16h, une cinquantaine de marchands ambulants pénètrent dans le bureau du lord-maire, Mamade Khodabaccus. Ils réclament le droit de travailler là où c’est interdit. Face à un maire et à ses collaborateurs qui se veulent conciliants mais qui ne disposent pas de beaucoup de marge de manoeuvre, le ton monte rapidement. « Les femmes étaient hystériques, raconte un témoin. Je n’en ai jamais vu proférer de telles insultes ! Du coup, elles entraînaient les hommes dans la surenchère. »

Le lord-maire déplace la réunion dans la salle du Conseil. A ce moment, ils sont plus d’une centaine à lui réclamer des comptes. Les policiers dépêchés sur les lieux sont dépassés. « Ti bizin trouv enn zafer pou dir zot pou zot ale », estime le témoin. Mamade Khodabaccus, qui discute avec les députés MMM Reza Uteem et Adil Ameer Meea, venus sur les lieux, pense avoir trouvé la solution. Il annonce, sur la suggestion « d’un avocat » dit-il, que le conseil municipal se réunira le lendemain en séance spéciale pour décréter la rue Farquhar « zone spéciale » où pourront travailler temporairement les marchands. Les esprits se calment peu à peu et la manifestation se dissipe vers 22h. Une énième capitulation des politiciens face aux marchands ambulants semble en bonne voie.

Mais le lendemain, Yusuf Mohamed va tout changer. Le conseiller légal de la mairie est sollicité pour un avis sur la création d’une « hawking and trading zone ». Il adresse une lettre au chief executive de la ville expliquant pourquoi une telle chose n’est pas possible. D’abord la mairie serait en situation d’outrage à la Cour en ne respectant pas l’ordre émis quinze jours auparavant. De plus, dit la missive, l’article 8 de la Roads Act ne permet pas à la mairie de détourner, de son propre chef, une voie de circulation de son usage premier, la circulation. La séance spéciale prévue à 15h, où cette considération légale aurait été présentée, n’a finalement pas lieu : seuls neuf conseillers étant présents, le quorum fait défaut.

Le lord-maire confie alors à la presse son état d’esprit : « Obligé de respecter la loi, []]il] comprend la détresse des marchands », un problème que son administration « a hérité » et qui ne sera solutionné à moyen terme qu’avec la création de sites alternatifs, à Monneron et aux abords des deux gares port-louisiennes. De son côté, Adil Ameer Meea dénonce le « double langage » de Mamade Khodabaccus, qui consisterait, devant les marchands, à blâmer les policiers tout en les exhortant à la fermeté en aparté. Surtout, il ne comprend pas pourquoi le lord-maire a parlé d’une zone spéciale pour « hawkers » : « Mercredi on a dit qu’il fallait faire de la rue Farquhar une zone de foire, comme une sorte d’extension temporaire du marché central, afin de contourner légalement l’ordre de la Cour, qui parle que de « hawking » et pas de foire. Le lord-maire n’a rien compris ! »

Les marchands font appel

Cependant, même si ce stratagème aurait pu permettre d’éviter à la mairie un outrage à la Cour, les dispositions de la Roads Act seraient restées un obstacle. Et surtout, il n’aurait pas réglé le problème soulevé au départ en Cour : en opérant sans permis dans la rue Farquhar, les marchands ambulants se posent en concurrents déloyaux des maraîchers du bazar de Port-Louis et ils entravent la circulation. Mais les 2500 « ambulants » de la capitale sont un vivier politique qu’on n’ignore pas.

Coincée entre les menaces de nouvelles pressions et l’obligation de se conformer au droit, la mairie va vivre des jours compliqués. Les regards sont maintenant tournés vers la Cour suprême, qui examinera mardi une requête de l’association des marchands ambulants. Son avocat, Assad Peeroo, espère que la décision de justice en vigueur sera levée, car elle a été prise sans que ses clients aient été entendus. Pour lui, il s’agit de faire « respecter le droit constitutionnel » des marchands à travailler.

 

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