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Ponsamy Poongavanon,des mots pour scier les barreaux

27 novembre 2005, 20:00

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On a beau essayer. Aborder Ponsamy Poongavanon à la manière d?un auteur comme les autres. Mais, à lire ses nouvelles à l?envol discret, il est difficile d?oublier que les mains qui ont tracé ces lignes sont menottées depuis 20 ans maintenant.

Deux décennies à n?avoir de la vie que les échos assourdis par les portes verrouillées de la prison. Et les lignes dirigées des journaux. Nourri par l?actualité, aidé par sa mémoire des sentiments, Ponsamy Poongavanon publie Enfance brisée et autres nouvelles aux Editions de La Tour. Le recueil est déjà sur le marché, alors que le lancement officiel, maintes fois reporté, a été fixé au 8 décembre.

Huit histoires construites autour des fêlures humaines, où l?homme, l?auteur et le détenu se confondent. Impossible de lire l?un sans entendre l?autre. Les histoires de ?Sam? lui ressemblent. Elles ont soif de liberté, sans amertume ni aigreur. Juste l?irrépressible envie d?être ailleurs. Sans rien de glauque.

Enchaîné aux contraintes administratives, c?est à coup de plume que ?Sam? fait sauter les verrous de l?esprit du lecteur moyen que nous sommes. C?est là sa sentence. Et pourvu que l?on s?en donne la peine, ?Sam? nous entraîne dans des récits coulants (sans n?uds, à part ceux de l?intrigue). Son fort : des trames simples. ?Ponsamy ne fait pas de littérature ?, écrit son éditeur Sedley Assonne. Nous sommes entièrement d?accord. Sa démarche : dépasser les rigueurs de l?autobiographie pour la liberté de la fiction. Comme le note en préface Sam Lauthan, alors ministre de la Sécurité Sociale : ?Il est prêt à nous ouvrir son imaginaire ?.

Un monde (évidemment) torturé, éclairé par des flamboiements venus du c?ur. Ses héroïnes ? ?Sam? a visiblement une tendresse pour les femmes ? ont des personnalités marquées par la fatalité. L?enfance de Sita a été brisée par un père incestueux. Pamela est traumatisée par une bombe qui a explosé dans le bus dans lequel elle se trouvait. Anne-Marie ne veut pas avoir d?enfant, ce qui briserait sa carrière de mannequin. Sunita vit l?enfer à cause du penchant incontrôlable de son mari pour la bouteille. Anouska recherche la mère qui l?a abandonnée à la naissance.

Leur volonté farouche sert de façade à des souffrances de longue durée. Toutes cherchent une vérité. Leur réalité est suffisamment grave pour qu?elles décident, dans beaucoup de cas, d?avoir recours à la Cour. ?Sam? en profite pour distiller sa propre expérience. Il n?hésite pas à commenter la condamnation du père incestueux. Il fait dire à Sita, sa fille : ?Pour avoir brisé ma vie, une sentence de douze ans seulement ! C?est une injustice. Cet homme mérite plus. Il n?a plus sa place dans la société. C?est une aberration. Il mérite une condamnation à vie. C?est plus qu?un assassin.? Un comble pour un auteur-prisonnier. Une marque de sensibilité aux phénomènes de société.

Il serait futile de s?appesantir sur les maladresses d?expressions qui gênent parfois la lecture. L?essentiel est de reconnaître dans sa pleine mesure le mérite de ce condamné à mort, condamné à vie.

Pour purger la sienne ?Sam? s?offre le luxe de belles balades. Elles l?emmènent de Curepipe à Camp-Diable. Enn long tchak. Virée dont on doit rêver toute la journée, quand ses jours sont faits de la lente monotonie d?une vie de prisonnier. Toujours les mêmes murs, les mêmes visages, les mêmes bruits, le même espace. La plume de ?Sam? elle n?est pas ankylosée. ?Loin de tous, impuissant, j?observe, je ressens et je comprends les souffrances d?autrui?, écrit-il en avant-propos. Continuez.

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EN PRISO

<B>?Sam?, le parcours du combattant</B>

■ C?est avec la formule, ?concours de circonstance? que Ponsamy Poongavanon parle du drame qui l?a conduit en prison. Les faits remontent à 1985. ?Sam? était alors âgé de 31 ans. Issu d?une famille modeste de quatre enfants, il est détenteur d?une licence en sociologie de l?université libre de Bruxelles.

Derrière les barreaux, il a vécu ?cinq ans dans le couloir de la mort, 18 ans d?obscurité et de travail sur soi.? Aujourd?hui, il témoigne : ?Voilà bientôt 20 ans que je me trouve dans cette condition. L?écriture a été mon salut?.

Pour ne pas céder aux vicissitudes de l?enfermement, ?Sam? a suivi des cours par correspondance en journalisme. Il a été reçu en 1994. L?année suivante, il a eu une ?Mention? au concours de nouvelles Arthur Martial. C?est en 1998 qu?il obtient un diplôme de ?reconnaissance littéraire? pour la nouvelle ?Enfance brisée?. Préludes à son premier ouvrage, ?Condamné Amour?, sorti en 2003.

EXTRAIT

?Face aux accusés?</B>

Il était plus de 11 heures lorsqu?il se gara dans la cour de la maison. Il prit sa serviette et alla frapper vigoureusement à la porte. En attendant une réponse, il recomposa le visage doux et poli qui amadoué ait toujours les vieilles dames. La porte s?ouvrit et il retint son souffle. Devant lui se tenait une jeune femme, une Mauricienne, d?origine indienne aux cheveux noirs, dont les yeux gris contrastaient admirablement avec son teint brun. Elle portait une simple robe d?été blanche. Les yeux de l?homme s?arrêtèrent sur la bordure de dentelle qui frôlait ses cuisses.

-Bonjour, dit-elle, vous êtes Maître Coopoosamy ?

-Oui, balbutia-t-il.

Elle le fit entrer. Ayant retrouvé ses moyens, il s?excusa.

-Je suis terriblement en retard, j?espère que vous voudrez bien me pardonner. Je me suis perdu en chemin. -Où est votre grand-mère ?

Elle le regarda avec surprise.

-C?est une plaisanterie ?

-Non, je viens voir Pamela Sewpaul.

-Mais enfin, c?est moi !

Confus, il sortit une liasse de documents. Sur une fiche manuscrite rédigée par sonassocié, il découvrit son erreur.

En effet, c?est bien vous, admit-il. En méprenant le chiffre 3 pour le chiffre 8, il s?attendait voir une vieille de 85 ans.

J?espère que vous me pardonnez, je n?ai pas encore eu le temps de bien approfondir votre dossier. J?en connais que les grandes lignes. J?ai dû remplacer mon confrère au pied levé.

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